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Médecine familiale : la CAQ nie la réalité

Le Dr Louis Godin, président de la FMOQ,... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Le Dr Louis Godin, président de la FMOQ, a bien dit qu'il manque encore quelques centaines de médecins de famille pour répondre aux besoins. Nous avons besoin d'attirer les étudiants de médecine vers ce champ de pratique qui peut-être très stimulant et valorisant.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Alain Neveu
L'auteur est médecin de famille
, expert en médecine du travail. Il a été membre du conseil général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) de 1982 à 2005.
La Presse

Comment pourrait-on faire comprendre à François Legault que la proposition de la Coalition avenir Québec de « garantir » d'ici un an un médecin de famille à chaque Québécois, est un déni complet de la réalité de ce qu'est la médecine familiale actuelle?

Le ton obsessif avec lequel il exigeait des autres chefs, dimanche soir au débat, de dire qu'il y a assez de médecins de famille, était ridicule. Comme l'est la position de son parti, fondée uniquement sur l'opinion du Dr Gaétan Barrette, qui ne connaît rien à l'omnipratique et ne charrie depuis près de deux ans que des préjugés et du mépris à notre égard.

M. Legault et le Dr Barrette dénient la réalité, en se limitant à une simple équation pour diviser la population par le nombre de médecins de famille, pour ensuite décider que tous les médecins de famille peuvent augmenter le nombre de patients suivis en cabinet.

Comme la FMOQ l'a bien expliqué récemment dans Le Soleil, les médecins de famille ont pour la plupart une pratique polyvalente, répartie entre le travail à l'hôpital, urgences et patients admis, le travail en centres d'accueil et le travail en cabinet, que ce soit dans des GMF, des CLSC ou des cabinets privés autonomes. Dans leurs bureaux, ils partagent aussi le temps entre les heures avec ou sans rendez-vous.

La clientèle vieillit, les problèmes de santé se multiplient, deviennent plus complexes et exigent donc beaucoup de temps pour une écoute attentive.

Les politiques gouvernementales qui ont obligé vers le milieu des années 90 les nouveaux omnipraticiens à exercer un grand nombre d'heures en établissements, par l'entremise de la clause des AMP (activités médicales particulières) imposée dans l'entente, ont ainsi éloigné ces jeunes des cabinets, où pourtant plus de 80% des soins de première ligne étaient et sont encore donnés.

Plusieurs médecins de famille, dont je suis, se consacrent maintenant à d'autres activités médicales et médico-administratives, que ce soit la réadaptation, la médecine du travail, la santé publique ou comme directeurs de services professionnels dans des établissements. Dans bien des cas, ce sont leurs problèmes de santé liés à une trop longue surcharge de travail qui ont amené ces changements de carrière.

L'analyse de la population médicale exige aussi de comprendre les changements de mentalité entre les médecins plus âgés et les plus jeunes. Lorsque j'ai commencé ma pratique il y a près de 40 ans, on nous avait inculqué en faculté que notre profession et nos patients passaient avant tout. Les heures ne comptaient pas.

Nous étions aussi une majorité d'hommes à la faculté, de sorte que ce message passait plus facilement. Depuis de 15 à 20 ans, les critères d'admission fondés sur l'excellence scolaire et collégiale ont fait en sorte que les étudiantes sont en majorité. Il va de soi que leur vision a changé, le partage travail-famille s'impose avec raison.

Les médecins plus jeunes, hommes et femmes, tentent, un peu mieux que nous le faisions, de mettre en application pour eux-mêmes les principes d'une vie saine que nous communiquons aux patients : prendre du temps pour soi, faire de l'exercice, relaxer, etc.

Le programme d'aide aux médecins tente de répondre aux besoins de tous ceux qui souffrent d'épuisement professionnel. Les médecins qui soignent ainsi leurs collègues sont déjà assez occupés sans qu'on les surcharge eux-mêmes encore davantage. L'ex-président de la FMSQ devrait pourtant le savoir, puisque ce sont les cotisations versées par tous les médecins aux deux fédérations syndicales, FMOQ et FMSQ, et au collège des médecins, qui financent ce programme d'aide essentiel.

Le Dr Godin, président de la FMOQ, a bien dit qu'il manque encore quelques centaines de médecins de famille pour répondre aux besoins. Nous avons besoin d'attirer les étudiants de médecine vers ce champ de pratique qui peut-être très stimulant et valorisant.

Ce n'est certainement pas le mépris de certains spécialistes à l'égard de cette pratique ni le caquetage de M. Legault au débat des chefs, non plus que les menaces du Dr Barrette de légiférer pour imposer davantage d'heures de travail, qui le réussiront!




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