Tout va donc si mal en éducation ?

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« Oui, la majorité des jeunes Québécois réussissent ! Et je trouve essentiel de mettre en relief ce qui favorise leur cheminement. J'ai nommé l'engagement », écrit l'auteur.

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Stéphane Boulé

Enseignant de français au secondaire, Québec

Au Québec, dans les médias, presque chaque fois qu'il est question du système d'éducation, ce sont les problèmes qu'on y vit qui font la une.

En effet, à peu près tout ce qu'on publie sur le sujet a trait aux coupes budgétaires, aux écoles qui tombent en ruine, à l'intimidation, aux statistiques désavantageuses, aux élèves qui ont des troubles d'apprentissage, à ceux qui décrochent, etc. Est-ce que tout va donc si mal en éducation au Québec ?

Il y a évidemment toujours place à l'amélioration en tout et partout, mais je refuse qu'on continue de salir ainsi notre système scolaire, car chaque année, il y a beaucoup de belles et grandes choses qui s'y produisent.

À mes yeux, l'une des plus importantes est que la majorité des jeunes qui y entrent en sortent avec un diplôme sous le bras.

Oui, la majorité des jeunes Québécois réussissent ! Et histoire de nuancer la perception générale, je trouve essentiel de mettre en relief ce qui favorise leur cheminement, car ce pourrait bien être là un excellent moyen d'aider ceux qui, minoritaires, ne réussissent pas. J'ai nommé l'engagement.

Pour moi qui ai enseigné le français à près de 4000 adolescents depuis le début des années 90, il en ressort très clairement que ce n'est pas le milieu social ou le revenu familial qui, en premier lieu, fait qu'ils réussissent leurs études. Ce n'est pas non plus l'école choisie, l'approche pédagogique ou la technologie qui engendrent le succès. Bien sûr, certaines statistiques me donneront tort, car elles traitent les jeunes comme un groupe homogène, ce qui fait perdre de vue l'exemple de certains individus.

Notamment, si on pouvait interviewer tous les adolescents issus de milieux défavorisés qui ont fréquenté une école secondaire publique et qui ont obtenu leur diplôme d'études secondaires, il ressortirait de leur personnalité une attitude où transparaît un engagement sincère dans leurs études. À mon sens, cet engagement ne fait pas nécessairement d'eux des premiers de classe pour qui tout est facile, mais ils finissent toujours par réussir, car ils ne renoncent jamais.

Certains spécialistes nommeront cet engagement « motivation », ce que je désapprouve. La motivation, c'est la raison qui pousse à agir, alors que l'engagement, c'est l'action qui résulte de l'intention. La nuance est importante, car elle montre bien que l'engagement, lui, émerge toujours de soi. Est-ce donc que tout appartient à l'élève et qu'aucune aide extérieure ne peut lui être apportée ? Non, bien sûr. Alors comment favoriser le développement de l'engagement chez les jeunes ?

LE SENS DES DEVOIRS

Pour les enseignants, il sera toujours fondamental de développer chez leurs élèves le sens du (des) devoir(s). Ces années-ci, paradoxalement, certains profs choisissent d'abandonner les devoirs, et l'idée se répand sans nuances. Pourtant, d'expérience, les devoirs pertinents et bien dosés constituent le meilleur moyen de rendre un enfant autonome et donc engagé dans son apprentissage.

En effet, quand ce dernier se retrouve avec des tâches à réaliser (exercices, lecture, étude) en dehors du cadre de l'école, il n'a d'autre choix que de créer son propre cadre. Dès lors, il doit choisir où, quand, comment et sur quoi travailler. C'est ainsi que se développe l'autonomie et que prend racine l'engagement. Cesser de donner des devoirs aux jeunes ou les leur faire faire à l'école nuit tôt ou tard à leur réussite scolaire, ce que confirme la recherche en éducation. Une telle abolition peut même juguler le développement de l'autonomie, car l'enfant s'attendra toujours, par la suite, à ce qu'un adulte lui tienne la main et lui dicte sa conduite.

De leur côté, les parents peuvent cesser de s'improviser enseignants. Quitter la table des devoirs pour passer graduellement à une supervision éloignée, signal qu'on fait confiance à son enfant, qu'on lui laissera l'espace nécessaire pour qu'il en vienne à se prendre en main. Il restera donc à ces fiers parents le soin de voir à ce que fiston se nourrisse adéquatement, à ce qu'il dorme et bouge suffisamment, à ce qu'il soit présent chaque jour à l'école et à ce que le travail réalisé seul soit valorisé. Le reste est et sera toujours le travail des profs et des élèves eux-mêmes.

Dans ma classe, j'ai longtemps affiché ce vieux proverbe arabe : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen ; qui ne veut rien faire trouve une excuse. » Ces paroles font bien ressortir la cause première du succès de ces jeunes diplômés qui entrent chaque année sur le marché du travail : leur engagement. Mais j'ai retiré cette affiche. J'essaie plutôt, dorénavant, d'incarner cet engagement.

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