Accord économique avec l'Union européenne : Le temps d'agir

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« Le Canada se trouve devant une occasion historique à l'étape de la conclusion de son Accord économique et commercial global avec l'Union européenne », écrit Jean Charest.

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Jean Charest

Gouverner, c'est choisir, et c'est également l'art d'anticiper.

Sur le plan de ses politiques commerciales, le Canada se trouve devant une occasion historique à l'étape de la conclusion de son Accord économique et commercial global (AECG) avec l'Union européenne.

Personne n'aurait pu prédire que nous allions assister à une campagne présidentielle américaine aussi négative et régressive sur les enjeux qui touchent les accords de libre-échange.

Habituellement, les candidats dénoncent les accords commerciaux avant l'élection et, une fois la campagne terminée, ils finissent par appuyer les traités.

Cependant, la campagne électorale américaine actuelle est différente.

Les Américains sont frustrés et désillusionnés par le leadership de leur pays, ce qui s'explique, notamment, par deux réalités.

D'abord, au cours des 20 dernières années, et en particulier à la suite de la crise économique et financière de 2008, la classe moyenne américaine a perdu beaucoup de terrain.

Deuxièmement, bien que les échanges commerciaux accrus et les traités qui les sous-tendent, notamment l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), aient eu un effet positif sur l'économie américaine, on constate, en regardant les chiffres de plus près, une réduction des emplois dans les secteurs manufacturiers, plus particulièrement dans certaines zones urbaines et régions des États-Unis.

De plus, et même si beaucoup d'autres facteurs ont contribué à ce déclin, les accords commerciaux sont montrés du doigt comme étant la cause principale du recul de cette classe moyenne. Sur le plan politique, il en résulte un profond sentiment de mécontentement que les principaux candidats des deux grands partis politiques américains se sont empressés de récupérer et d'exploiter à des fins électorales.

Les conséquences pour le Canada peuvent être rapides et très dommageables. Même si nous ne sommes pas la cible directe de ces attaques, nous subirons, en première ligne, les dommages collatéraux du protectionnisme américain.

Notre dépendance excessive à l'égard du marché américain et le protectionnisme des États-Unis comptent parmi les raisons qui ont poussé le Québec et le Canada à négocier l'AECG avec l'Union européenne après l'échec du cycle de Doha. Il nous a fallu sept ans pour parachever cet accord après qu'il a été proposé par le Québec à la partie européenne à Davos, en 2007.

UNE OCCASION HISTORIQUE

L'accord entre le Canada et l'Union européenne est décrit à juste titre comme étant l'accord commercial le plus avancé au monde.

Pour le Canada, l'occasion de conclure ce traité de libre-échange est, sans crainte d'exagération, d'ordre historique. Nous faisons partie de l'ALENA - un marché de 450 millions de personnes - et une fois conclu, l'AECG nous procurera un accès privilégié à un marché de plus de 500 millions de consommateurs.

Le Canada deviendra ainsi la plaque tournante d'un marché qui compte presque 1 milliard de consommateurs.

À nous maintenant de saisir cette occasion, si nous voulons être en avance sur notre temps.

Nous en sommes aux dernières étapes des approbations et des ratifications et, à mesure que nous nous rapprochons de notre but, le contexte politique européen devient plus complexe et plus difficile.

Le vote sur le « Brexit », dont l'issue est incertaine, va beaucoup absorber l'énergie et le temps de nos homologues européens. Pour ajouter à cette agitation, le Parlement européen exercera pour la première fois ses nouveaux pouvoirs aux termes du traité de Lisbonne pour la ratification d'un accord international, en l'occurrence l'AECG.

En toile de fond à l'AECG, les négociations entre les États-Unis et l'Europe, connues sous l'appellation de Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI), ont très mauvaise presse en Europe et obtiennent peu d'appui aux États-Unis. De plus en plus d'opposants à ces négociations considèrent maintenant que le meilleur moyen de tuer la négociation entre les États-Unis et l'Europe est de faire avorter l'entente entre le Canada et l'Union européenne.

Ajoutons à tout cela les élections nationales à venir en France et en Allemagne, qui feront suite à la campagne présidentielle aux États-Unis et au vote sur le « Brexit », et nous avons devant nous un paysage politique pour le moins incertain et turbulent.

Pour le Canada, dans ce contexte de régression de la politique commerciale et de protectionnisme exacerbé, l'AECG se présente comme une formidable voie d'avenir.

Nous pouvons devenir la grande porte d'entrée au marché de l'ALENA pour les Européens et une voie d'accès privilégiée à l'Europe, en particulier pour les entreprises américaines.

L'AECG deviendra ainsi la marque de fabrique de la politique commerciale canadienne et québécoise et fera du Canada une plaque tournante des échanges et des investissements entre l'Europe et l'Amérique du Nord.

Le défi immédiat, pour le Canada, est de conclure cet accord !

Le premier ministre Trudeau et sa ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, ont tous les deux manifesté leur soutien.

À l'étape où nous en sommes, nous devons mobiliser toutes les ressources à notre disposition pour faire valoir notre cause, à commencer par nos diplomates dans les 28 pays européens, à Bruxelles et à l'occasion de tous les forums possibles, dont la rencontre prochaine des pays du G7 à Tokyo.

Tous les premiers ministres, ministres et chefs d'entreprises, sous le leadership du Forum sur le commerce Canada-Europe, doivent se rallier afin de faire approuver et ratifier cet accord le plus rapidement possible.

Au Québec, en particulier, nous serons les premiers bénéficiaires de cette nouvelle entente.

Raison de plus pour déployer toutes nos ressources en appui à ce projet, et de mettre à contribution notre négociateur et artisan de cette entente, l'ex-premier ministre Pierre Marc Johnson.

Nous devons régler certains enjeux de visa soulevés par quelques pays européens, et surtout solliciter le leadership de certains dirigeants européens, incluant la France et l'Allemagne, pour faire aboutir le processus de ratification.

À court terme, cela doit être la priorité du Canada en matière de politique étrangère.

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