Salaire minimum à 15 $ : pour en finir avec les mythes

« Le Québec est mûr pour un nouveau contrat... (PHOTO ANDREY RUDAKOV, ARCHIVES BLOOMBERG)

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« Le Québec est mûr pour un nouveau contrat social entre employeurs et employés », écrit Manon Massé.

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Manon Massé

Députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques

Le salaire minimum à 15 $ l'heure fut l'un des grands thèmes de l'automne. Pas étonnant : un sondage effectué en septembre montre que trois Québécois sur quatre appuient l'augmentation, et j'ai déposé 22 000 signatures à l'Assemblée nationale pour y arriver.

Le Québec est mûr pour un nouveau contrat social entre employeurs et employés fondé sur un salaire décent pour tous et toutes et sortir un Québécois sur cinq de la pauvreté. Malheureusement, certains mythes ont la vie dure ! Il est temps de remettre les pendules à l'heure.

Commençons donc par la « bombe atomique » des 100 000 pertes d'emplois prédites par l'économiste Pierre Fortin, advenant une augmentation du salaire minimum à 15 $. M. Fortin se fie à un plafond que le salaire minimum ne devrait pas dépasser : 45 % du salaire moyen. Soyons clairs : cette limite symbolique n'est pas établie hors de tout doute. D'abord, le salaire moyen fluctue grandement d'une année à l'autre... et en fonction des enquêtes utilisées pour le calculer. Qui plus est, l'augmentation du salaire minimum a un effet de levier sur l'ensemble des salaires : il fait donc augmenter la moyenne. Il existe d'autres sons de cloche.

Une recherche de Daméco commandée par le Conseil du patronat prédit qu'une hausse immédiate du salaire minimum entraînera une perte maximum de 13 000 emplois. De son côté, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) calcule, en observant les 30 dernières années au Québec, que le choc d'une hausse du salaire minimum sur l'emploi se résorbe après quelques années seulement. On est loin du désastre atomique !

De son côté, le patronat affirme qu'il ne peut pas y avoir d'augmentations salariales sans une augmentation de la productivité. Or, lorsque l'on regarde attentivement les chiffres du Québec, on constate que depuis 1980, la productivité réelle du travail a augmenté de 35 % alors que les salaires ont stagné. Ainsi, si on avait attaché l'évolution du salaire minimum à celle de la productivité du travail dès 1980, ce minimum serait actuellement plus élevé que 15 $ l'heure.

On produit plus avec moins, mais les gains ne sont pas distribués aux travailleurs au bas de l'échelle. C'est désormais au tour du patronat de respecter le ratio entre productivité et rémunération.

De la même façon, il est généralement admis par de nombreux économistes, de gauche comme de droite, qu'un salaire minimum plus élevé va de pair avec une hausse de la productivité. Les salaires élevés encouragent les entreprises à améliorer leurs pratiques organisationnelles et à investir dans les technologies, limitent le roulement de personnel - avec tous les frais qu'il génère - et stimulent l'engagement des employés.

Parlons ensuite de fiscalité des entreprises. Le gouvernement libéral prétend défendre les petites entreprises (PE) en s'opposant à une hausse à 15 $ l'heure du salaire minimum. Pourtant, ce même gouvernement est celui qui a limité la déduction d'impôt pour petites entreprises en 2015. Soyons pragmatiques, il suffit d'agir en amont pour protéger ces entreprises d'un contrecoup qui serait causé par la hausse du salaire minimum. Redonnons aux petites entreprises les déductions d'impôt auxquelles elles avaient droit avant l'arrivée du gouvernement Couillard.

Soyons audacieux : pourquoi ne pas imposer un impôt progressif aux entreprises comme nous le faisons avec les particuliers ? Actuellement, on utilise un taux d'imposition assez unique de 11,9 % qui ne s'adapte pas à la diversité d'entreprises. Une mesure progressive pourrait permettre d'aider les petites qui en ont besoin tout en imposant les entreprises profitables qui peuvent se le permettre. Ajoutons à cela un allègement de la bureaucratie sans fin qui fâche autant le petit commerçant de quartier que le créateur indépendant.

Quand je rencontre les petits entrepreneurs et artisans de ma circonscription et d'ailleurs, ils me disent généralement qu'ils aiment leurs employés et souhaitent leur offrir le meilleur, dans la mesure de leurs moyens. Je leur dis à mon tour que les gens qui achètent chez eux souhaiteraient avoir un meilleur salaire pour sortir du stress de la pauvreté. Donnons-leur donc la possibilité de consolider leur chiffre d'affaires ou de croître en ajustant nos manières de faire.

Des solutions existent afin d'assurer un revenu décent aux travailleurs comme aux propriétaires d'entreprise.

En somme, tout le monde sort gagnant d'une augmentation du salaire minimum à 15 $ l'heure. Le gouvernement aura-t-il le courage de répondre aux attentes de la population et d'administrer un remède de cheval à l'économie québécoise qui a fait ses preuves ?




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