Coupes en santé : Le potentiel de déshumaniser les soins

« En accordant des sommes faramineuses aux médecins, on... (PHOTO IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE)

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« En accordant des sommes faramineuses aux médecins, on doit trouver des fonds ailleurs, que ce soit dans la restructuration du système de santé ou dans les ressources humaines », écrit l'auteur.

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Yan Giroux

Ce qui semble avoir ébranlé la bonne conscience de la population québécoise, ce sont les conditions dans lesquelles vivent nos aînés en centre d'hébergement et de soins de longue durée. Pendant les dernières semaines, il a été question des bains, des patates en poudre ainsi que du temps d'attente aux urgences.

Mais au-delà des constatations alarmantes en regard des soins donnés aux patients et de la dignité qu'on leur accorde, il y a d'abord le concept de ressources, à la fois financières et humaines.

L'argent, au Québec, est une ressource limitée, qui permet d'offrir des services à la population. En accordant des sommes faramineuses aux médecins, on doit trouver des fonds ailleurs, que ce soit dans la restructuration du système de santé ou dans les ressources humaines. Combien, me demanderez-vous ? Plus de 240 millions de dollars.

Pour couper dans le réseau, il faudra être créatif : mis à part le chauffage et l'électricité, il ne restera pas grand-chose que les coupes auront laissé indemne.

Alors, de quoi les Québécois devront-ils se priver ? Pour cette somme, il s'agit de l'équivalent de plus de 3800 infirmières ou plus de 11 millions d'heures travaillées par des préposés aux bénéficiaires (basé sur un salaire horaire moyen). Mon champ d'intérêt se limitant aux sciences infirmières, je n'ai pas fait l'exercice pour déterminer combien de livres de veau haché ou de patates naturelles cela représente. Des chiffres, en voilà. Il semble que le ministre les apprécie grandement.

Bien que le ministre Gaétan Barrette affirme que les coupes ne toucheront pas les services à la population, on peut penser qu'elles se traduiront certainement en abolitions de postes d'infirmières ou de préposés aux bénéficiaires et, par conséquent, qu'elles toucheront les soins qui seront donnés (ou non) à la population.

COMBIEN DE TEMPS ?

Combien de temps de plus passera un aîné dans une culotte d'incontinence souillée ? Combien de jours s'écouleront avec qu'un patient puisse être supervisé à la marche aux urgences ? Combien de temps attendrez-vous avant qu'une infirmière soulage votre douleur ?  Les réponses à ces questions, ni moi ni vous et encore moins le ministre de la Santé n'a la clé de ce savoir.

Un soin n'est pas qu'un service. Prendre soin des personnes, c'est de facto agir avec humanisme. Or, ces choix que le ministre commande ont tout le potentiel pour déshumaniser les soins. Aucun soignant ne devrait être déchiré entre 20 « culottes d'incontinence à changer » et 10 autres patients à alimenter. Couper dans ces soins, c'est remettre la cause de ce déchirement directement aux soignants. C'est de cette façon que les politiques façonnent les conditions dans lesquelles les patients vivent ainsi que les conditions de travail des professionnels de la santé.

Pour ajouter l'insulte à l'injure, le ministre avait précédemment demandé de ne pas faire évaluer sa réforme par la vérificatrice générale, après quoi il a aboli le poste de commissaire à la santé et au bien-être. Qui reste-t-il réellement pour défendre l'intérêt du patient ? Il ne reste qu'un ministre qui se félicite d'avoir assisté à la meilleure performance des urgences des hôpitaux en 10 ans. D'ailleurs, je vous invite à le féliciter personnellement pour cette réussite malgré vos cinq heures d'attente.

Après avoir transféré davantage de ressources financières pour la pratique médicale, que reste-t-il finalement dans les coffres de l'État pour la dignité des patients ?

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