Fidel Castro : un héritage empoisonné

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Fidel Castro brandit un drapeau cubain lors d'un discours à Sancti Spiritus, au centre de Cuba, le 25 mai 2002.

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Victor Mozo

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Il était beau, grand, charismatique, éloquent. Depuis sa jeunesse, Fidel Castro voyait sa vie comme un éternel combat. D'abord contre un père qui avait tardé à le reconnaître officiellement, puis contre tout ce qui s'opposerait à sa volonté. Une nation, lasse des gouvernements corrompus, l'avait presque unanimement porté au pouvoir. Elle voyait en lui le Messie qu'elle avait tant attendu. Pour les Cubains, 1959 serait l'année de la libération... et le début de la plus longue dictature qu'ils aient connue.

Mais Castro était surtout manipulateur. Il n'avait pas hésité à descendre des montagnes avec une médaille de la Vierge au cou, à donner l'accolade aux évêques et aux archevêques, à se faire photographier avec prêtres et nonnes. Cuba la catholique devait à tout prix succomber aux charmes de ce Merlin tropical, donc sa population fermait les yeux et croyait. Slogans et promesses se mêlaient dans la foule en délire : « Des armes ? Pour quoi faire ? » « Nous convertirons les casernes en écoles ! » « Notre révolution est plus verte que nos palmiers ! » Le peuple embarquait dans le rêve comme l'enfant suit ses parents, avec amour et confiance. Castro, lui, avait déjà d'autres plans. La révolution était sa révolution.

Et commencèrent les discours-fleuves. Les tribunaux révolutionnaires furent créés, avec leurs jugements sommaires et leurs appels au poteau de jour comme de nuit, partout dans le pays. Une infime minorité se questionnait, mais le reste de la population, encouragée par son leader, la faisait taire à n'importe quel prix. Ainsi s'amorçait la première décennie de la révolution. Certains essaieront de la faire échouer. Ils se soulèveront et prendront le maquis dans les montagnes de la région d'Escambray. Peine perdue. 

La croyance aveugle de la majorité, liée à une répression féroce et bien orchestrée dès le début, mènera la révolte au fiasco.

Encouragé par cette victoire et celle de la baie des Cochons, Castro entreprendra la mission qu'il a toujours cru être au coeur de son destin : faire la guerre aux États-Unis. En 1962, il autorisera le déploiement sur son territoire de missiles à têtes nucléaires. Quand la puissance américaine s'en rendra compte et songera à riposter, il n'hésitera pas et écrira à Nikita Khrouchtchev pour que les Russes soient les premiers à attaquer. Castro voulait faire de son île la Numance des Caraïbes. Mais Russes et Américains s'arrangeront entre eux et le président cubain devra ravaler sa colère : il n'avait pas sa place parmi les grands.

Aux intellectuels, Fidel Castro dira : Dentro de la revolución, todo ; fuera de la revolución, nada (Dans la révolution, tout est possible ; en dehors de la révolution, rien ne l'est). En d'autres mots : ou vous êtes avec moi, ou vous êtes contre moi. Des expressions comme « socialisme », « communisme » et « homme nouveau » font leur apparition. Pour rendre ces expressions concrètes, le président cubain ira chercher des experts du KGB et de la Stasi allemande. Ainsi apparurent le premier goulag tropical, établi dans les plaines de la province de Camagüey, et la Loubianka cubaine, logée dans l'ancienne école des frères maristes de La Havane. Castro oubliait ses promesses du début et transformait certaines écoles en casernes. La terreur, la méfiance et la division gagnaient du terrain et obligeaient des milliers de Cubains à s'exiler. Le peuple finit par s'en rendre compte : la révolution de Fidel n'était pas comme les palmiers, mais comme le melon d'eau, vert à l'extérieur et rouge à l'intérieur.

PROJETS PHARAONIQUES

Le Líder Máximo pouvait passer à une autre étape. Il devenait petit père, médecin, agronome, homme-orchestre, une encyclopédie que personne n'osait contester. Ainsi apparurent les projets gigantesques, la récolte sucrière du siècle, les oeuvres pharaoniques. Pourquoi pas des fraises à Cuba ou de meilleurs fromages qu'en France ? Des experts internationaux comme René Dumont l'avertirent. Rien à faire : « Vous ne savez rien et en plus vous êtes de la CIA. » 

Fidel était le grand, le seul expert. Il vendait des rêves en vrac et ses chants de sirène envoûtaient les intellectuels et les hommes d'État de la planète.

« F » pour Fidel. « F » pour fusil. Castro fournira gratuitement à son peuple instruction et soins de santé... dans un certain sens. En retour, ce peuple devra le remercier en allant livrer combat sur tous les continents où son leader désirait exporter son modèle sans faille et sa « démocratie » particulière. Ainsi, des milliers de soldats cubains combattront dans des guerres qui serviront à grandir l'ego de Fidel et y laisseront, surtout en Afrique, leur vie ou une partie de leur corps. Castro lui-même admettra plus tard devant les caméras qu'il s'occupait plus des guerres à l'étranger que de son propre pays.

Presque jusqu'à la fin, il aura cherché à se faire photographier avec les grands de ce monde, des grands dont la petitesse d'esprit est gigantesque, mais qui veulent immortaliser leur image à côté de celle d'un dictateur. Et les photos s'enchaîneront, donnant toujours l'impression d'un vieux sage qui prodigue ses bons conseils à l'humanité entière. Triste façon pour lui de voler la vedette, ne serait-ce que pour quelques instants, à son frère Raúl, son successeur désigné depuis longtemps. Il laisse aussi, bien attachées, les ficelles du pouvoir pour l'après-Raúl et déjà, en coulisses, surgissent d'autres Castro, comme Mariela et Alejandro Castro, nièce et neveu préférés, ou son fils Antonio, grand playboy, amateur de farniente, qui s'occupera de faire la publicité des cigares et du rhum cubains en apparaissant en compagnie de jolies femmes. Quelle image ringarde ! Le népotisme à son meilleur.

UNE POPULATION APPAUVRIE

Fidel Castro laisse dans le deuil cet homme nouveau qui continue de fuir le pays coûte que coûte et qui veut s'installer de préférence chez le pire ennemi, les États-Unis d'Amérique. Il laisse aussi dans le deuil une population appauvrie, aux prises avec son lot de maladies comme la dengue et le choléra. Ce dernier avait disparu depuis un siècle, mais il est réapparu à la suite de décennies de malpropreté et de mauvaises conditions sanitaires, et malgré les prétendues réussites en matière de santé. Mais Castro laisse également dans le deuil beaucoup de rêveurs, qui ne veulent pas ôter leurs oeillères pour regarder la réalité en face et qui préfèrent continuer à mettre tous les problèmes cubains sur le dos de l'éternel ennemi américain, à qui on impute tous les torts.

Le vieux dictateur meurt en laissant un pays plus que divisé dont le peuple désire simplement tourner la page et croire enfin à un avenir meilleur. Fidel Castro passera certes à l'histoire, mais celle-ci ne l'absoudra pas.

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