Le témoignage Marie-Claude Rémy publié vendredi a généré des dizaines de commentaires, dont plusieurs saluent le courage de l’enseignante. Un aperçu des courriels reçus.

> Lisez « J’ai honte ! »

Un modèle

Bravo, madame ! Un texte intelligent, bien documenté et surtout tellement courageux comme celui d’un lanceur d’alerte. Les jeunes ont besoin de modèles tels que vous. J’espère que le climat d’affrontement pourra être tempéré, et que vous trouverez une issue à cette crise sans que vous ayez personnellement à subir de préjudices. 

— Richard Chabot, Brossard

Bravo !

Enfin quelqu’un qui dit tout haut ce que beaucoup intériorisent de crainte d’irriter les grandes gueules qui s’arrogent un moment de pouvoir ! Après 37 ans dans la profession, je sais ce qu’il en est. 

— Clarisse Gilbert

Moi, je n’ai pas honte

La réalité dans les écoles privées est tout à fait autre que celle des écoles publiques, sauf que je connais des enseignantes au privé qui sont tout aussi débordées ! Je me demande comment vous arrivez à ne pas faire de travail à la maison. Vous êtes enseignante en mathématiques, c’est peut-être pour cette raison, puisque les enseignants en français, eux, n’ont pas le choix ! De plus, n’oublions pas que la tâche au préscolaire et au primaire est bien différente de celle du secondaire. Non, moi je n’ai pas honte qu’un mandat de grève ait été voté !

— Nicole Morin

Vous êtes privilégiée

Quand on se trouve si loin de la réalité de la très grande majorité, comment peut-on avoir honte pour la solidarité de l’ensemble des enseignants dont la plupart envient sans doute votre situation ? Sachez que vous êtes parmi les très privilégiés et cela vous enlève le droit de vous positionner en modèle. 

— Raymonde Leboeuf, 35 ans à la Commission scolaire de Montréal

Tout à fait d’accord

Je suis enseignante au CFCRS de La Prairie et je suis tout à fait en accord. Mes conditions de travail sont excellentes et j’ai un excellent salaire. Il est certain que je n’ai pas les mêmes responsabilités que les enseignantes au primaire ou au secondaire. En formation professionnelle, nous sommes deux enseignantes dès que le groupe dépasse 22 élèves. Oui, nos élèves ont aussi des problèmes de comportement, des difficultés d’apprentissage et souvent des responsabilités familiales trop grandes. Mais malgré tout, nous formons des adultes et le tout est plus facile.

Au primaire et au secondaire, les enseignants doivent faire face aux parents souvent mécontents, à des enfants turbulents ou encore à des adolescents injurieux.

Les fonctionnaires oublient souvent que les travailleurs au privé n’ont pas les conditions de travail qu’ils ont. Nous sommes une société d’enfants gâtés qui demandent toujours plus et qui en donnent toujours moins. Et je parle autant des patrons que des employés.

— Danièle Raymond

Sortez de votre petit collège privé

Honte de faire la grève parce que les enseignants sont des enfants gâtés qui ne travaillent presque pas ! Madame, sortez de votre petit collège privé protégé par une bulle hermétique et allez travailler dans une polyvalente. Cela vous permettra peut-être de découvrir une autre réalité que celle que vous percevez derrière vos lunettes roses. Quant à moi, j’ai honte pour vous. 

— Nicole Caron

Moi aussi j’ai honte… de vous !

Je vous invite à venir enseigner une année dans une école défavorisée à Laval ou à Montréal. Votre réalité n’est pas la nôtre ! La clientèle, la charge de travail (sachez que plusieurs d’entre nous sont à 28 périodes) sont loin de ce que vous vivez au privé. Quand vous aurez fait le constat par vous-même des conditions difficiles de ces milieux, là, et seulement là, pourrez-vous venir critiquer l’ensemble de la profession enseignante !

— Sabrina Michaliszyn

Vous avez toute mon admiration 

Votre courage m’impressionne. Les syndicats font bien plus peur que les patrons et quand on en est insatisfait, on n’a pas d’instance pour se plaindre. Vos collègues vont vous fuir après la parution de cette lettre et le syndicat va tout faire pour vous la faire payer. Alors, la plupart des syndiqués malgré eux se taisent, malheureux, mais craignant les représailles. Vous avez osé dire vraiment ce que vous pensez. C’est si rare !

— Michèle Gervais

J’avais de la chance

Mon Dieu que je suis heureuse de lire qu’une personne partage mon opinion ! J’ai enseigné plus de 25 ans dans une école privée de niveau collégial. J’ai toujours su la chance que j’avais d’évoluer professionnellement dans un milieu avec les conditions que vous décrivez et en prime de bénéficier de la magnifique énergie qui se dégage des groupes d’étudiants. Merci d’avoir l’audace d’écrire un tel texte.

— Renée Trottier, Trois-Rivières

Les moins bonnes conditions au Canada

C’est à cause de gens comme vous que les conditions de travail des enseignants sont les moins bonnes au Canada !

— Stéphane Brosseau

Bébés gâtés

En tant que parent d’un élève qui fréquente le collège, je suis bien heureuse de lire ce texte. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que le syndicat pense obtenir avec ce genre de moyen de pression. Le moment choisi est mauvais : les examens ! La méthode aussi : une grève qui pénalise les parents bien plus que les enfants. Ils sont soit mal conseillés, soit mal intentionnés. Ils ne font effectivement pas pitié et n’ont aucune sympathie de la part des parents qui paient les droits de scolarité. Ils ont juste réussi à nous montrer qu’ils sont déconnectés de la réalité des enseignants ! Des bébés gâtés.

— Catherine Berthiaume

On ne vote jamais une grève à la légère

Tout en respectant l’opinion de madame, je trouve qu’elle y va un peu fort en comparant le syndicat à Bachar al-Assad, mais bon, il faut ce qu’il faut si on veut être lu.

Toutefois, sur le fond, il me manque certains éléments pour alimenter ma réflexion : 71 %, ce n’est pas rien. Quel était le taux de participation au vote, quels sont les points d’achoppement ? Dans ce genre de négociation, il arrive parfois que ce ne soient pas les demandes syndicales qui fassent problème, mais les demandes patronales. Parfois, un mauvais climat de travail entraîne des situations extrêmement tendues en négociation.

Pour avoir travaillé plus de 40 ans dans le milieu syndical, je n’ai jamais vu de groupes voter à la légère pour la grève. Le vote se fait après de bons débats et il est secret.

— Jean-Pierre Gallant

Le système d’éducation va imploser

Les enseignants gagnent 10 fois moins qu’un médecin. Plus personne ne voudra se taper quatre années d’université pour se faire suer le restant de ses jours par les directions, les parents, les élèves. La pénurie d’enseignants ne fait que commencer, le système d’éducation québécois va imploser. J’ai honte ! 

— François Dugal, enseignant retraité, Brossard

Réplique: nous voulons le meilleur pour nos élèves

Le syndicat du Collège Jean de la Mennais a tenu à répondre à l’enseignante Marie-Claude Rémy.

Mathieu Boutin
Président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Collège Jean de La Mennais-CSN

Quelle ne fut pas ma surprise à la lecture de la lettre ouverte signée par une enseignante du collège Jean de la Mennais dans La Presse de vendredi dernier !

Marie-Claude Rémy y clame sa honte d’appartenir à un syndicat d’une école privée qui, ô sacrilège, ose faire la grève ! Nous respectons entièrement le point de vue des personnes qui s’opposent à la grève. Cela dit, comme Mme Rémy est la conjointe d’un directeur ayant travaillé plus de 20 ans au collège Jean de la Mennais, son cri du cœur mérite quelques nuances.

Enjeu au cœur de LA négociation

Bien qu’il soit agréable de travailler dans un environnement où il y a trois gymnases et deux terrains de soccer extérieurs, là n’est pas la question. Les enseignantes et les enseignants sont prêts à négocier et souhaitent régler la question de la tâche éducative qui est beaucoup plus lourde à Jean de la Mennais que dans les autres établissements privés comparables.

Ils demandent une réduction de la tâche éducative au secondaire de deux heures par cycle pour être en mesure de mieux encadrer les élèves dans leur apprentissage. Le fait d’avoir une tâche de deux heures de plus en moyenne que les enseignants de ces autres collèges équivaut, pour un grand nombre d’enseignants, à avoir un groupe de plus à qui enseigner, avec ce que cela comporte sur le plan de la préparation des cours et des examens, de la correction, du suivi et du soutien aux élèves. C’est énorme !

À cette demande, la direction propose de réduire cette tâche de plus ou moins 15 minutes, soit une réduction de moins de deux minutes par jour de travail la première année, et de moins de 38 secondes additionnelles par jour de travail les années subséquentes ! Une offre insultante.

Cette offre de l’employeur ne se justifie par aucune raison pédagogique ; en fait, elle ne semble se baser que sur des considérations financières. Et pourtant, l’année dernière seulement, il a réalisé des profits de plus de 415 000 $ ! Qu’attend-il pour en faire bénéficier les enseignantes et enseignants qu’il embauche et les élèves du collège par le fait même ?

Quelques rectificatifs

Par ailleurs, les quatre journées de grève votées le 29 mai dernier ont été adoptées à scrutin secret dans une proportion de 71 % par 85 personnes présentes. Comme le nombre de membres du syndicat s’élève à 94, on peut dire qu’il s’agit d’une bonne représentativité !

Tout le monde a pu voter en son âme et conscience sans subir d’influence indue. On est loin du régime de Bachar al-Assad, comme l’évoque Mme Rémy de façon pour le moins caricaturale. De plus, je tiens à rassurer Mme Rémy : la CSN ne retient personne. Suivant les règles démocratiques, un vote dans une assemblée générale permet la désaffiliation.

Notre première préoccupation a toujours consisté à vouloir donner le meilleur de nous-mêmes aux élèves. Nous voulons évoluer dans un environnement qui nous permettra d’encadrer nos élèves de la façon la plus optimale qu’il soit.

La direction a-t-elle autant à cœur le sort de ses élèves ? Si oui, pourquoi tarde-t-elle tant à en faire la démonstration ? Nous voulons nous concentrer sur la négociation et nous attendons un signe clair de rapprochement de la direction du collège afin que nous puissions retourner négocier mercredi et vendredi dans un souci commun de mieux-être pour les élèves.

D’ici là, par souci de ne pas risquer de perturber le parcours des élèves, le syndicat a décidé de ne plus exercer de grève d’ici la fin de l’année scolaire. Nous voulons que nos élèves puissent obtenir tout le soutien nécessaire de leurs enseignantes et enseignants durant la semaine d’examens à venir. Car c’est leur réussite qui nous importe d’abord et avant tout.