Pour des écoles publiques ouvertes toute l'année

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« Deux mois de vacances scolaires peuvent être salutaires pour certains, mais ennuyeux, voire néfastes, pour d'autres », pense l'auteur.

Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

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Martin Legault

Ex-cadre scolaire et enseignant, chargé de cours et superviseur à la formation des maîtres, L'Île-Perrot

Chaque été, il y a des jeunes qui profitent d'un encadrement familial optimal pour accroître leurs connaissances, développer de nouvelles compétences, explorer de nouveaux horizons ou vaquer à leurs propres intérêts. À l'opposé, d'autres sont laissés à eux-mêmes. Ils vagabondent sans ressources dans leur quartier en cherchant comment occuper tout ce temps dont ils disposent. Ainsi, deux mois de vacances scolaires peuvent être salutaires pour certains, mais ennuyeux, voire néfastes, pour d'autres.

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Le calendrier scolaire unique ne correspond pas à tous. S'il est juste de différencier les pratiques pédagogiques en classe pour favoriser la réussite scolaire d'un maximum d'élèves, il serait valable aussi de différencier, dans les écoles, la gestion d'autres paramètres tels que le temps.

Dans la lutte contre le décrochage scolaire, nous avons multiplié les interventions, réformé les programmes et accru les investissements. Bien qu'il y ait eu des progrès, les résultats escomptés ne sont pas encore au rendez-vous. Le Québec reste en queue de peloton au Canada quand on fait état du niveau de littératie de la population en général, de la persévérance scolaire des jeunes et du revenu moyen disponible des citoyens.

Au Québec, le temps demeure l'unique paramètre pédagogique qui n'a pas évolué hormis l'introduction progressive de la semaine de relâche à partir de 1977.

Les calendriers scolaires sont demeurés sensiblement semblables depuis l'apparition des premières commissions scolaires. À cette époque, on se contentait d'offrir des services de scolarisation à ceux qui le souhaitaient. Aujourd'hui, ce paradigme a totalement changé. Dorénavant, nous devons relever un tout autre défi.

Au XXIe siècle, il faut scolariser le plus grand nombre possible de jeunes afin qu'ils occupent un rôle actif et constructif au sein de notre société. Chez nous, il faut aussi penser à franciser d'abord les nouveaux arrivants avant de penser à ce qu'ils s'intègrent. Or, des services scolaires inactifs pendant deux mois chaque année ralentissent le développement et la formation d'une clientèle avec des besoins particuliers.

Donc, il faut penser à adapter l'école aux besoins et à la réalité de ceux qui sont les plus à risque de se désengager et de ne pas se qualifier selon les calendriers scolaires traditionnels. De telles approches sont déjà en vigueur en Colombie-Britannique, en Alberta et en Ontario depuis plus de 10 ans. Qu'attendons-nous au Québec pour actualiser nos services scolaires publics ?

INNOVER EN ÉDUCATION

Quand nous le voulons, nous sommes capables d'innover en matière d'intervention sociale pour venir en aide aux personnes les plus à risque. Pensons au Dr Gilles Julien et à son approche en pédiatrie sociale. Il est sorti des sentiers battus de la médecine traditionnelle. Il a innové. Qu'attendons-nous pour faire de même en éducation ?

Le Québec aurait tout avantage à implanter un projet d'études et d'interventions visant la création de quelques écoles publiques ouvertes à longueur d'année. Pour les familles qui ont des horaires atypiques et celles qui grandissent dans des milieux plus difficiles, l'école représente un repère signifiant pour leurs enfants.

C'est à l'école que de nombreux jeunes trouvent une meilleure stabilité ainsi que les ressources nécessaires pour se développer intellectuellement et physiquement. Puis, dans certains cas extrêmes, c'est aussi à l'école qu'ils se nourrissent... Or, que se passe-t-il dans la vie de ces élèves quand l'école ferme ses portes pendant trois semaines en hiver et deux mois en été ? Des enfants sont laissés à eux-mêmes et en proie à de mauvaises influences.

Contrairement à ce qu'on pourrait vouloir nous faire croire, les écoles qui sont ouvertes à longueur d'année n'alourdissent en rien la tâche des profs.

Au Canada, ces écoles respectent le contrat de travail original des enseignants, mais elles répartissent leur calendrier scolaire et leurs activités pédagogiques sur 12 mois en introduisant des semaines de répit plus courtes et plus fréquentes. Les jeunes et les pédagogues disposent ainsi d'un calendrier qui allège l'intensité de la tâche habituellement condensée sur 10 mois. Cela peut avoir une conséquence indéniable sur le taux d'absentéisme des principaux acteurs du monde scolaire : les profs et leurs élèves.

Pendant les relâches scolaires qui sont plus nombreuses, mais plus courtes, les écoles demeurent ouvertes et les jeunes y sont attendus pour faire des activités d'enrichissement à caractère artistique ou sportif selon les intérêts de chaque enfant. Par ailleurs, les élèves qui ont accumulé du retard scolaire disposent de cette période pour rattraper immédiatement leurs apprentissages avant d'entamer le prochain semestre. Or, on récupère plus rapidement, avant qu'il ne soit trop tard, les connaissances et les compétences qui ont été négligées. Ce facteur a un impact crucial pour favoriser la persévérance scolaire !

Enfin, la réussite du plus grand nombre d'élèves possible constitue un important enjeu socioéconomique collectif. Ainsi, nous avons la responsabilité d'envisager de nouvelles pistes d'intervention en matière de services scolaires publics. En 2016, il serait opportun de réfléchir pour innover là où il n'y en a pas encore eu d'interventions réelles soit, en repensant la gestion du temps dans le réseau scolaire public québécois et en favorisant l'apparition d'écoles avec des calendriers scolaires qui répondent à des besoins particuliers. En agissant de la sorte, nous pourrions redonner à des décrocheurs potentiels une perception nouvelle à l'égard de leur expérience scolaire avant qu'il ne soit encore trop tard pour eux.

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