Jean Charest lancera jeudi sa campagne à la direction du Parti conservateur du Canada à Calgary, histoire de montrer qu’il a du soutien dans l’ouest du pays. On comprend l’importance stratégique de le faire.

Publié le 9 mars

Mais, au Québec, M. Charest a toujours une réputation à réparer et il ferait aussi bien de s’y atteler rapidement s’il ne veut pas avoir de mauvaises surprises.

M. Charest a été défait aux élections de 2012 et depuis 10 ans, il a choisi de se tenir loin de la scène publique. On peut difficilement le lui reprocher quand on sait qu’il faisait toujours l’objet d’une enquête de l’UPAC, l’unité anticorruption qu’il avait lui-même créée.

Mais ce n’est pas parce qu’il ne sera pas l’objet d’accusations criminelles qu’il n’a pas d’explications à donner sur des questions d’éthique l’impliquant et sur lesquelles il ne s’est jamais vraiment exprimé.

Par exemple, le rapport de la commission Charbonneau parlait d’un lien, au moins indirect, entre le financement du Parti libéral du Québec et certains contrats gouvernementaux. On a également appris qu’il exigeait de ses ministres qu’ils collectent 100 000 $ par année en contributions au parti. On sait aussi qu’il a caché pendant très longtemps le fait qu’il recevait un salaire supplémentaire de son parti en plus de celui de parlementaire.

Ce ne sont pourtant pas les demandes d’entrevue ou les tribunes qui lui ont manqué.

Quiconque lit ce qui se publie sur les médias sociaux ou a un compte courriel qui reçoit les commentaires du public sait qu’il y a encore beaucoup de gens qui sont troublés par tout cela. Évidemment, il ne faut pas confondre ceux qui s’expriment et la majorité, mais il reste que M. Charest n’a pas fait sa paix avec bien des Québécois sur ces questions.

Et il faudra aussi parler d’un bilan décidément modeste de sa décennie comme premier ministre. Où est sa Baie James ? Où est sa loi 101 ? Où sont ses Centres de la petite enfance ? Bref, quel est le legs, où est la signature de Jean Charest dans l’histoire du Québec ?

Sa grande victoire en politique québécoise, il l’a remportée avant même de devenir premier ministre. Aux élections de 1998 quand il a remporté le vote populaire, malgré qu’il n’ait pas eu la majorité des sièges à l’Assemblée nationale.

Ce faisant, il a totalement brisé l’élan vers un nouveau référendum pour lequel le Parti québécois cherchait toujours les « conditions gagnantes ». C’est une victoire importante, après tout, il était venu en politique québécoise pour ça.

Mais on dirait qu’après que le vent eut tourné, M. Charest a pu passer les 10 années suivantes à gagner des élections juste en disant le mot « référendum », tant les Québécois ne voulaient pas en entendre parler.

Jusqu’à son dernier mandat, qui fut marqué par une crise étudiante qui aurait pu se régler rapidement avec des négociations, mais que son entêtement aura fait durer des mois. Et surtout par des allégations de corruption qui auront mené à l’enquête de la commission Charbonneau.

Comme quoi on peut être un politicien qui sait comment gagner des élections et durer au pouvoir sans pour autant marquer les esprits comme ayant été un grand premier ministre.

C’est ainsi que Jean Charest revient sur la scène politique après une éclipse de 10 ans. Avec bien peu d’indications sur le type de premier ministre qu’il entend être.

Dans le peu de déclarations qui lui sont attribuées, on peut déjà trouver certaines ambiguïtés. Dans une entrevue au Globe and Mail, il y a quelques jours, il disait vouloir faire campagne comme un « Blue Conservative » et pas comme un « Red Tory », le nom que l’on donne souvent à l’aile plus progressiste du parti. Ce sont pourtant des députés québécois, comme Alain Rayes, qui s’affichent comme progressistes-conservateurs qui l’ont sollicité pour entrer dans la course.

De même, quand il a rencontré le caucus conservateur, la semaine dernière, il a rappelé aux députés de l’Alberta que, comme premier ministre, il avait appuyé le projet de pipeline Énergie Est. Un projet que l’actuel premier ministre du Québec a décrit comme n’ayant « pas d’acceptabilité sociale » et qui a, depuis, été abandonné par son promoteur. De beaux débats en perspective avec le gouvernement du Québec.

Mais avant de se demander quel genre de premier ministre il pourrait bien être à Ottawa, il lui faudra gagner une élection contre Justin Trudeau ou (plus probablement) un autre chef libéral.

Et c’est essentiellement là-dessus que M. Charest va faire porter sa course à la direction du PCC. Sur l’invitation de son lancement de campagne à Calgary, on trouve ce qui sera sans doute son slogan de campagne : Jean Charest : Built to win. Fait pour gagner.

Et, pour les prochains mois, c’est la seule chose dont il va parler à un parti qui a subi trois défaites de suite : gagner !