Corruption : ne jamais accepter l'inacceptable

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« Transparency International a jugé important de distinguer la petite de la grande corruption », explique Jacques Duchesneau.

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Jacques Duchesneau

Membre du Conseil d'administration de Transparency International Canada

La corruption est un phénomène universel qui n'épargne aucun pays et engendre iniquités et injustices partout où elle sévit.

Malheureusement, elle affecte les plus fragiles de la société en accentuant la pauvreté, l'inégalité et l'exclusion. C'est d'ailleurs pourquoi l'ONU a adopté en 2003 la Convention des Nations unies contre la corruption et déclaré que le 9 décembre serait désormais la Journée internationale de lutte contre la corruption afin qu'on n'oublie jamais les dommages qu'elle cause sur son passage.

Fait intéressant, Transparency International a jugé important de distinguer la petite de la grande corruption. La petite corruption consiste à donner des pots-de-vin (de l'argent, des biens ou d'autres formes de récompense) à un destinataire en échange d'une modification de son comportement qu'il ne changerait pas autrement. Dans certains pays, par exemple, on offre un pourboire dans le but d'obtenir un service public plus rapidement.

Quant à la grande corruption, elle est commise lorsqu'un fonctionnaire ou une personne en autorité accepte des sommes considérables, détourne des fonds ou commet toute autre infraction de corruption qui prive une partie importante de la population d'un droit fondamental ou qui cause à l'État ou à l'un de ses ressortissants une perte supérieure à 100 fois le revenu annuel minimum de subsistance.

Qu'il soit question de petite ou de grande corruption, il faut prendre tous les moyens, petits et grands, pour la prévenir et l'éradiquer.

Son envergure ne doit pas nous dicter la marche à suivre. Il faut constamment prendre action et ne pas la tolérer. Chaque jour doit être un 9 décembre.

Plus près de chez nous, il faut admettre que depuis plusieurs années déjà, la collusion et la corruption font partie de notre vocabulaire quotidien. L'on peut se demander comment s'est installée cette dérive qui a mené le Québec vers un moment peu glorieux de son histoire. À quel moment la ligne a-t-elle été franchie et quand sommes-nous tombés dans l'inacceptable ? 

Quelles conditions ont fait en sorte que la table soit mise pour que « tout le monde se serve »  ? Qu'on le veuille ou non, plusieurs règles qui régissent nos marchés publics sont perméables aux influences. En fait, il faut reconnaître que la majorité des actions criminelles passent inaperçues tant dans leurs manifestations que dans leurs effets.

On ne peut changer une culture de corruption en claquant des doigts, mais on peut changer le regard que nous avons sur celle-ci en nous disant : c'est assez.

Pour y arriver, il faut des actions de tous les ordres de gouvernement et des réformes systémiques qui s'articulent autour de trois grands axes : la transparence des activités gouvernementales ; de meilleurs contrôles des processus d'octroi de contrats publics ; et des sanctions dissuasives contre les acteurs de la corruption afin de prévenir d'autres malversations.

Une attention toute particulière doit aussi être portée à la protection des lanceurs d'alertes, situation où les mots ne suffisent plus. L'heure est maintenant à l'action. Trop souvent, les dénonciateurs sont aux prises avec des supérieurs vindicatifs, parfois dans la plus grande solitude, en butte aux sanctions financières et aux mesures disciplinaires.

C'est seulement en offrant une plus grande protection qu'on leur donnera la force et le courage de dénoncer les gestes illégaux.

Ici, je me permets de paraphraser la première dame des États-Unis, Michelle Obama, qui, lors de la dernière élection présidentielle, a lancé le slogan démocrate : « Quand ils s'abaissent, nous nous élevons ».

Mais pour s'élever, il faut reconnaître à quel point les choses se sont gâtées. En 2012, dans son livre Twilight of the Elites : America After Meritocracy, traitant de l'effondrement de la confiance du public dans les autorités, Christopher Hayes écrit : «  Nous vivons maintenant dans un monde où nous ne pouvons supposer ni compétence, ni bonne foi de la part de nos dirigeants. » Il faut admettre que les scandales commis chez Volkswagen, à la Ville de Laval ou ailleurs lui donnent raison.

C'est pourquoi la population doit reprendre les choses en main et se dire qu'il est possible de s'unir pour enrayer le fléau de la corruption. Ce ne doit plus être un voeu pieux, mais un devoir de citoyen.




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