Système de santé : le démantèlement

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« Le personnel de Sainte-Justine accueille maintenant l'expansion imminente des unités d'hospitalisation dans un pavillon tout neuf comme un enterrement de première classe », explique Jean-François Chicoine.

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Jean-François Chicoine

Pédiatre, professeur, conférencier, auteur

Sous la gouverne de Gaétan Barrette, Sainte-Justine sera devenu le « CHUM-Au rayon des enfants ».

Je suis né à l'hôpital Sainte-Justine. Mes parents y ont consacré leur vie. J'y travaille. Et j'y travaillais, aux dernières nouvelles.

Depuis 109 ans, Sainte-Justine était une force vive, fondamentale, un phare planétaire pour les professionnels, les enseignés, les enfants et leur famille. Or, le CHU Sainte-Justine ne sera dorénavant qu'un rouage anomique efficient, parmi d'autres dits portfolios, grappes et couloirs de services.

Sous la gouverne de Gaétan Barrette, Sainte-Justine sera devenu le « CHUM-Au rayon des enfants ». C'est une abjection.

L'enfant n'est pas un adulte en miniature.

La rumeur rapportait que le ministre se comportait avec le réseau de la santé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Mais j'espérais que « la maison des enfants » échappe à la casse.

Les tout-petits sont des trésors de famille dont les pédiatres sont les fiers gardiens. À la compassion pour l'enfance, le gouvernement Couillard aura néanmoins préféré un autoritarisme de père Fouettard exalté par les bruits de vaisselle.

Automne 2015, ...1984 ? À une heure de préavis, le tout-Sainte-Justine apprenait que son conseil d'administration était dissous pour se fusionner à celui du CHUM. Que les directions générales se féconderaient.

Quoi, fini la vocation particulière de l'institution ? Les bébés, désormais limités à un bain par semaine ? 24 heures sur des civières ? Qui voudrait de cela ? Un ogre ?

En psychologie, en travail social, en nutrition, des bris de service camouflés dans un ketchup administratif pour faire passer la hargne des soignants comme un caprice syndical. Les troubles du langage, l'autisme, etc., exit vers le privé ou la charité. Fermeture de 70 % des labos ultraspécialisés, avec précarisation des nouveau-nés, des greffés, des immunosupprimés amputés de techniciens d'expérience. Les précieux millilitres de sang d'un prématuré ou les prélèvements d'un enfant agressé sexuellement désormais perdus entre les cônes orange dans une navette vers le CHUM.

« Pourquoi est-il si difficile de faire le bien ? », réitérerait Justine Beaubien, fondatrice de l'hôpital, venue convaincre Maurice Duplessis de financer son oeuvre. Duplessis, une bonne fée vu d'aujourd'hui.

Forgé par l'indigence et la malnutrition des grandes familles, dès la fin des années 40, Sainte-Justine offre des services médicaux, de spécialités et de laboratoires SPÉCIALEMENT destinés aux enfants de la province. Révolution tranquille pour la pédiatrie canadienne-française naissante, à Sainte-Justine, on baptise à demeure pour mieux soutenir le baby-boom francophone, bref, on défriche et on édifie. Mariage avec l'Université de Montréal, lutte contre la poliomyélite, le rachitisme, premières chirurgies sur des petits coeurs, etc., par son haut niveau de soins et d'éducation, rapidement, l'hôpital se positionne comme le cordon ombilical du Québec et l'un des trois plus importants centres pédiatriques en Amérique du Nord.

« Vite, monte le petit à Sainte-Justine ! »

Depuis des décennies maintenant, pensons à la survie des leucémiques, au traitement des enfants sidéens, aux programmes de greffes de moelle et d'organes, à la recherche en génétique, à la pratique de la microbiologie, à l'observation collégiale des lames de pathologie, le CHU Mère-Enfant avait su développer ses services, ses enseignements et ses découvertes parce qu'il était juge et partie d'une innovation essentiellement créée pour l'enfance vulnérable.

Contraint à casser maison, malgré la bienveillance de toute la population envers sa fondation, le personnel de Sainte-Justine accueille maintenant l'expansion imminente des unités d'hospitalisation dans un pavillon tout neuf comme un enterrement de première classe.

Caduque, notre mythologie.

« La pédiatrie a toujours voulu être une chasse gardée », lâchera le ministre de la Santé devant la tourmente des pédiatres ébranlés par la fusion. Après avoir antagonisé la population avec ses docteurs, le stratège se sera donné le champ libre pour reluquer la couvée. Les bureaucrates ronflent dans le nid. Au réveil, le Québec tout entier pleurera l'exception pédiatrique.

Mais oui, Monsieur le Ministre, la pédiatrie est une chasse gardée. Les enfants forgent leur détermination dans la vulnérabilité. Alors, ils exigent des facteurs de protection.

Évidemment.

Mais oui, il leur faut des promesses d'amour inconditionnel.

« Maman, les petits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ? Mais oui, mon gros bêta, s'ils n'en avaient pas, ils ne marcheraient pas. »

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