Détournement de l'histoire

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La controverse qui fait rage autour de la commémoration de la bataille des plaines d'Abraham a donné lieu à un détournement de sens historique et au kidnappage de l'interprétation de son importance et de la signification de la Conquête par les tenants de l'option souverainiste. Ceux-ci nous imposent une énième mouture de leur version misérabiliste de l'histoire du Québec qui dénature les faits et donne de la cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne en 1763 une interprétation partiale et partielle.

Selon la bible souverainiste, la Nouvelle-France était un jardin d'Éden jusqu'à ce que les Britanniques ne s'en emparent par traîtrise. Ces nouveaux maîtres, méprisant les Canadiens français tombés sous leur coupe, ne cessèrent dès lors de chercher à les assimiler au moyen de la Proclamation royale, du Serment du Test, de la répression des Rébellions de 1837-1838, du rapport Durham, de l'Acte d'Union de 1840 et de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. Le Canada devenu dominion, cette entreprise allait être poursuivie par les nouveaux maîtres canadiens-anglais et leurs valets francophones (les «traîtres») par une application centralisatrice de la Constitution, les deux conscriptions, le rapatriement unilatéral de la Constitution, le refus de l'Accord du lac Meech et le référendum «volé» de 1995.

 

Dans l'imaginaire souverainiste, les 20 minutes qu'a duré cette bataille sont le moment honni où cette période de souffrances a commencé, raison pour laquelle sa commémoration aurait été un sacrilège.

Mais, en dépit de la toute-puissance des forces du mal, ce petit peuple courageux a survécu à ce complot, tant par la «revanche des berceaux» que par la formation du Parti canadien. Puis, ils ont relevé la tête et réclamé leur indépendance en 1837-1838 avant d'être écrasés par l'infâme Colborne et dénigrés par l'odieux Durham. Malgré la trahison des Lafontaine et autres Cartier, ils ont néanmoins poursuivi leur résistance avant de se redresser pour de bon pendant les années 1950 et 1960 et d'entreprendre la longue marche vers la Terre promise de l'indépendance.

L'épreuve des faits

Ainsi synthétisée, cette version de l'histoire tient davantage du conte pour enfants que du fruit du travail scientifique d'historiens. La Conquête n'a pas eu que des effets négatifs sur les Canadiens français, au contraire. Doit-on rappeler, entre autres, que ceux-ci ont bénéficié dès 1763 de l'application du droit public britannique (y compris l'habeas corpus), beaucoup plus favorable aux citoyens que le droit public français, tout en récupérant dès 1774 le droit civil français par l'Acte de Québec? Qu'ils ont aussi pu jouir des bienfaits de la démocratie parlementaire par l'Acte constitutionnel de 1791, ce qui leur a permis de faire valoir leurs droits? Que les Rébellions de 1837-1838 ne sont pas un phénomène spécifique de notre histoire, mais qu'elles font partie de ces révolutions libérales et nationales qui secouèrent le monde occidental (et même l'Ontario) dans la première moitié du XIXe siècle? Que leurs leaders politiques se sont librement associés aux Canadiens anglais réformistes pour obtenir la responsabilité ministérielle en 1848 et pour rédiger la Constitution de 1867, qui accordait au Québec des pouvoirs étendus en éducation et en santé? Que le rapatriement de la Constitution en 1981-1982 a été autorisé par la Cour suprême et accepté par les neuf autres provinces?

Au moment où je rédige ce texte, on apprend que la Commission des Champs de bataille nationaux a renoncé à tenir la reconstitution de la bataille des Plaines. N'en déplaise à ceux qui se sont opposés à cet événement, ce n'est pas en donnant des cours d'histoire sur les Plaines qu'on attirera des touristes à Québec l'été prochain!

Marc Simard

L'auteur est professeur d'histoire (Ph. D.) au collège François-Xavier-Garneau à Québec.

 




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