Avec la fin du clivage entre fédéralistes-souverainistes, il s’est créé un espace pour de nouveaux partis politiques sur la scène québécoise. En particulier des partis qui se situeraient dans l’axe gauche-droite.

Publié le 19 janvier

Le Parti conservateur du Québec n’est pas nouveau, mais il n’a jamais pris son envol. Né peu après l’agonie, puis la mort de l’Action démocratique du Québec, il aura connu son apogée aux dernières élections avec près de 60 000 voix et 1, 46 % des voix.

Le chef, le très cérébral mais peu charismatique Adrien Pouliot, démissionne alors et c’est l’animateur de radio Éric Duhaime qui est élu chef avec un score soviétique de 95,99 % des voix à un congrès à la direction, tenu en avril 2021.

Manifestement, les conservateurs québécois avaient envie de quitter les lignes de côté de la politique québécoise et voulaient un chef qui saurait faire parler de lui et du parti.

Parce qu’il y a un marché pour un parti qui ferait la cour à des électeurs plus conservateurs qui ne se reconnaissent pas dans la Coalition avenir Québec, qu’ils voient plus comme un parti populiste, qui gouverne par sondages et dont les valeurs de droite sont plutôt mollassonnes.

Mais pour établir cela, il faut un travail patient et constant de promotion des valeurs conservatrices et ne pas tomber dans la course facile aux manchettes.

Malheureusement, Éric Duhaime a plutôt choisi de faire parler de lui quel qu’en soit le prix.

À la faveur de la crise sanitaire, le chef Duhaime a été présent sur toutes les tribunes pour contester à peu près toutes les mesures sanitaires imposées par le gouvernement. Des pétitions contre le passeport vaccinal ou exigeant la démission du ministre de la Santé, Christian Dubé, ont été à l’avant-plan de son action.

Même s’il est lui-même doublement vacciné, le chef conservateur n’a pas pu résister à l’idée d’être vu dans les manifestations du mouvement antivaccin. En fait, c’est essentiellement dans ce contexte que la majorité des Québécois ont entendu parler de lui au cours des derniers mois.

L’élection partielle dans Marie-Victorin aurait pu lui fournir une occasion d’élargir ses horizons et son discours. Il aurait pu choisir un candidat au profil plus économique qui lui aurait permis de se montrer intéressant pour une nouvelle clientèle.

En lieu et place, il a choisi une vedette, la comédienne Anne Casabonne, l’une des égéries du mouvement antivaccin, même si elle refuse aujourd’hui ce titre et se dit plutôt partisane du libre-choix. Ce qui ne fera malheureusement pas oublier ses vidéos « antivax » qu’elle qualifie aujourd’hui de satiriques.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne Anne Casabonne

Mais ce qui est clair avec cette candidature, c’est que M. Duhaime n’essaie pas de bâtir un parti politique solide à droite de l’échiquier politique, mais qu’il a choisi la voie plus facile de coaliser les mécontents des mesures sanitaires et, par extension, du gouvernement Legault.

C’est une façon facile de faire parler de lui, mais ça ne lui apportera aucun dividende durable pour établir un nouveau parti politique.

C’est de l’Éric Duhaime pur jus : le coup publicitaire qui donne un gros high, une ivresse éphémère, mais qui assure une gueule de bois solide le lendemain matin.

Surtout qu’on ne connaît ni la date de l’élection partielle de Marie-Victorin (le premier ministre aurait jusqu’à la mi-mai pour l’annonce, même s’il le fera sans doute beaucoup plus tôt que cela) ni quelle sera la situation sanitaire ce printemps… ou cet automne lors des élections générales du 3 octobre prochain.

L’opinion publique change vite et nul ne sait quand le ras-le-bol sanitaire qui se manifeste actuellement pourrait se dissiper. Essayer de bâtir un parti politique sur cette seule base, c’est bâtir sur du sable.

Pourtant, il y a une avenue qui s’ouvre pour un parti franchement conservateur en politique québécoise. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à voir l’enracinement bien réel des conservateurs fédéraux au Québec.

Et on peut constater aussi combien l’essoufflement du débat souverainistes-fédéralistes est en train de nuire aux deux vieux partis qui l’ont si longtemps fait vivre. Les sondages montrent une ligne désespérément plate autour de 20 % pour les libéraux. Quant au PQ, il vit une lente descente aux enfers qui le place même sous les conservateurs dans certains sondages.

Pendant ce temps, Québec solidaire est sur une lente montée qui ne se dément pas, et a su prendre sa place dans l’axe gauche-droite, même dans un environnement où la CAQ domine sans partage.

M. Duhaime avait le choix entre un travail patient pour donner des fondations solides à un parti franchement logé à droite ou les manchettes faciles. Manifestement, il semble avoir choisi la seconde option.