Achat de Monsanto par Bayer : une disparition bénéfique

Le géant allemand Bayer a acheté Monsanto pour... (PHOTO BRENDAN MCDERMID, ARCHIVES REUTERS)

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Le géant allemand Bayer a acheté Monsanto pour 66 milliards américains.

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Sylvain Charlebois

Monsanto n'est pas morte, mais n'est pas forte. En effet, le géant allemand Bayer a acheté l'entreprise, dont le siège social est à St. Louis, au Missouri, pour la modique somme de 66 milliards US.

Jusqu'à ce jour, il s'agit de la plus grande transaction de l'année. Monsanto qui, depuis environ quatre ans, tentait désespérément de mettre la main sur une autre entreprise, a dû céder à une offre alléchante.

Ainsi, Bayer devient la plus grande entreprise de semences et de produits chimiques au monde. L'entreprise, qui travaille également dans le domaine de la santé, est connue notamment pour ses comprimés Aspirine.

Pour Monsanto, cette transaction représente la fin de l'une des entreprises les plus détestées de l'histoire.

Bien sûr, Monsanto a été, pour plusieurs raisons, la cible privilégiée des groupes environnementalistes. D'abord, l'entreprise a été le numéro un des semences, car, contrairement à ses concurrents, elle agissait principalement dans ce domaine. Monsanto a été une méga-entreprise américaine. D'ailleurs, depuis l'annonce de la transaction et pendant que la presse financière américaine discutait de cette dernière du bout des lèvres, les nouvelles européennes vantaient les mérites de l'achat fait par Bayer. Bref, le contraste crève les yeux, car cette fois, il ne s'agit pas de l'Amérique qui a acheté l'Europe, mais du contraire.

Cette réaction médiatique expose un peu la raison pour laquelle Monsanto n'a eu aucune chance d'aspirer à ses ambitions et de conquérir le monde. Outre les océans, la biotechnologie en agriculture divise les continents. En effet, une fois approuvée par les quelque 30 juridictions impliquées, la transaction créera une entreprise qui contrôlera le marché des semences sur trois continents différents :  l'Amérique, l'Europe et l'Asie. Bref, trois continents et trois parchemins différents pour les firmes biotechnologiques.

Rappelons que l'Amérique du Nord a toujours été le terroir par excellence de la biotechnologie.

Même au Canada, où le canola a été inventé, nos producteurs agricoles ont toujours été favorables aux semences génétiquement modifiées. Même si l'Europe résiste toujours en se montrant intransigeante à l'égard des céréales génétiquement modifiées qui arrivent sur son territoire, certaines réglementations montrent que le Vieux Continent s'ouvre peu à peu à l'idée, et Bayer le sait. En ce qui concerne l'Asie, elle s'interroge, mais se fie surtout sur une science qui rassure au sujet des bienfaits de la biotechnologie.

Ainsi, il est légitime de croire que Bayer, qui contrôlera une bonne partie du marché, est bien positionnée pour faire le pont entre les continents. En effet, une entreprise comme elle, diversifiée, apte à communiquer le risque selon les exigences continentales, sera en mesure de faire avancer l'ère de l'agriculture numérique. Somme toute, pour une meilleure sécurité alimentaire, c'est plus que souhaitable.

Il n'en demeure pas moins que les agriculteurs occidentaux ont certaines inquiétudes. En effet, bien que Monsanto ne fût pas très appréciée, l'entreprise répondait majoritairement bien à leurs demandes. Or, avec un fournisseur en moins, les forces oligopolistiques risquent de compliquer la vie de certains producteurs, car ils devront payer plus cher pour leurs semences et leurs pesticides. 

Aussi, puisque le cours de plusieurs denrées agroalimentaires est en baisse, Bayer se gardera sûrement une petite gêne et maintiendra les prix à un niveau respectable. Ce qui n'empêchera pas le prix des céréales d'augmenter à nouveau.

De plus, lors du prochain super-cycle des denrées, prévu d'ici deux ans, l'augmentation du prix des intrants n'est pas écartée, incitant ainsi certains producteurs à vendre. C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles Bayer a cru bon agir maintenant.

Quoi qu'il en soit, la réputation de Monsanto était déjà ternie notamment à cause de poursuites contre les producteurs agricoles, l'indifférence pour le bien-être des consommateurs et l'arrogance auprès des régulateurs publics. Avec plus de 6000 employés avec doctorats sur un effectif total de 21 000, le langage scientifique était courant, donc l'élitisme intellectuel carburait à toute allure à St. Louis.

De plus, Monsanto n'était aucunement en mesure de comprendre le citoyen puisque la science justifiait l'existence de l'entreprise.

Mentionnons qu'en communication du risque, la confiance outrepasse l'importance de la science, chose que Monsanto a comprise il y a de cela quelques années, mais il était déjà trop tard. Ainsi, les environnementalistes en ont tiré avantage.

Ainsi, la biotechnologie est là pour rester. Elle a permis à l'agriculture d'être performante et moins vulnérable devant les aléas du climat et la disparition de Monsanto sera bénéfique pour tout le monde. Pour ou contre les OGM, Monsanto nuisait à sa propre cause. L'entreprise n'était pas très appréciée, à un tel point qu'elle-même souhaitait sa propre fin, mais être vendue n'était probablement pas le scénario souhaité.

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