Aimons nos universités

Si les Canadiens apprécient leurs universités, les Américains... (Photomontage La Presse)

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Si les Canadiens apprécient leurs universités, les Américains adorent les leurs. Pourquoi ? Réflexion d'un diplômé de Concordia

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Hardeep Grewal

Avant d'aborder les différences que j'ai constatées entre les cultures universitaires canadienne et américaine, permettez-moi d'expliquer ce que représente l'enseignement supérieur à mes yeux.

D'après Aristote, nous sommes programmés pour voir l'existence en trois volets - un commencement, un milieu et une fin - comme dans un arc narratif. Dans ma région native du Panjab, en Inde, on parle plutôt de plateau. La mobilité est assez rare. On naît sous une certaine étoile, et pour beaucoup, celle-ci ne changera pas.

Mes parents, qui étaient fermiers, ont économisé pour pouvoir m'envoyer au Canada en 1972. Ils voulaient que mon arc narratif connaisse une ascension pour atteindre ce qu'ils n'ont jamais pu avoir : une éducation. À mon arrivée à Montréal, j'avais 7 $ en poche.

Au début, le défi d'être allophone au Québec était trop difficile à relever. Découragé, j'ai abandonné le secondaire. J'ai travaillé dans une usine et j'ai appris, par osmose, les rudiments de l'anglais et du français. J'ai finalement fait mon chemin jusqu'à l'Université Concordia, où j'ai pu achever mes études en travaillant comme chauffeur de taxi la nuit.

UNE ÉDUCATION FRUCTUEUSE

Grâce à ma formation à Concordia, j'ai obtenu une carte verte et déménagé en Californie avec ma femme, Patwant, en 1984. Nous y avons fait un achat quelque peu futile, qui a fini par devenir notre principale source de revenus : un restaurant Subway à Los Angeles. Aujourd'hui, nous en gérons 2100 aux États-Unis et au Canada. J'ai récemment donné 1 million de dollars au profit des étudiants et étudiantes au MBA de l'École de gestion John-Molson, mon alma mater.

Mon éducation a contribué à rendre cette partie de ma vie extrêmement productive. Même si, d'une certaine manière, je n'ai commencé à apprécier et à exprimer entièrement mon attachement à Concordia qu'après avoir découvert la culture universitaire aux États-Unis.

Je m'explique.

L'un de mes trois fils est diplômé de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA). À première vue, celle-ci ressemble à Concordia : ces deux établissements publics se vouent à la recherche, comptent des laboratoires de renom spécialisés en biologie synthétique, et accueillent presque le même nombre d'étudiants - 46 000 pour Concordia, et 42 000 pour UCLA.

En revanche, après avoir assisté à des activités en tant que parent, j'ai compris en quoi se démarquait UCLA : une énergie surprenante, une fierté déchaînée et une loyauté intense. Je dirais que l'état d'esprit était quasiment tribal.

Les Américains semblent adorer faire partie d'un groupe et ne manquent jamais de l'exprimer.

À l'opposé, les Canadiens se montrent plutôt bons pour éviter tout type d'affinité tribaliste avec leurs universités.

J'ai discuté avec des Canadiens à ce sujet, en abordant par exemple le thème des sports universitaires. Ils m'ont dit : « Les Américains sont obsédés par le football et le basketball. Bien sûr qu'ils ne manquent jamais une occasion d'être de la partie ! »

Et c'est vrai. Certes, les Canadiens adorent le hockey, mais quand avez-vous pour la dernière fois assisté à un match de hockey (ou d'un autre sport) disputé par les Stingers de Concordia ? Dans un article, j'ai appris que les étudiants de l'Université du Kentucky suivent chaque année un rituel : celui de camper pour acheter les billets pour les matchs de basketball de l'établissement. L'équipe de football de la même université, les Wildcats, joue dans un stade de plus de 67 000 places. Cet engouement ne s'explique pas simplement par la popularité de ces activités. C'est culturel.

DES UNIVERSITÉS PRESTIGIEUSES

Selon le classement des universités QS, la moitié des 20 universités les plus prestigieuses au monde se trouvent aux États-Unis, alors que le pays est relativement jeune. Je ne pense pas que la générosité des Américains envers leurs établissements d'enseignement soit une coïncidence.

Selon Giving USA, qui suit les données des oeuvres de bienfaisance, la population américaine a donné 54,6 milliards de dollars pour l'éducation en 2014. Non seulement les diplômés américains clament haut et fort leurs lieux d'études, mais ils sont en plus fiers de montrer à quel point ils s'investissent dans leur avenir, et incitent les autres à faire de même.

Bien que le pays a une plus petite population, les Canadiens ont donné 12,8 milliards en 2013 à des causes à but non lucratif, selon Statistique Canada. La majorité de ces dons sont allés à des organisations religieuses, suivi des soins de santé.

AIMER LES UNIVERSITÉS

Au Canada, les mesures d'austérité menacent de freiner la progression des études supérieures. Il semble être grand temps pour les Canadiens d'arrêter de simplement apprécier leurs universités et de commencer à les aimer.

J'ai donné 1 million à mon alma mater. J'ai pris cette décision après avoir vécu plusieurs années dans une culture où l'université, bien plus qu'un rite de passage, constitue l'entrée au sein d'une communauté sélective.

J'espère que mon initiative et mes mots en encourageront d'autres à reconnaître et à témoigner leur attachement à l'enseignement supérieur au Canada, geste qui paraît si naturel pour nombre de mes amis américains.

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