L'exode de nos anglos instruits

L'émigration des jeunes universitaires anglophones est une perte... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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L'émigration des jeunes universitaires anglophones est une perte importante de capital humain pour les entreprises montréalaises, écrit l'auteur.

Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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David Cohen

Consultant, ex-directeur de la recherche, Montréal international, Beaconsfield

Le récent rapport de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Montréal international sur les universités montréalaises recommande, afin de contrer l'insuffisance de diplômés universitaires dans la région de Montréal, d'accroître le nombre de diplômés universitaires, tout en retenant davantage d'étudiants internationaux dans la région. Toutefois, aucune des recommandations ne promeut la rétention des jeunes universitaires anglophones montréalais bilingues et l'encouragement au retour au Québec de certains d'entre eux qui sont bilingues et hautement qualifiés. Malheureusement cette option n'a pas été analysée dans le rapport.

Cette source potentielle de main-d'oeuvre hautement éduquée et bilingue est composée de jeunes anglophones québécois qui quittent définitivement le Québec, mais qui aiment Montréal. Cette émigration est une perte importante de capital humain pour les entreprises montréalaises.

En 2006, 82,5 % de la population anglophone (anglais, première langue officielle parlée) du Québec pour les 18-24 ans se disait bilingue.

En 2006, les anglophones ont un plus haut taux de diplomation universitaire que les francophones au Québec : 38 % des anglophones de 25-34 ans du Québec ont un diplôme universitaire contre 26 % des francophones.

Entre 1971 et 2001, l'émigration nette des anglophones québécois diplômés universitaires se chiffre à 62 959, dont 43 462 baccalauréats, 11 301 maîtrises et 1948 doctorats.

Cependant, cette émigration de grande ampleur s'est réduite avec le temps. Les anglophones éduqués ont plus tendance à quitter le Québec que les anglophones qui restent au Québec. Entre 1996 et 2001, 59 % des anglophones québécois ayant quitté la province avaient un diplôme universitaire contre 42 % pour ceux qui sont restés ; et 70 % des diplômés qui sont partis étaient bilingues contre 80 % pour les anglophones diplômés qui sont restés.

Le taux de rétention des diplômés durant cette période est d'autant plus bas que le diplôme est de haut niveau. Or ce sont les diplômés des plus hauts cycles qui contribuent le plus au PIB de la région de Montréal. Ainsi le taux de rétention chez les anglophones diplômés du Québec est de 26,9 % pour le doctorat, 33,8 % pour la maîtrise et 39 % pour le baccalauréat.

En dépit d'une scolarité universitaire et de revenus moyens plus élevés, les anglophones présentaient des taux de chômage supérieurs et un revenu médian inférieur à ceux des francophones en 2006. En dépit d'une scolarité universitaire et d'un taux de bilinguisme plus élevé, un diplômé universitaire anglophone bilingue avait un taux de chômage beaucoup plus élevé (5,2 %) qu'un diplômé universitaire francophone unilingue (3,1 %) de 35 à 44 ans dans la région de Montréal en 2006.

FRANÇAIS ÉCRIT

Un des problèmes identifiés par la communauté anglophone du Québec est l'insuffisance des compétences en langue française chez les étudiants anglophones, en particulier à l'écrit en français et en ce qui concerne la familiarité avec la société québécoise francophone. Et ce, même si les anglophones du Québec, et les jeunes en particulier, sont le groupe qui se dit le plus bilingue au Québec.

Selon diverses études, la communauté anglophone est d'avis que plus les jeunes sont bilingues et ouverts à la culture de la majorité francophone, plus ils auront de chances de s'intégrer au marché du travail. L'insuffisance dans la qualité du bilinguisme semble être causée par des faiblesses dans le système d'éducation anglophone, le manque d'appui des parents pour un meilleur apprentissage du français aux niveaux secondaire et postsecondaire, et l'insuffisance de programmes conjoints avec le système scolaire francophone.

D'après les études, le manque d'employabilité des anglophones au Québec serait lié, entre autres, à l'insuffisance d'arrimage et de réseautage entre la communauté anglophone et le secteur privé québécois, de mentorat et de stages en entreprise au Québec et d'incitatifs pour la formation linguistique en français en entreprise pour les jeunes anglophones.

Les jeunes anglophones ont la perception qu'il existe peu de possibilités d'emploi au Québec comparativement à l'extérieur du Québec. L'intention de déménager hors du Québec est particulièrement marquée chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans. Ainsi, en 2006, près d'un jeune anglophone sur quatre déclare une telle intention comparativement à une personne sur dix chez les adultes plus âgés. Parmi les raisons invoquées de leur départ, près de la moitié citent des raisons professionnelles, 19 % citent des facteurs liés à l'éducation et 14 %, des facteurs liés à un environnement plus anglophone.

En conclusion, les anglophones qui quittent le Québec, surtout les plus récentes cohortes et les jeunes, sont en grande majorité bilingues, plus éduqués et gagnent un plus haut revenu que les anglophones qui restent au Québec ou les Canadiens en général.

Qu'attendent les décideurs de la région de Montréal pour étudier, voire exploiter, le fort potentiel des jeunes universitaires anglophones bilingues - ceux qui envisagent de quitter le Québec et ceux qui aimeraient revenir à Montréal forts de leur expérience - en vue d'accroître la richesse et le dynamisme de la région de Montréal ?

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