Référendum à Outremont : un recul alarmant de la liberté religieuse

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« Nous avons été témoins à Montréal, métropole bien-pensante du Québec, d'un référendum qui a permis aux citoyens de voter contre un groupe religieux », écrivent les auteurs au sujet du référendum de dimanche à Outremont.

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Samuel Freeman, Alan Freeman*

Les citoyens d'Outremont, ou du moins ceux qui ont voté dimanche, ont choisi d'interdire l'ouverture de nouveaux lieux de culte sur l'avenue Bernard.

Cette mesure a été fortement contestée par la communauté juive hassidique d'Outremont, et avec raison. C'est effectivement un règlement qui vise à réprimer leur droit constitutionnel de pratiquer leur religion et qui met en doute l'égalité de ce groupe devant la loi, droits qui sont protégés par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec ainsi que par la Charte canadienne des droits et libertés.

Selon les partisans du règlement, dont la mairesse d'arrondissement, Marie Cinq-Mars, ce n'est pas le cas. Le règlement viserait l'équilibre, une façon d'assurer que la vie de quartier et l'activité commerciale le long de cette avenue bourgeoise ne soient pas perturbées par le développement excessif de lieux de culte. Et soyons tous rassurés, la mesure ne vise pas exclusivement les synagogues mais tous les lieux de culte.

Il est évident, ne nous le cachons pas, que ce règlement vise précisément la communauté hassidique.

C'est bien le seul groupe qui cherche à établir de nouveaux lieux de culte sur l'avenue Bernard. On ouvre effectivement peu de nouvelles églises ou mosquées à Outremont. Il nous paraît donc évident que ce référendum était en fait un vote sur la présence croissante de la communauté hassidique à Outremont.

Nous avons donc été témoins à Montréal, métropole bien-pensante du Québec, d'un référendum qui a permis aux citoyens de voter contre un groupe religieux. Voilà qui est fort inquiétant. Le maire Coderre a même parlé d'un « exercice démocratique important ». La discrimination par référendum comme exemple de démocratie en action, commentaire digne d'un roman d'Orwell.

Dans un geste de générosité, on a proposé aux hassidim un site de choix près de la voie ferrée au nord de l'avenue Van Horne pour ouvrir de nouveaux lieux de culte. Les synagogues seraient donc tolérées mais pas au coeur de nos beaux quartiers, s'il vous plaît.

UNE SOCIÉTÉ VRAIMENT INCLUSIVE ?

Au centre de cette débâcle, de ce recul alarmant de la liberté religieuse se trouve la relation tendue et fragile entre la laïcité et la tolérance. Une société ouverte et démocratique se démarque par sa capacité d'accepter, de protéger et même de célébrer l'autre même s'il ne nous ressemble pas et surtout s'il ne nous ne ressemble pas. Si nous sommes incapables de protéger les droits des communautés culturelles et religieuses minoritaires, il vaudrait mieux ne pas prétendre que nous faisons partie d'une société inclusive.

Le vote de dimanche nie aussi la véritable richesse d'Outremont et les communautés diverses qui composent cet unique arrondissement. Rappelons-nous que ce qui fait le charme de l'endroit ce sont ses maisons centenaires, ses brasseries branchées, ses institutions culturelles bien établies mais aussi un des meilleurs smoked meats en ville et la fameuse babka de chez Cheskie. Et oui, il y a aussi des synagogues. C'est ça, la vie dans une société pluraliste du XXIe siècle.

Le règlement d'Outremont nous blesse, nous déçoit et, pire encore, nous effraie, pas en tant que Juifs mais en tant que citoyens. L'histoire nous a montré que les sociétés versent trop facilement dans l'intolérance et l'exclusion, souvent sans grand drame, à petits pas. Nous n'avons ni famille, ni amis, ni collègues dans la communauté hassidique mais nous croyons fermement que si un groupe est menacé, nous sommes tous menacés. Nous espérons que les tribunaux corrigeront l'erreur d'Outremont et que nous saurons aller au-delà de cette politique de division vers une vraie tolérance.

* Samuel Freeman est médecin résident en pédiatrie à l'Hôpital de Montréal pour enfants, Alan Freeman est professionnel en résidence honoraire à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

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