Auditions : tous les rôles au plus haut soumissionnaire

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« Je n'ai passé pratiquement aucune audition pour un premier rôle dramatique depuis plus de huit ans », dénonce l'auteur, un comédien reconnu.

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Maxime Tremblay

Comédien

Je me souviens d'une époque, pas si lointaine, où l'acteur et l'actrice québécois attendaient le printemps avec fébrilité et une promesse de renouveau. Je ne parle pas de la météo, non, c'était : LA SAISON DES AUDITIONS ! ! ! ! !

Malheureusement, c'est déjà l'automne et les changements climatiques semblent avoir atteint le milieu de la télévision et du cinéma et le fond de l'air est frrrrrrais !

Je n'ai passé pratiquement aucune audition pour un premier rôle dramatique depuis plus de huit ans. Si j'étais le seul, je me dirais : « Tu as connu de belles années mon Max et c'est le creux de la vague ! »

Mais voilà, nous sommes une sacrée gang. Je ne parle pas de la sélection naturelle qui élimine un grand nombre d'appelés. Je parle d'acteurs d'expérience, reconnus par leurs pairs pour leur travail.

Ne pas décrocher de rôle, pendant que les producteurs de variétés s'obstinent à se demander quel A (ré)inviter dans leur show, passe toujours. Après tout, le star-système québécois est essentiel à la vitalité de notre milieu.

Mais ne pas avoir accès aux auditions ? Dans un contexte où les budgets et les conditions de travail se détériorent, c'est carrément honteux.

C'est un peu comme si les travaux publics ne faisaient plus d'appels d'offres et accordaient de gré à gré tous les contrats au plus haut soumissionnaire. Tiens donc, ça me rappelle quelque chose.

Puisque c'est bien d'argent public qu'on parle ici. Mais...

« PAS MA FAUTE »

« Ce n'est pas ma faute », dit l'agent d'artiste, qui affirme ne plus pouvoir faire autre chose que timidement suggérer ses artistes pour les rôles souvent sans substance qui restent, après que les beaux ont été donnés directement aux artistes du moment.

« Ce n'est pas ma faute », dit le directeur de casting, qui affirme ne plus avoir assez de liberté et d'argent pour faire son travail.

« Ce n'est pas ma faute », dit le réalisateur, qui dit souvent se faire imposer tel ou tel grand nom par le producteur.

« Ce n'est pas ma faute », dit le producteur, qui nous rappelle que dès le début ça prend de grands noms pour passer au diffuseur.

« Ce n'est pas ma faute », dit le diffuseur, puisque c'est le public qui veut des vedettes ! !

Pourtant !

Le public, quand je le croise partout, me dit plutôt : « On vous voit pu ! On voit juste les mêmes, ça devient plate ! »

En nous empêchant d'auditionner, vous nous privez arbitrairement de la possibilité de faire notre travail.

L'audition, qui était déjà une épreuve de gestion du stress, devient une torture mentale où l'artiste a l'impression de jouer sa carrière et où le rapport de force devient trop déséquilibré pour qu'il puisse réellement se concentrer sur l'échange, le respect mutuel et... le jeu.

Un peu comme quand, en quatrième année, une gang de cool t'annonce qu'asteure le terrain de baseball est à eux autres, pis que de toute façon les équipes sont déjà faites.

Ah... puis jouez donc tout seuls !

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