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Enseignement de l'histoire: plus que la question nationale

L'enseignement de l'histoire au secondaire ne doit pas... (PHOTO : DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'enseignement de l'histoire au secondaire ne doit pas être réduit à la question nationale.

PHOTO : DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Simard
L'auteur enseigne l'histoire au cégep Garneau
, à Québec.
La Presse

Les souverainistes à peine revenus au pouvoir, la nouvelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, s'empresse de dire que les cours d'histoire au secondaire, donnés à chacune des cinq années du curriculum, devront sous le nouveau gouvernement faire plus de place à la «question nationale», ce qui devrait faire en sorte que «le clivage qui oppose les souverainistes et les tenants du fédéralisme canadien (soit) mieux compris par les élèves du secondaire».

Son appel à la croisade a bien sûr été appuyé par les vassaux de l'indépendance, dont la Société Saint-Jean-Baptiste et la Coalition pour l'histoire et, dans ces pages, l'«historienne et écrivaine» Micheline Lachance.

L'un des arguments principaux de ceux qui soutiennent l'engagement de la ministre est que les cours d'histoire au secondaire ont négligé «la question fondamentale qui l'a historiquement traversé» (Mathieu Bock-Côté) au profit de faits qui seraient moins «importants», dont «l'histoire des femmes, des Autochtones, des Amérindiens, des groupes ethniques» (Micheline Lachance).

Quels seraient donc, selon eux, ces faits plus importants qui auraient été occultés par ce programme? «La déportation des Acadiens (...), la défaite des plaines d'Abraham (et) les insurrections de 1837-1838« (M. Lachance), ou encore «la Conquête, l'Acte de Québec, l'Acte constitutionnel, l'Acte d'Union, la Confédération, l'Affaire Riel, les crises de la conscription, la Révolution tranquille, les deux référendums ou la crise constitutionnelle» (M. Bock-Côté).  Que des faits faisant partie de longue liste de «défaites» historiques des Canadiens français, rassemblés dans une interprétation de l'histoire du Québec que l'historien Jocelyn Létourneau a qualifiée de «mythistoire».

Nul ne remet en question que ces faits (dont on prétend qu'ils sont oubliés ou noyés dans le nouveau programme) soient mémorables. Mais affirmer qu'ils sont fondamentaux ou plus importants que d'autres relève d'une instrumentalisation politique de notre histoire et d'une conception de la nature même de l'histoire qui nie à cette discipline le droit d'évoluer au rythme de son époque.

Deux constats : l'histoire politique, que les souverainistes voudraient prédominante, a été depuis près d'un siècle déjà ramenée à une place plus discrète au profit d'autres dimensions (histoire sociale, économique, des idées, etc.), et ce à juste titre; la version de l'histoire qu'ils voudraient ramener au premier plan avait sans doute plus de raison d'être à l'époque de la Révolution tranquille et de l'affirmation nationale, mais sa pertinence a fortement décliné en cette époque de mondialisation où les Québécois ne souffrent plus des complexes de leurs ancêtres.

On fait en outre au programme actuel le mauvais procès d'être l'instrument de la promotion du multiculturalisme et du fédéralisme, ces bêtes noires des souverainistes. Ces reproches sont tendancieux et infondés. Les cinq années d'enseignement de l'histoire au secondaire (dont deux portent sur l'histoire d'ici) visent d'abord et avant tout à développer les «compétences» et l'éducation civique. Et celle-ci ne se réduit pas à la question politique (ou nationale), mais touche aussi l'éthique, les relations entre groupes sociaux et ethnies, la culture, etc. La compréhension de l'autre par le médium historique ne peut être assimilée au multiculturalisme, sinon pour l'avilir, et n'est pas, du moins l'espère-t-on, l'apanage du fédéralisme.

Ce programme a plusieurs défauts (dont l'infâme approche par compétence, qui a considérablement réduit le bagage de connaissances et l'autonomie des élèves), mais il n'est pas, au contraire de la mythistoire nationaliste, un instrument idéologique et politique.

Lors de sa conférence de presse, la ministre l'a elle-même reconnu, affirmant que le programme d'enseignement de l'histoire avait «un peu noyé le poisson de la souveraineté». L'enseignement de l'histoire, doit-on le répéter, ne doit pas être réduit à la dimension politique et à la question nationale. Qu'on réécrive ce programme, j'en suis, mais pas pour faire de la «vérité» souverainiste son fondement.




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