Appareils de loterie vidéo : tous perdants au bout du compte

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« Je souhaite que les demandes d'ALV additionnels que feront les titulaires de licences soient soumises à une évaluation plus serrée sur le plan sociodémographique », écrit le maire de Saint-Jérôme.

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Stéphane Maher

Maire de Saint-Jérôme

J'ai été fortement ébranlé lorsque j'ai pris connaissance des révélations du quotidien La Presse+ à propos du déplafonnement à venir du nombre d'appareils de loterie vidéo (ALV) par licence d'exploitation.

Je l'ai été en tant que citoyen touché de savoir que des gens ont tout perdu à cause du jeu, en tant que maire d'une ville centre dont une partie de la population est vulnérable à ce rêve que nous propose Loto-Québec et en tant que maire d'une capitale d'une région qui semble être aux prises avec une problématique explosive. Cet appât du gain nous fait tous perdre, individuellement, régionalement et à l'échelle du Québec.

En commençant par la personne qui est aux prises avec un problème de jeu - le jeu pathologique est une maladie, au même titre que l'alcoolisme et la toxicomanie, aussi puissante que la dépendance au crack. Nous avons tous connu des gens qui ont tout perdu à cause de cela : leur paie, leurs économies, leurs amis, leur famille, voire leur vie.

Mais il y a plus que l'individu atteint de dépendance : la proximité de ces appareils, particulièrement en milieu défavorisé, peut développer une habitude de jeu chez n'importe qui.

Le jeu aux ALV entraîne souvent plus de dépenses que ne le permet le revenu du joueur, ce qui peut provoquer de l'endettement, toucher grandement l'ensemble de sa famille, de son entourage et ainsi provoquer une détresse et une souffrance considérables. Un reportage récent mettait en lumière des données colligées par la psychologue Louise Nadeau, auteure des études les plus récentes sur le jeu, indiquant que chaque établissement doté d'ALV est fréquenté, en moyenne, par 22 joueurs très problématiques - soit 8 joueurs pathologiques et 14 joueurs à risque.

Pour ma ville, l'enquête du quotidien nous révèle que 32 licences d'exploitation accordées à des établissements sur le territoire de la Ville de Saint-Jérôme en février 2016 peuvent leur permettre de tirer profit de 150 ALV, soit un ratio de 2,03 ALV par 1000 habitants, d'emblée un peu plus élevé que la norme fixée par Loto-Québec de 2 ALV par 1000 habitants. Même si, selon la loi, Loto-Québec ne pourra plus délivrer de nouvelle licence puisque le taux de 2 ALV par 1000 habitants est plus élevé sur le territoire jérômien, il n'en demeure pas moins qu'un décloisonnement du nombre d'ALV par établissement licencié induirait de graves problématiques. En tant que maire d'une ville dont les ALV sont concentrés aux deux tiers dans des secteurs plus économiquement défavorisés et devant un déplafonnement imminent du nombre d'ALV, je m'inquiète sérieusement.

UNE RÉGION VULNÉRABLE

Et je suis d'autant plus troublé d'apprendre que nos concitoyens laurentiens, particulièrement ceux de quatre importantes municipalités, ont un taux d'ALV par 1000 habitants dépassant de loin la norme de Loto-Québec, ouvrant ainsi la porte à une situation aussi potentiellement explosive sur le plan de la détresse humaine là-bas. Régionalement, nous avons également tout à perdre de ce déplafonnement.

Je souhaite que les demandes d'ALV additionnels que feront les titulaires de licences soient soumises à une évaluation plus serrée sur le plan sociodémographique de la part d'un tiers neutre, afin que le critère du gain trouve un équilibre avec l'acceptabilité sociale.

J'aimerais souligner que c'est plus de 25 millions de dollars que les citoyens de Saint-Jérôme mettent dans ces machines situées sur son territoire, chaque année ! Une somme exorbitante qui devrait rester dans les poches de nos familles. Cette taxe, communément appelée « la taxe des pauvres », est une menace qui cible directement nos communautés vulnérables. Le déplafonnement des quotas est une décision prématurée et imprudente.

J'encourage donc le ministre des Finances, Carlos Leitao, responsable politique de la société d'État, à réviser à la baisse l'offre d'ALV, comme il l'envisageait à la suite des révélations du quotidien La Presse+, plutôt que de permettre un déplafonnement du nombre d'ALV par licence. J'invite également les autres élus municipaux et les membres des administrations municipales à redoubler de prudence sur la question et à prendre leurs responsabilités grâce à la réglementation à notre disposition. Il s'agit là d'une position raisonnable, sécuritaire et éthique à l'égard une problématique socialement très grave. Je tiens d'ailleurs à souligner en conclusion le travail essentiel effectué par les trois journalistes de La Presse+, Katia Gagnon, Kathleen Lévesque et Marie-Claude Malboeuf.

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