L’éditorial de Philippe Mercure publié le 19 septembre, « Il faut qu’on parle des antimasques », a suscité bien des commentaires. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 22 sept. 2020

Trop de visibilité

Il faut arrêter de donner de la visibilité à tous ces gens. Plus ils vont se voir aux bulletins d'information, plus ils seront gonflés d’orgueil et se diront qu’ils sont dans le vrai.

— Roland Proulx

Perte de crédibilité du gouvernement

L’incohérence d’un message rend ce dernier douteux et fait perdre beaucoup de crédibilité à son émetteur. C’est la position actuelle du gouvernement dans sa gestion de la deuxième phase de la pandémie. Si tu conduis une automobile en état d’ébriété, tu risques une amende salée, et si tu récidives, on saisit ton véhicule et ton permis de conduire, car tu es considéré comme une personne qui met la vie d’autrui en danger. Toutefois, si tu mets la vie des autres en danger en ne portant pas de masque tel que prescrit par le même gouvernement, tu exprimes ton droit à la libre expression. Tout ça rend la situation actuelle explosive et fâchante. Tout le monde y perd, surtout l’admiration que nous portions à ce gouvernement dont les bottines ne suivent plus les babines. — André Bond

« Libarté ! »

Les antimasques ont l’air de radicaux pas trop éduqués, vociférant « libarté ! » sur toutes les tribunes, mais à leur décharge, n’oublions pas que le premier à répéter à outrance que le masque était même dangereux était… le DArruda lui-même, alors que le gros bon sens dictait pourtant l’inverse face à un virus d’abord respiratoire… — Jean Daniel Arbour

Ironie et caricature

Un répulsif tout simple : l’ironie, la caricature, administré par des personnes qui ont la sympathie du public, probablement des artistes. Le ridicule ne tue pas, mais il égratigne. — Diane Dulong

Sanctionner les réseaux sociaux

Il est grand temps de sanctionner les réseaux sociaux, c’est-à-dire Facebook, Twitter, Snapchat, etc., qui agissent comme catalyseurs et accélérants dans la propagation de ces théories du complot. En cherchant à tout prix à inciter les gens à cliquer et à prolonger leur séjour sur leurs sites, ils leur présentent sans leur autorisation ni demande des « nouvelles » et des « opinions » qui attisent leur curiosité, renforcent leurs préjugés et les polarisent de plus en plus. Il faut plus de transparence dans les algorithmes utilisés pour choisir l’information qu’ils présentent. Il faut leur interdire de sélectionner les informations basées sur le profilage des utilisateurs. Il faut les tenir responsables des torts causés par la diffusion d’informations contraires à l’intérêt public. Et il faut les taxer pour ensuite financer des médias plus responsables ! — Michel Jacques

Surprenante crédulité

Vraiment, 17,7 % ? Ça veut donc dire que 82,3 % des répondants croient encore que les gouvernements disent toujours toute la vérité et seulement la vérité sur la COVID-19 ? Surprenant, en effet. — Jean Heydra

Trop de commentaires

Malheureusement, une tribune facilement accessible et privilégiée de ces gens est la section commentaires des articles mis en ligne dans les réseaux sociaux. — Joanne Boivin, Montréal

La solution, des amendes à profusion

Lorsqu’il y a des rassemblements de street cars pour faire la foire, la police ne se gêne pas pour émettre des contraventions. Ce devrait être la même chose avec les imbéciles qui défient la Santé publique lors de rassemblements sans masque ni distanciation sociale. Des amendes de 400 $ et de 1500 $ à profusion. Au moins, ça aidera à payer les heures supplémentaires des policiers. — Norbert Morin, Montréal

Cette peur qui motive l’irrationnel

Partout dans le monde, les médias font état de l’existence de plus en plus répandue de groupes antimasques qui refusent de reconnaître une quelconque menace liée au coronavirus, et qui remettent même parfois en question l’existence du virus, prétextant que cette pandémie est créée de toutes pièces par les hauts dirigeants de ce monde afin de mieux contrôler la population. Or, même si cette théorie du complot peut faire sourire au premier abord, nous devons réaliser qu’elle est bien installée dans une tranche de la population, et surtout reconnaître qu’elle revêt un certain risque de dérapage de la désobéissance civile pouvant menacer la vie de plusieurs personnes.

En refusant d’appliquer les mesures sanitaires minimales, ces groupes contribuent à la propagation d’un virus mortel. Plus encore, le premier ministre François Legault a reçu des menaces de mort par un groupe complotiste. Bref, compte tenu des impacts négatifs de ces groupes, il devient alors important de comprendre ce qui est à la source de cette pensée radicale et clivée, une pensée dont les faits réels et tangibles n’ont que peu d’effet.

L’irrationnel

D’un point de vue psychologique, cette éclosion de groupes radicaux liés à la pandémie rappelle l’avènement de groupes tout aussi radicaux liés à l’islam que le Québec a connu en 2016. Il est nécessaire de rappeler ici que la radicalisation des individus n’a en fait que très peu à voir avec l’objet même de la pensée (l’islam ou la pandémie). La radicalisation est un mécanisme de défense qui est motivé par une peur significative.

En fait, les individus qui adhèrent aisément à une pensée complotiste sont souvent ceux qui excellent dans l’adhésion à de fausses croyances, des croyances irrationnelles qui ne sont pas enracinées dans les faits concrets. Pour ces individus, la réalité n’a en fait que très peu d’importance, car ils ont eu à se rattacher à leurs croyances imaginaires (fantasmes) pour ainsi mieux composer avec leur vécu passé stressant. L’objectif du fantasme est donc de ressentir des émotions agréables dans la projection d’un vécu imaginé alors que nous ressentons réellement une anxiété par rapport à la réalité actuelle.

La peur

Or, dans le cas de personnes apeurées, cet imaginaire irrationnel est beaucoup plus actif, voire démesuré étant donné que la souffrance liée à la réalité qu’ils ont vécue est forte et invasive. Ils ont tendance à avoir beaucoup d’imagination, des pensées qui sortent du cadre réel, de rêveries et de fantasmes. Ce qui les prédispose à adhérer à des pensées complotistes.

En somme, la pensée complotiste ne doit pas être analysée dans l’angle d’un problème de raisonnement intellectuel ou d’un manque de pensée critique, mais bien dans l’angle d’un problème affectif associé à un besoin profond de ne pas adhérer à la réalité et aux faits concrets. En ce sens, plus vous dites à un complotiste qu’il se trompe et qu’il doit porter le masque, plus il se braquera et se confortera dans sa position clivée et imaginaire.

Que faire alors ? Il faut s’adresser à la peur. Non pas celle liée à la maladie virale, mais bien celle de se dévoiler ce passé qui contamine toujours la façon d’analyser et de vivre son présent.
— Frankie Bernèche, enseignant de psychologie au cégep Saint-Jean-sur-Richelieu

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