Lisée, l'homme libre

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« Lisée a cette confiance, ce côté frondeur, sûr de lui, et il aime bien laisser l'impression d'avoir toujours une longueur d'avance », écrit Dominique Lebel.

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Dominique Lebel

Ex-directeur de cabinet adjoint de la première ministre Pauline Marois*

J'ai d'abord lu ses livres avant de rêver d'écrire, comme lui. Lorsqu'il annonça qu'il allait se joindre au cabinet du premier ministre Parizeau, je me souviens du coup de tonnerre qui résonna alors. Qu'allait donc faire cet écrivain-journaliste en politique ?

Rapidement, il prit sa place aux côtés de Monsieur. Beaucoup de place. Beaucoup, beaucoup de place. Jusqu'à jouer un rôle déterminant dans la stratégie référendaire de 1995, puis dans l'état d'esprit du camp du Oui, qu'il nomma le camp du changement.

Lorsqu'il décida de faire le saut de l'autre côté du miroir en se portant candidat en 2012, plusieurs se sont questionnés sur ses motivations. Qu'allait faire cet écrivain-journaliste sur le banc des élus ? Eh bien, il mit toute son énergie - et elle est colossale - à imaginer, proposer et défendre ses idées.

Cela dit, le conseiller ne s'est pas transformé en député-ministre du jour au lendemain.

La politique n'est pas une science exacte : Lisée a beaucoup ramé, beaucoup appris.

Je me souviens d'une rencontre que Lisée organisa chez lui, moins d'une semaine après l'élection du gouvernement minoritaire du Parti québécois en 2012. Nous étions quelques-uns à sa table à discuter des perspectives qui se présentaient désormais à nous. Son esprit était en ébullition. Il cherchait à faire de cette demi-victoire une occasion à saisir. C'est que Lisée ne s'arrête que rarement, n'abandonne qu'en toute dernière instance, ne s'avoue jamais vaincu. Ce tempérament est une force et un risque pour lui. Mais de ce côté-là des choses, Lisée pourrait dire avec Georges Bernanos : l'espérance est un risque à courir.

Le journaliste Malcolm Gladwell citait dans son livre Outliers une théorie selon laquelle il fallait compter 10 000 heures de pratique assidue pour devenir un expert dans un domaine. Lisée, pour qui chacune des heures semble compter double ou triple, tellement il maîtrise l'art de paraître sur plusieurs coups à la fois, a largement gagné ses galons.

DES MÉMOIRES ATTENDUS

Jacques Attali m'a déjà raconté qu'il se levait aux aurores pour écrire et penser - car écrire, c'est penser. Je soupçonne le nouveau chef du Parti québécois de faire de même. Si Lisée a d'abord écrit pour vivre, je crois qu'il vivra maintenant pour écrire. Lorsqu'il travaillait avec Parizeau, puis avec Lucien Bouchard, Lisée habitait un petit appartement juste au-dessus de celui où logeait jadis René Lévesque rue d'Auteuil, à un jet de pierre du parlement. La rumeur courait alors qu'il travaillait sur des textes, tard la nuit. Ses mémoires sur cette période sont très attendus. Nous les attendrons encore un moment...

Peu avant la publication de mon livre au printemps dernier, j'ai donné rendez-vous à Lisée près de l'UQAM, à Montréal, afin de lui remettre mon livre quelques jours avant la sortie publique. C'était un vendredi soir du début d'avril, mais la chaleur tardait à venir. Il était fébrile, curieux, comme il l'est souvent.

En remontant dans ma voiture, je regardai sa silhouette traverser la rue. Il allait donner une conférence à un groupe d'étudiants. Toujours, cette volonté d'exister, d'expliquer, de convaincre. J'y voyais alors un homme seul cherchant à se réinventer auprès d'un Pierre Karl Péladeau conquérant. J'y voyais quelque chose comme un homme brisé, mais libre.

Jean-François Lisée réfléchit, écrit, débat, imagine des politiques, jongle avec des concepts complexes, fait des spéculations abstraites, rêve des possibles. En un mot, c'est un intellectuel. Je sais que c'est un mot lourd. Qui fait parfois peur dans notre société consensuelle. Or, Lisée est un intellectuel en politique. Et, par définition, l'intellectuel est un homme libre. On l'a dit maintes fois, Lisée a cette confiance, ce côté frondeur, sûr de lui, et il aime bien laisser l'impression d'avoir toujours une longueur d'avance. Cela agace parfois, mais cela en fait aussi un redoutable politicien.

Comme je l'écrivais dans mon journal, le 14 février 2013 : Lisée surprend toujours, et savoir surprendre demeure une immense force en politique. À lui de jouer maintenant.

* Auteur du livre Dans l'intimité du pouvoir : journal politique 2012-2014, publié chez Boréal.

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