L’éditorial de François Cardinal publié le 14 décembre, « Oui, la loi 21 est discriminatoire », nous a valu une quantité exceptionnelle de courriels. Voici un aperçu des commentaires reçus.

Elle s’applique à tous

Non, elle n’est pas discriminatoire. Elle s’applique à tous (à l’exception de la clause de droits acquis), peu importe la religion, le sexe, le genre, etc.

Elle brime peut-être la liberté d’expression de la religion, mais c’est ça qu’on veut, ne plus être forcé de voir l’expression de la religion, après avoir traversé la Révolution tranquille au Québec.

Ces personnes qui se sentent brimées peuvent très bien exprimer leur religion et à peu près ce qu’elles veulent dans la rue ou peu importe où dans notre société autrement très permissive.

Mais dans un État qui se veut laïque, les institutions doivent être à l’abri de l’expression de la religion.

— Pierre Belle-Isle

Du respect pour les décisions de nos élus

Il est plus que temps que les décisions de nos élus soient respectées, y compris par les honorables juges. 

— Jean-Guy Moquin

Accepterions-nous d’être traités de la sorte ?

Votre article est bien étoffé et sans faille. Personnellement, je trouve consternant qu’on en soit trop souvent rendu à utiliser les tribunaux pour valider quelque chose qui devrait normalement relever du gros bon sens. Comme si les représentants du gouvernement, qui devraient être des figures de proue en matière de défense des droits, trouvaient acceptable ou normal d’être aussi dépourvus de jugement qu’une bonne partie d’une population fragile et inadaptée à la réalité d’aujourd’hui.

Même si ce gouvernement affirme qu’une majorité appuie cette loi, ça ne signifie pas qu’elle soit juste. Qu’est-ce qu’on peut s’attendre d’un gouvernement populiste, qui ne cherche que l’assentiment d’une collectivité incapable de se mettre à la place des autres et qui se victimise par prévention ?

Accepterions-nous d’être traités de la sorte si nous étions à la place de ces migrants, chercheurs d’emploi ? La manière dont M. Legault agit donne des indications claires sur sa vision de l’exercice du pouvoir. Je ne suis pas certain d’aimer ça, surtout qu’il n’a pas de rival digne de ce nom. 

— André Levasseur

Des lois issues de l’idéologie multiculturaliste

Les juges de la Cour d’appel comme ceux de la Cour suprême exercent leur jugement à partir des lois issues de la Constitution canadienne et de ses chartes concomitantes basées sur l’idéologie libérale multiculturaliste qui privilégie une approche légaliste individualiste au détriment des aspirations collectivistes vitales à la pérennité du peuple fondateur québécois.

Or, ce qui est fondamentalement odieux et liberticide, c’est que le Québec n’a jamais signé cette Constitution aux relents colonialistes monarchiques, qui lui a été imposée insidieusement à la suite d’un processus nocturne antidémocratique.

Les dés juridiques sont donc pipés d’avance parce que les plus belles rhétoriques juridiques ne peuvent logiquement sortir du canevas constitutionnel pancanadien imposé, d’où la nécessité d’une clause dérogatoire bétonnée pour réparer l’injustice constitutionnelle originelle et affirmer notre philosophie laïque distincte plutôt axée sur le concept d’interculturalisme.

Comme l’a dévoilé le relativisme international du juge Mainville, des pays européens ont adopté des mesures similaires (et même plus incisives) qui ont été avalisées par la Cour européenne (discriminatoire !) des droits de l’homme.

— Alain Dupuis

Les lois ne font jamais l’unanimité

Nommez-moi une loi qui n’est pas discriminatoire à 100 %. Il y en aura toujours qui se sentiront visés, perdants ou pas gagnants. La loi 21 n’est ni pire ni mieux que les autres lois. Elle traduit une volonté de la majorité de la population québécoise qui prône la laïcité dans certaines institutions publiques. Si quelques rares personnes refusent, uniquement par choix, de laisser leurs signes religieux apparents pour quelques heures par jour travaillé, ça les regarde. Elles ont le droit de le faire, mais elles doivent en accepter les conséquences comme tout autre citoyen confronté à une loi. À la limite, si on prend l’exemple des quelques enseignantes qui font le choix de ne pas respecter la loi, elles peuvent enseigner dans des écoles privées ou religieuses du Québec ou postuler dans une autre province ou choisir un autre métier. Elles ont toujours le choix.

— Pierre Lemelin

Ouste !

C’est assez, le prosélytisme dans les écoles. On s’est débarrassés de la religion catholique dans nos écoles et tout le monde s’en porte très bien… Au nom de quel principe devrait-on maintenant accepter que les musulmans ou toute autre religion reviennent dans les écoles du Québec ? Ouste la religion dans nos écoles, pas de retour en arrière… Que ceux et celles qui s’entêtent à vouloir porter des signes religieux en présence de nos jeunes le fassent dans les écoles privées. Point à la ligne. On choisira nos écoles…

— Sylvie Fournier

La discrimination dans les religions

Ce jugement prouve qu’une loi démocratiquement votée pour ramener une paix sociale ne peut être suspendue par des tribunaux pour satisfaire une minorité. Dans ce débat, il va s’agir de voir si au Québec un gouvernement légifère pour la majorité ou pour satisfaire une minorité.

De plus, cette loi n’empêche pas les gens de pratiquer leur religion, mais leur demande de prendre une attitude neutre dans l’exercice d’une fonction d’État.

Je crois que le Québec n’est pas le seul à faire cela. La France, la Suisse (pays des plus démocratiques), etc. le font déjà avec l’appui de leurs tribunaux.

Cessons de vouloir créer des crises d’urticaire pour rien et attaquons-nous au vrai problème de l’égalité hommes-femmes dans les religions, toutes formes confondues.

— André Laval

À l’abri des extrémistes

Oui, elle est discriminatoire. Elle discrimine entre, d’une part, la vaste majorité des religieux de convictions qui acceptent de respecter les droits des personnes sur qui ils exercent leur autorité et, d’autre part, ceux qui sont zélés envers leur religion au point qu’ils sont prêts à ne pas exercer leur profession ou même à s’exiler, plutôt que de laisser au vestiaire, pendant six heures, la partie superficielle de leur pratique religieuse. Et ceux-là, nous n’en voulons pas pour diriger une cour de justice, garder des prisonniers et, surtout pas, éduquer nos enfants. En ce sens, la loi nous met à l’abri des extrémistes.

Le doit d’exhiber la superficialité de sa religion, durant les heures de travail lorsqu’on est en situation d’autorité, n’est pas un droit fondamental. Le fondement de la religion ou de la spiritualité est intérieur. Pas sur le revers de son habit ni sur sa tête ni à sa ceinture.

De plus, nous ne sommes pas intéressés à savoir ce qu’en pensent des juges nommés par le fédéral et chargés d’interpréter une Constitution qui nous a été imposée et que nous ne digérons pas, après 37 ans au fond de notre gorge.

Donc, d’accord pour cette sorte de discrimination.

— Suzanne Thuot