Lanceurs d'alerte : faire taire au nom de la justice

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Edward Snowden est apparu sur un moniteur lors d'une conférence de presse vidéo, mercredi dernier à New York.

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Béatrice Vaugrante

Directrice générale d'Amnistie internationale, Canada francophone

Edward Snowden a dénoncé, en juin 2013, des pratiques illégales de surveillance de masse de millions de personnes aux États-Unis et dans le monde.

C'est un lanceur d'alerte qui a clairement agi dans l'intérêt général et qui a eu le courage de défendre nos droits. Il fait face depuis trois ans à un puissant ensemble d'agences de renseignement américaines. Et ces agences, elles n'ont aucun intérêt à ce que vous connaissiez leurs pratiques et les dénonciez.

DEPUIS, POURTANT...

- Les États-Unis ont révisé leurs politiques : le président Barack Obama a publié une directive demandant aux agences de renseignement de modifier en profondeur les pratiques américaines de surveillance.

En 2015, le Congrès a limité l'agence de surveillance gouvernementale pour la première fois en près de 40 ans, après qu'une cour d'appel fédérale a statué que la collecte d'informations par la NSA sur l'ensemble des conversations téléphoniques aux États-Unis était illégale.

- Un débat majeur est né sur la surveillance exercée par les gouvernements depuis des décennies, et cela a suscité un mouvement mondial de défense de la vie privée à l'ère numérique. Nous avons d'ailleurs dénoncé l'entente 5 Eyes qui permet, entre autres pratiques, au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande de partager des informations issues du renseignement.

Plus de trois ans après ses révélations, Edward Snowden demeure sous la menace de lois sur l'espionnage héritées de l'époque de la Première Guerre mondiale, au titre desquelles il pourrait être inculpé de crimes graves s'il retourne aux États-Unis.

Il souhaiterait rentrer chez lui aux États-Unis, mais craint un procès inéquitable, car les charges portées à son encontre sont tirées de lois obsolètes qui, selon Amnistie internationale, n'auraient jamais dû être retenues contre lui.

Nul ne devrait être inculpé, à quelque titre que ce soit, pour avoir dévoilé des informations concernant des violations des droits de la personne. De telles révélations sont protégées par les droits à l'information et à la liberté d'expression.

La justice ici a pour conséquence de faire taire. Absurde.

LE PARDON PRÉSIDENTIEL

Le seul moyen de donner la meilleure chance de liberté à Edward Snowden est de demander le pardon présidentiel. Demander l'abandon des charges ou une défense d'intérêt public pour un procès juste et équitable fut notre bataille des trois dernières années. Mais ce serait impossible à obtenir dans le contexte légal actuel.

Nous devons le remercier pour son courage et ce qu'il a fait. Et nous devons aussi encourager ceux qui sont témoins de violations graves des droits de la personne à partager les informations sans qu'ils aient à craindre de devoir se séparer de leur famille ou de quitter leur pays.

Il est crucial, au nom de nos droits à la liberté d'expression et à la vie privée de rappeler aux États l'importance des lanceurs d'alerte, en révisant entre autres les lois qui, au nom de la justice, les font taire.

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