L’arrivée de Donald Trump en politique a libéré des instincts malsains chez beaucoup d’individus en Amérique, des gens qui stockaient de la rage dans le fond de l’estomac face à la politique telle qu’elle existait.

Publié le 26 mai

Avant Trump, la pudeur existait, mais les politiciens en ont abusé jusqu’à l’écœurement de l’électeur, et ainsi naquit la bête.

Il a engendré chez nous des disciples que j’appelle des nano-Trump, c’est-à-dire des politiciens qui ratatinent le discours en empruntant sa recette pour faire leur fortune politique.

Dans notre environnement immédiat, trois nanos se distinguent plus que les autres.

Maxime Bernier, dit le Prix Nobel, dont même les compatriotes beaucerons ne veulent plus.

Pierre Poilievre, un preacher patenté de la liberté individuelle qui veut remplacer la Banque du Canada par BET99, et qui donne l’impression de parler de choses qu’il ne comprend pas lui-même.

Et Éric Duhaime, un peu le Mathias Bones de la politique québécoise, ce croque-mort de la bande dessinée Lucky Luke qui profite du malheur des autres.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada

Le cas de M. Bernier est devenu pathétique. Il pourrit debout politiquement entouré de plaqués d’une droite phalangiste anglophone. Mais souvenons-nous que quelqu’un l’a déjà nommé ministre des Affaires étrangères du Canada, bien qu’il n’ait pas fait un an, mais quand même. Je l’imagine dans une conversation avec Bernard Kouchner ou Condoleezza Rice à l’époque… Gênant ! Il est également passé à un poil de devenir chef du Parti conservateur du Canada (PCC).

M. Poilievre, lui, se rappelant la campagne de M. Bernier, s’est dit qu’il ne perdrait pas par un poil, lui… S’cusez-la ! Toujours dans la thématique funéraire, il présidera probablement à la mort du PCC tel qu’on le connaît présentement s’il l’emporte, et idem s’il perd. Remarquez que ce parti a été le résultat d’une fusion avec feu le Parti réformiste du Canada, pas tout à fait un regroupement de poètes à l’époque, disons… Le gars déraille et son imitation de Trump est bouffonne.

Le cas de M. Duhaime est plus complexe, mais juste plus vicieux par ailleurs. On ne peut nier l’intelligence du bonhomme, si nous le comparons au Prix Nobel, par exemple.

À Québec, il a réécrit le grand livre des insanités publiques avec ses copains de la radio toxique, dont il fait toujours partie presque intégrante de la programmation actuellement.

Mais par un phénomène curieux d’omission presque généralisé, on ne semble pas se rappeler ce passé nauséabond. Il a comme droit actuellement à un sauf-conduit politique. Ce qui n’est pas anormal considérant son score de plus ou moins 15 % dans les sondages, et la nouveauté qu’il apporte dans l’univers politique fade actuel.

La grande qualité du monsieur est d’avoir du nez pour les bonnes occasions et de humer de loin l’odeur du sang.

Et il s’y connaît en politique, pour avoir milité et/ou travaillé au PQ, au Bloc québécois, à l’ADQ, au PCC et maintenant au Parti conservateur du Québec (PCQ). Une vaste expertise et une superbe capacité d’adaptation idéologique, vous en conviendrez.

Il devient éventuellement libertarien quand il sent la force montante de ce courant politique chez les voisins du Sud. Mais on a l’impression qu’il l’est devenu moins par conviction que pour se distinguer publiquement, et parce que ça pouvait devenir payant. En tout cas, cette posture mentale et cette différence lui ont probablement permis de toucher de bons émoluments pendant plusieurs années dans l’industrie radiophonique.

Il est, pour ainsi dire, un politicien de la pandémie. D’où l’odeur du sang. Son flair lui a fait comprendre rapidement que cette calamité créerait des mécontents et de la contestation. La question devenait de savoir qui récupérerait cette clientèle politique disponible à la gueule sûre. Il a su prendre les devants avec une très grande habileté en devenant chef d’un parti moribond.

Le dévot de la première heure du PCQ, qu’on caricature comme un complotiste, circule généralement de convoi en convoi de la liberté en Ford F-150 qui arbore des drapeaux dont, incidemment, je n’ai pas compris la signification. Il est soit sincèrement écœuré de la politique telle qu’elle est pratiquée actuellement ; soit il a une solide propension pour le party ; soit il souhaite devenir un jour membre d’un club de caravaning ; soit il veut faire partie d’une famille, sortir de sa solitude abêtissante ou de son sous-sol. C’est au choix.

M. Duhaime est aussi très habile. Il a réponse à tout. Il me fait penser jadis à certains de mes collègues étudiants marxistes-léninistes les plus brillants à l’université, qui savaient répondre à tout questionnement sur la doctrine du prophète Karl. Mais comme ils savaient fort bien qu’aucun régime communiste ne verrait le jour chez nous, ils pouvaient répondre à la limite n’importe quoi, c’était sans conséquence. Comme M. Duhaime qui sait qu’il ne formera pas le prochain gouvernement, et qui peut donc être en faveur de tout ce que désire, et contre tout ce que déteste le bon peuple. Il n’aura à répondre de rien après les élections.

Le gars est efficace, très efficace même, et il y a un marché disponible certain pour un outsider du genre. N’empêche, nous sommes une tonne à ne pas croire à sa fraîcheur et à son baratin politique.

Et comme l’explique le croque-mort Bones dans un épisode : le plus difficile dans son métier est de fidéliser la clientèle. On verra pour M. Duhaime.

Mais souvenons-nous d’Éric Zemmour en France, qui, avec la même posture du politicien qui n’émanait pas du sérail, devait casser la baraque il y a quelques mois à la présidentielle, avec le résultat décevant qu’on connaît maintenant.

Entre nous

Extrait du dernier livre de Yascha Mounk, La grande expérience – Les démocraties à l’épreuve de la diversité

La grande expérience – Les démocraties à l’épreuve de la diversité

La grande expérience – Les démocraties à l’épreuve de la diversité

Éditions de l’Observatoire

« Il y a des différences nombreuses et importantes entre les leaders d’extrême droite tels que Donald Trump, Marine Le Pen, Viktor Orban et Jair Bolsonaro, Narendra Modi et Récep Tayyip Erdogan. Ils sont issus de traditions religieuses différentes, ont prêté allégeance à différentes tribus idéologiques et dirigent leur colère contre des ennemis différents. Mais tous sont les rejetons de la même souche puissante de majoritarisme ethnique : ils considèrent que la minorité la plus visible de leur pays constitue une menace à son bien-être et jurent de défendre la majorité. »