Le tiercé génétique

La recherche dans le domaine de la biotechnologie... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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La recherche dans le domaine de la biotechnologie a offert à l'agriculture moderne une chance de s'épanouir, ce qui permet à des agriculteurs québécois et canadiens de rentabiliser leur ferme, juge Sylvain Charlebois.

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Sylvain Charlebois

Le Vermont, État américain limitrophe au Québec et à l'Ontario, a adopté l'an dernier une loi obligeant les transformateurs alimentaires à afficher la présence d'organismes génétiquement modifiés (OGM).

L'adoption de la loi 120 au Vermont en 2014 a créé une onde de choc, et comme il fallait s'y attendre, de nombreuses procédures judiciaires n'ont mené à rien. Bien que cette loi du Vermont ait été devancée par l'initiative d'autres États américains, elle demeure particulière puisqu'elle est la seule qui oblige l'industrie à libeller la présence d'OGM, nonobstant ce que les autres États font. Donc, l'enjeu pour les détracteurs était énorme. Évidemment, la décision bouscule quelque peu le reste du pays, mais surtout le Québec et l'Ontario qui ont exprimé leur intérêt de créer le « tiercé » de l'étiquetage des OGM en Amérique du Nord.

Depuis 1994, la biotechnologie a pris d'assaut le marché en offrant aux agriculteurs des semences génétiquement modifiées, à l'insu des consommateurs.

Maintenant, plus de 70 % des produits sur nos tablettes d'épicerie contiennent des ingrédients génétiquement modifiés. Ce n'est pas rien.

Certains estiment que c'est plus de 80 % des produits qui en contiennent. Bref, plusieurs consommateurs se sentent menacés par le côté abstrait, voire obscur, de l'agriculture et exigent que l'industrie soit à l'écoute de leurs préoccupations. Les entreprises en biotechnologie, quant à elles, craignent depuis toujours qu'une telle politique crée une tourmente collective non justifiée. En Amérique du Nord, les instances publiques ont toujours hésité à aller de l'avant avec une loi audacieuse d'étiquetage, jusqu'à maintenant.

DÉBAT POLARISÉ

L'héritage d'une vingtaine d'années d'inertie nous a menés à un débat archipolarisé au sein de la population. On constate qu'en majorité les consommateurs ont des points de vue diamétralement opposés, étant soit très favorables, soit extrêmement défavorables avec le génie génétique, sans nécessairement le comprendre.

Seules des entreprises oeuvrant dans le domaine de la biotechnologie comme Monsanto, BASF et Bayer sont à blâmer pour ce désordre. L'arrogance dont ont fait preuve ces entreprises a ouvert la porte aux messages angoissants que certains groupes mal intentionnés nous martèlent depuis plusieurs années. Le label « frankenfoods » a détruit à tout jamais l'image de certaines entreprises comme Monsanto. Même si la science nous indique que le génie génétique dans nos assiettes ne présente qu'un risque négligeable pour la santé, le doute persiste.

L'étiquetage obligatoire des OGM n'est pas une question de santé publique. En effet, l'étiquetage des OGM repose essentiellement sur un principe de base en communication du risque : la transparence. C'est un droit fondamental pour les consommateurs de savoir ce qu'ils achètent, point. En espérant que les règles du marché deviennent plus claires, les géants Campbell Soup, ConAgra Foods, Mars, Kellogg's et General Mills n'ont pas attendu et ont déjà avisé le public de leur intention d'afficher la présence d'ingrédients émanant du génie génétique. Même si Santé Canada demeure timide, le Québec et l'Ontario s'activent en travaillant avec le Vermont.

UNE QUESTION DE TEMPS

En regardant aller les choses, ce n'est qu'une question de temps avant que l'ensemble du continent adhère à une loi obligatoire, qu'on le veuille ou non. Mais le marché évolue. Une récente étude publiée dans la revue Food Policy détermine que les étiquettes « OGM » n'affectent pas vraiment les consommateurs et leurs choix. L'étude inclut des fruits ainsi que des produits transformés. Les gens sont de plus en plus à l'affût des risques réels liés à la biotechnologie.

Somme toute, la situation actuelle est regrettable puisque la recherche dans le domaine de la biotechnologie a offert à l'agriculture moderne une chance de s'épanouir et de mieux gérer les risques climatiques. Aujourd'hui, notre agriculture est plus performante et permet à des agriculteurs québécois et canadiens de rentabiliser leur ferme. Par contre, avec l'éveil de la population ces dernières années, les producteurs mettent en terre ces semences avec une certaine gêne, ce qui vraisemblablement explique pourquoi les producteurs favorisent maintenant l'étiquetage obligatoire.

Pour une loi d'étiquetage cohérente, les spécifications d'une bonne traçabilité alimentaire devront changer afin de bien identifier les ingrédients visés. Les coûts seront bien évidemment affectés. Et pour les produits libellés « sans OGM », avec une telle loi, leur valeur marchande risque de diminuer. En démystifiant le génie génétique, la valeur perçue d'un produit libre d'ingrédients génétiquement modifiés s'estompera.

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