Je suis depuis quelques mois en période de désintoxication politique. Après 14 ans de dépendance à ce « shoot » professionnel quotidien, la décontamination va bon train, comme le chantier de curetage du cerveau et sa remise à niveau citoyenne.

Publié le 5 mai

J’ai également découvert les vertus du silence. L’abstention publique m’a fait un bien énorme, et sûrement à beaucoup d’autres. Il a toutefois fallu résister, l’ogre médiatique demeure insatiable.

Je ne me croyais pas capable de combattre l’hyperactivité, mais j’y travaille fort. Étrange quand même d’avoir la paresse comme objectif, et pas glorieux de l’exprimer ainsi.

Dans les derniers temps, dans mon quartier Saint-Roch à Québec, un inconnu m’a servi toute une leçon à sa manière. Alors que je faisais mes emplettes au pas habituel, il m’a crié ceci : « Eille, Régis, qu’est-ce que tu fais là ? Cours-tu après ton poney ? Slaque un peu, voyons donc, ralentis, t’es à la retraite ! » Je cohabite avec de grands sages. Depuis, je tente de garder le canasson sur mes talons…

Des « flash-back » d’urgences, dus à l’accoutumance induite par la fonction, me reviennent parfois, mais de plus en plus rarement. Seul le temps peut permettre aux synapses de liquider les stocks d’intrants politiques accumulés. Mais, a contrario, les sentiments de latitude que je découvre à tous les jours me font me rappeler comment la vie est bonne pour moi, que j’ai le cul bordé de nouilles !

Pas un geste de la vie de politicien ne m’a manqué. Zéro ! Ça frise l’ingratitude.

Dans mon cas, le seul passif était physiologique. Comme un corps qui vous largue. Le mien m’a complètement lâché, le salaud ! Il cherchait du tonus, le pauvre ! Imaginez ! Comme j’ai une mauvaise relation avec l’effort physique, il a dû faire son temps, comme le reste. On prend un billet et on patiente gentiment là !

Pour résumer, et selon mes propres critères d’excité, j’étais devenu le fainéant parfait.

Et en plein milieu de ces moments divins de lenteurs, voilà que Stéphanie Grammond, éditorialiste en chef, me joint pour me proposer de collaborer et d’écrire pour La Presse.

Surpris, je lui explique que j’ai les deux pieds su’l’poêle, que oui, j’aime écrire, mais seulement quand ça me tente, ou qu’on me provoque, certains se reconnaîtront. Belle réponse de lézard que je me suis dit, en harmonie avec le lieu où je me la coulais douce incidemment.

Je comprends des propos de madame, que le cas échéant il faudrait que je m’engage un minimum, et commencer plus tôt que tard !

M’engager ? Misère ! J’invoque les dieux de l’oisiveté et de l’indolence ! En vain…

J’ai pu gagner du temps, certes, mais la dame est convaincante et nous y voici aujourd’hui, à mon grand plaisir. Et exactement un an, jour pour jour, après avoir annoncé que je mettais fin à ma pratique de ce sport extrême, la politique.

Depuis cet appel, pour bien comprendre la tâche qui m’était proposée, je me suis questionné sur ce qui me plaisait de lire chez un chroniqueur.

Pour résumer, je recherche l’intelligence du propos ou la couleur du style, idéalement en « combo ».

Par exemple, je savoure l’arrogance et le vocabulaire d’un Franz-Olivier Giesbert, vétéran français de l’écrit, dont l’éditorial hebdomadaire dans Le Point vaut à lui seul l’investissement. Sa prose lucide, baveuse et électrique m’enchante.

Je me laisse aussi surprendre par le style de Kamel Daoud. Un Algérien qui ne s’épuise jamais d’éreinter le pouvoir corrompu de son pays, ou détricoter inlassablement le discours tordu de l’islamisme radical chez lui. Toujours sous le joug d’une fatwa d’un sympathique imam, on se demande comment il réussit à dormir.

Comme beaucoup de lecteurs et lectrices, je m’ennuie aussi de Pierre Foglia. Ses chroniques d’humeurs singulières et tordantes me faisaient bien entreprendre mes journées. Des lectures qu’on absorbait à l’intraveineuse.

Fin de l’énumération, et sans flagornerie, je salue ici l’équipe de La Presse, pour laquelle j’ai beaucoup de respect.

J’ai donc vu mon ombre en sortant de ma tanière, et décidé de me secouer le popotin. Même si je ne prévoyais pas être honteux du lambinage avant l’automne, l’usage d’une nouvelle drogue professionnelle douce était au calendrier, absolument moins dure que ma consommation des dernières années.

Pour terminer, permettez-moi une petite mise au point. J’ai déjà informé la patronne qu’elle devait se rappeler mon statut de joyeux nouveau retraité. Par conséquent, les circonstances atténuantes existeront. Pour faire court, prenez note que je suis devenu un partisan enragé de l’horaire allégé.

Bien, ça suffit pour aujourd’hui. Faut en conserver un peu pour la suite du monde.

Et comme on le dit au Lac-Saint-Jean : au travail, grand fanal !

Entre nous

Je tends vers l’autonomie, et j’ai donc recommencé à conduire. J’ai déjà réussi des trucs qui feraient rougir des cascadeurs professionnels et, du coup, fait subir à mon nouveau véhicule ses premiers dommages, dans les jours qui ont suivi son acquisition… Mes amis sont aux abris. Tout cela pour expliquer qu’à des fins de sécurité publique, je réfléchis à publier à l’avance mes itinéraires.