Les opioïdes sur ordonnance tuent à un rythme alarmant

« On ne peut pas continuer à prescrire les... (Photo Thinkstock)

Agrandir

« On ne peut pas continuer à prescrire les opioïdes au rythme actuel », tranche l'auteure.

Photo Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Tara Gomes

Épidémiologiste et chercheuse à l'Hôpital St. Michael ainsi qu'à l'Institut de recherche en services de santé*

L'hydromorphone, la codéine et le fentanyl ne sont que trois des produits figurant sur la longue liste des analgésiques opioïdes prescrits en énormes quantités d'un bout à l'autre du pays, pour traiter toutes sortes de maux allant de la rage de dents à la douleur post-opératoire.

De fait, le Canada et les États-Unis affichent le plus important volume de distribution d'opioïdes par habitant au monde, un record bien peu enviable. Les médicaments d'ordonnance sont censés aider les patients à guérir, mais le problème, dans le cas présent, c'est qu'ils tuent des gens à un rythme alarmant.

Telle est la réalité de la crise des opioïdes au Canada aujourd'hui : on trouve ces substances partout, dans toutes les couches de la société, dans les régions rurales et urbaines, chez les jeunes et chez les aînés, les riches et les pauvres.

Jusqu'ici au Canada, notre approche s'est résumée à laisser les provinces s'attaquer au problème chacune de leur côté.

La Colombie-Britannique, par exemple, se débat actuellement avec un afflux massif de fentanyl ayant causé 238 décès durant les six premiers mois de l'année, ce qui a conduit le médecin-chef de la province à déclarer une urgence de santé publique.

Au Québec, les taux de prescription d'opioïdes sont en général plus faibles que dans les autres provinces. Par contre, l'usage de versions génériques d'oxycodone à action prolongée, plus susceptibles de provoquer des abus que les nouvelles formules destinées à réduire l'adultération, a monté en flèche ; leur consommation y est la plus élevée parmi toutes les provinces.

En Ontario, on s'applique depuis plusieurs années à instaurer un train de mesures au chapitre des ordonnances ainsi qu'un programme de surveillance s'inscrivant dans le cadre de la Stratégie ontarienne en matière de stupéfiants.

DES SOLUTIONS INCOMPLÈTES

En mars dernier, Santé Canada a modifié radicalement les règles sur la distribution de la naloxone - une substance pouvant servir à renverser les effets d'une surdose d'opioïdes - en permettant aux pharmacies de la vendre sans ordonnance. Le fait d'élargir l'accès à la naloxone contribuera sans doute à sauver des vies ; toutefois, son prix de 30 $ pour une trousse de produit injectable (et de plus de 100 $ pour le nouveau vaporisateur nasal à deux doses) risque d'être prohibitif pour bon nombre de personnes aux prises avec un problème de dépendance.

Même si certaines provinces ont décidé d'offrir la naloxone gratuitement, les mécanismes d'accès varient grandement à l'échelle du pays. Cette situation soulève des inquiétudes légitimes quant à leur incidence réelle sur la mortalité par surdose chez les personnes qui en ont le plus besoin.

On ne peut nier que dans plusieurs des provinces les plus touchées, les décideurs ont pris des mesures pour s'attaquer au problème. Mais suffisent-elles ?

Malheureusement, vu l'absence de données nationales sur la prescription des opioïdes et les surdoses, nous n'avons aucun moyen de connaître la portée véritable de la crise ni de déterminer quels changements d'orientation seraient les plus susceptibles d'avoir des retombées. Pour l'instant, nous devons nous contenter des données fragmentaires rapportées par des groupes de recherche isolés dans une poignée de provinces.

Ce manque de surveillance constitue le problème de santé publique le plus pressant en ce moment au Canada. Il faut s'y attaquer sans tarder.

Récemment, le gouvernement fédéral a décidé de se pencher en priorité sur cette question ; un sommet sur les opioïdes est prévu à l'automne. Il était plus que temps qu'il passe à l'action. Son initiative exigera néanmoins un engagement soutenu de la part des prestataires de soins, des décideurs, des gestionnaires de données et des chercheurs d'un bout à l'autre du pays, afin de tirer les leçons des réussites et des échecs des uns et des autres et d'ainsi éviter de reproduire les erreurs du passé.

Une chose est claire : on ne peut pas continuer à prescrire les opioïdes au rythme actuel.

Il est possible de changer la situation, à condition que le fédéral assume un leadership affirmé, que l'on consulte et informe les cliniciens et que l'on s'engage à fournir aux patients un accès à des solutions de rechange non pharmaceutiques en matière de prise en charge de la douleur et de services de lutte contre la dépendance.

* L'auteure est chercheuse principale au sein de l'Ontario Drug Policy Research Network. Elle a publié abondamment sur les questions liées à la consommation d'opioïdes et aux surdoses au Canada.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer