Rien n'est acquis

La Fête nationale doit être ouverte aux autres... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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La Fête nationale doit être ouverte aux autres cultures, mais elle doit célébrer son caractère français, écrit Yves Beauchemin.

Photo: Bernard Brault, La Presse

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Yves Beauchemin

Cette controverse sur la participation de deux groupes de musiciens anglophones aux fêtes de L'Autre Saint-Jean (L'Autre Singeant?) dans le quartier de Rosemont-La-Petite-Patrie excite bien des esprits. Elle a même créé une scission chez les souverainistes! Leurs adversaires s'en frottent les mains.

Dans La Presse du 15 juin, le chroniqueur Yves Boisvert se montrait cinglant: «Amenez-nous un groupe africain, des rappeurs vietnamiens ou des trombonistes finlandais, on trouve ça mignon comme tout. C'est la Fête nationale! Tout le monde est québécois! Mais un Anglais dans un spectacle secondaire de la Saint-Jean? Quelle répugnante idée...»On conviendra que la question ne porte pas sur le nombre de tounes anglaises ou la durée de ces tounes, mais que nous sommes en pleine symbolique. Une fête nationale n'est pas autre chose. D'où l'émotion.

Mais, en même temps, des réalités bien concrètes s'imposent à nous. Par exemple:

1) Ce n'est pas le vietnamien ou le finlandais qui domine massivement l'Amérique du Nord et exerce une pression écrasante sur les 2% de locuteurs français que nous représentons, mais bien l'anglais.

2) Ce n'est pas le Vietnam ou la Finlande qui a conquis la Nouvelle-France en 1759, mais bien l'Angleterre, et l'expérience ne fut pas très plaisante, du moins pour nous. Cette conquête nous a fragilisés (et rendus parfois même un peu paranoïaques, comme tous les peuples conquis), elle a diminué considérablement notre liberté collective et causé d'énormes dommages, économiques et culturels; nous ne les avons réparés qu'en partie, de peine et de misère. Et rien ne semble encore acquis sur le plan de la langue. En effet, depuis quelques années, le français s'est mis à reculer à Montréal au profit de l'anglais. On devine les conséquences d'un Montréal bilingue (puis de plus en plus anglicisé) sur le sort du Québec comme nation.

Rappels déplaisants? Accrocs à l'étiquette en ces jours où l'on devrait se préparer à la Fête? Les nombreux partisans du «faire comme s'il n'y avait pas de problèmes» jouissent sans doute d'une pression artérielle plus basse que la moyenne - promesse de longévité -, mais c'est peut-être aux dépens de leur lucidité.

J'ai toujours cru que la Fête nationale voulait célébrer la marque distinctive du Québec en Amérique du Nord, c'est-à-dire son caractère français, qui ne l'empêche pas de s'ouvrir aux autres cultures et d'en faire son miel. Faudrait-il désormais s'adonner à une sorte de bilinguisme vaguement canadien?

Je parle, bien sûr, du Canada officiel et non réel.

Détail piquant: cette Autre Saint-Jean, qui se veut une fête de quartier aromatisée d'anglais, se tiendra dans un secteur massivement français. Un des organisateurs, tenant de la participation des deux groupes anglophones au spectacle, affirmait candidement que celui-ci se voulait représentatif du «Montréal actuel». Mais quel Montréal souhaite-t-il?

L'auteur est écrivain.




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