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La vraie source de la crise

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Louis Gill
La Presse

Dans un article paru dans La Presse du 20 décembre sous le titre «Les origines profondes de la crise», le sociologue Éric Pineault de l'UQAM situe ces origines dans une répartition inégale des revenus entre salaires et profits. Cela, dit-il, a permis aux entreprises d'engranger d'importants profits, alors que la consommation des ménages n'a pu jouer son rôle de stimulateur de la croissance que par une progression exponentielle de leur endettement. Une réduction des inégalités de revenus serait donc une condition nécessaire d'une croissance renouvelée.

S'il est incontestable que la relance de l'économie des États-Unis par l'immobilier et de très faibles taux d'intérêt a artificiellement stimulé la demande par l'endettement des ménages après l'éclatement de la bulle technologique en 2001-2002, et que les prêts hypothécaires à risque ont été le déclencheur de la crise financière actuelle, on ne saurait toutefois, à mon avis, relier les origines profondes de cette crise aux inégalités de revenus et à l'endettement qui en a découlé.

 

Le capital investi dans le crédit aux ménages ne constitue en effet que la portion congrue de la masse gigantesque de capital de placement qui circule librement dans le monde au gré des perspectives de profit et de la spéculation. C'est dans ce capital artificiellement gonflé et menacé de liquidation à tout moment que se trouve la source profonde de la crise financière actuelle. Une expression de son gigantisme est la valeur mondiale des produits dérivés de tout type, qui était en 2008 de l'ordre de 10 fois le Produit mondial brut. Rappelant que la valeur des actifs des fonds communs de placement a perdu 2400 milliards de dollars aux États-Unis en 2008 et que la capitalisation boursière mondiale a chuté de 30 000 milliards, l'hebdomadaire The Economist du 6 décembre écrit que des pertes d'une telle ampleur laissent dans l'ombre les pertes encourues par les titres reliés au crédit aux ménages, qui ont déclenché la crise financière en 2007.

Dans un numéro spécial intitulé «The World in 2009», le même hebdomadaire prévoit que l'année 2009 sera marquée par des faillites massives d'entreprises et de banques, en raison notamment de leur recours à grande échelle à des emprunts à haut risque (obligations de pacotille ou junk bonds) qui sont pour les entreprises l'équivalent des emprunts hypothécaires à risque élevé contractés par les ménages. Comme les ménages, les entreprises ont cédé au cours des dernières années à l'attrait des faibles taux d'intérêt et à l'incitation des prêteurs, pour refinancer leurs emprunts. Les deux tiers des prêts accordés aux entreprises en 2007 étaient des prêts à risque, précise l'hebdomadaire. Ces prêts venant à échéance en grand nombre en 2009, de forts taux de défaillance sont à prévoir. Cela aura, entre autres, une sévère incidence sur le marché de 55 000 milliards de dollars des titres de garantie contre le risque de défaillance des emprunteurs (credit default swaps), transformant en amplificateurs de la crise ces titres dont la fonction était de la prévenir. Avec des conséquences évidentes sur l'économie réelle.

À la lumière de ces faits, on voit bien que les origines profondes de la crise sont ailleurs que dans les inégalités de revenus.

L'auteur est économiste et professeur retraité de l'UQAM.

 




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