Une solution au problème des permis de taxi

« L'industrie du taxi se défend contre un problème... (PHOTO PATRICK SANFAçON, archives LA PRESSE)

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« L'industrie du taxi se défend contre un problème du XXIe siècle avec des moyens du XIXe », constate l'auteur.

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Serge Mâsse

Fondateur de FinTaxi, entreprise qu'il a dirigée de 2002 à 2012

M. Lagacé s'interroge sur la valeur des permis de taxi. Il existe des données. Les permis se vendent encore, en moins grand nombre, mais ont perdu beaucoup de valeur. Pour Montréal, les prix ont atteint 240 000 $ environ vers 2010. Aujourd'hui, c'est environ 130 000 $, parfois moins.

C'est à cause d'Uber. Un permis de taxi, c'est une entreprise qui vaut ce que valent ses revenus actuels et futurs. Si on donne une partie du marché gratuitement, ou presque, à Uber, on vient de réduire les revenus du taxi légitime et la valeur du permis. Comme on peut aller chez Uber et faire du taxi sans permis, tout le monde y ira, les revenus du taxi tomberont à presque rien et la valeur des permis suivra.

Les lois sur le taxi existent, ici et ailleurs, pour assurer la sécurité du public et contrôler les tarifs. Cette législation est peut-être périmée, mais elle existe et, comme le dit M. Lagacé, il y a un contrat social entre l'État et les travailleurs du taxi.

Alors pourquoi donner des privilèges à Uber ? On déshabille Paul pour habiller Pierre !

Comparez ça à Téo qui, au contraire, a attendu d'avoir tous les permis requis avant de se lancer. Le jour et la nuit. Pourtant, Téo est tout autant une menace pour l'industrie du taxi avec un modèle d'affaires révolutionnaire et une technologie à la fine pointe dont on n'a pas fini d'entendre parler.

L'industrie se défend mal : trop de voitures sont en mauvais état, trop de chauffeurs se comportent mal et ternissent l'image de la grande majorité. En plus, l'industrie se défend contre un problème du XXIe siècle avec des moyens du XIXe. 

Ne faites pas la grève, défendez-vous dans les médias sociaux comme le fait Uber !

C'est comme ça qu'ils gagnent les jeunes qui sont votre clientèle actuelle et future, c'est eux qu'il faut convaincre, pas les gens qui regardent la télévision, ceux-là sont déjà de votre côté.

Si le gouvernement laisse aller le projet pilote Uber dans son état actuel, les permis perdront encore de la valeur, le gouvernement aura l'obligation morale de compenser et c'est encore le contribuable qui payera.

UN SOLUTION SIMPLE

Il existe une solution simple, mais qui demande de voir le court et le long terme à la fois.

D'abord, il faut restaurer et protéger la valeur des permis : il faut simplement qu'Uber ait les mêmes obligations que les autres, donc qu'ils utilisent des permis de taxi en les achetant ou en faisant affaire avec des propriétaires, comme Téo, comme tout le monde. Sinon, c'est injuste.

En plus, il est temps de penser à supprimer la valeur marchande des permis. Ça existe ailleurs. Si on le fait sur-le-champ, tous les permis vaudront zéro, impensable. La solution (mais ça demande de la vision) : rendre les permis non transférables dans 20 ans. Pourquoi 20 ans ? Parce qu'une entreprise a la valeur de ses revenus, et que l'horizon généralement utilisé en évaluation d'entreprise est de 20 ans. De cette façon, les permis gardent leur pleine valeur aujourd'hui, mais elle diminue graduellement au fur et à mesure que les revenus entrent, pour ne plus rien valoir après 20 ans. Puis ils retournent à l'État qui les avait accordés.

Coût nul pour le contribuable, pas de perte pour le propriétaire.

Sinon, on restera dans un système qui aura toujours de la peine à s'adapter et traînera le boulet du coût des permis.

Qui d'entre nous accepterait de payer ce prix simplement pour s'acheter un job ? Admettons-le, ils ont du courage.

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