Liberté d'expression: Un faux débat ?

« Si nous voulons avoir la liberté de faire... (PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE)

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« Si nous voulons avoir la liberté de faire et dire ce qui nous chante, la moindre des choses est d'avoir la bonne foi de donner à l'autre le droit et la liberté de dire : "Non, moi je ne veux pas !" », affirme Josée Touchette. Sur la photo, des humoristes ont donné leur appui à Mike Ward et Guy Nantel, censurés dans le cadre du Gala Les Olivier.

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Josée Touchette

Celui qui teste les limites sans jamais les rencontrer aura le sentiment d'être victime d'un terrible abus le jour où une limite se dressera devant lui.

Le débat relancé par la censure imposée par un assureur dans le cadre du Gala Les Olivier est dit porté sur la liberté d'expression. Mais ne concernerait-il pas plutôt le respect et la dignité comme limites à cette liberté ? Ce n'est pas parce qu'il existe des limites que ma liberté est anéantie !

Dans tous les cas, si nous voulons avoir la liberté de faire et dire ce qui nous chante, la moindre des choses est d'avoir la bonne foi de donner à l'autre le droit et la liberté de dire : « Non, moi je ne veux pas ! ». Vous savez, comme on nous a appris à le faire dans la chambre à coucher...

Si donc nos délinquants du micro veulent tester les limites de la dignité humaine, qu'ils le fassent. Mais il est aberrant qu'ils se plaignent ensuite d'avoir rencontré la limite et de s'être fait taper sur les doigts.

L'adage dit : « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres ». Peut-être devrait-on plutôt dire :  « Là où commence le droit des autres ». Le droit au respect, à la dignité, à l'intégrité, à la santé et à la sécurité, tant physique que moral. Mon père, lui, disait plus simplement : « Si tu craches en l'air, ça te retombera sur le nez et ne reviens pas pleurer ».

Certes, il est délicat de tracer des frontières pour la liberté d'expression. Est-ce pour autant une raison de ne pas en tracer du tout ? Ne faudrait-il pas commencer à réfléchir sur ce que devraient être ces frontières, plutôt que de simplement les balayer du revers de la main en disant que c'est trop compliqué et, surtout, parce que ce serait frustrant de devoir se limiter ?

Nous avons beau vivre dans un pays libre, cela ne veut pas dire que nous pouvons agir à notre guise, tant sur le plan physique que verbal.

On ne peut pas balancer n'importe quoi sur une tribune publique tout en se dissociant ensuite de toute responsabilité quant aux conséquences ultérieures que continuera de subir le bouc émissaire bien après que les micros seront éteints.

INTIMIDATION

Soyons honnêtes et cohérents. Nous nous élevons contre le harcèlement et l'intimidation dans nos écoles, mais nous voulons garder le droit de faire tout ça librement sur la place publique. Pire, nous prétendons que les mêmes agissements sont banals et même drôles quand ils visent des adultes !

Comment voulez-vous que nos enfants s'y retrouvent ? On leur dit qu'il est mal de se moquer d'un autre élève et de l'humilier dans la cour d'école devant tous, mais ils nous voient rire à gorge déployée et applaudir à tout rompre une personne qui se moque et en humilie une ou plusieurs autres devant des milliers de spectateurs ou d'auditeurs. Et cette personne est même une star !

On dit souvent que la vérité sort de la bouche des enfants. Eh bien ! Peut-être devrions-nous écouter celle qu'ils nous crient à coup d'intimidation, de harcèlement et de suicides. Ce que nous dissimulons sous des débats factices de principes moraux, eux ils le sortent au grand jour et sans nuance dans la cour d'école et sur les réseaux sociaux. Ils sont le reflet de notre société, de nos valeurs communes et du fonctionnement que nous cautionnons. Ils font ce qu'ils voient, pas ce qu'on leur dit. Ils croient ce qu'ils voient, pas ce qu'on leur dit. Ils deviennent ce qu'ils voient, pas ce qu'on leur dit.

Nous sommes dans une ère où nous vivons avec les incidences graves de l'insouciance écologique de ceux qui nous ont précédés. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, les préoccupations écologiques étaient considérées comme ridicules et paranoïaques. Aujourd'hui, à minuit moins une, c'est le branle-bas de combat en voyant arriver la catastrophe planétaire dont nous nous sommes moqués. Avons-nous appris la leçon ?

À l'heure où le débat est à la liberté d'expression et à la raillerie envers ceux qui réclament le droit à la dignité et au respect, peut-être devrions-nous faire le bilan de notre écologie sur le plan moral et social.

Nous sommes dans une ère où il y a plus de dépressions, de troubles anxieux, de détresse psychologique, de problèmes d'estime de soi et de suicides que jamais, et ce, plus jeune que jamais aussi. Et si notre précieux « droit acquis » à la totale liberté d'expression avait quelque chose à y voir, comme le « droit acquis » au libre port d'arme et les tueries quotidiennes aux États-Unis ?

Avec cette explosion de détresse psychologique, faisons-nous face aux conséquences de notre liberté d'expression débridée et de notre insouciance morale et sociale ?

Vivons-nous dans une jungle morale où tous les coups sont permis pour assouvir nos désirs, sous le couvert fallacieux de la liberté d'expression ?

Que voulons-nous vraiment léguer aux générations suivantes en termes d'écologie morale et sociale ? Pour le savoir, un adage québécois dit de « regarder si les bottines suivent les babines ». Dans quelle direction vont et iront nos bottines ?

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