L'industrie du taxi est-elle vraiment mal en point ?

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« En 2020, les transports adaptés devraient atteindre 4,3 millions de déplacements par année », souligne Véronique Trudeau, qui cite un rapport de la STM.

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Véronique Trudeau

Montréal

Plusieurs chauffeurs de taxi pensent qu'UberX va entraîner l'agonie de leur industrie.

Pour tenter de la ralentir, l'ancien ministre des Transports, Robert Poëti, a imposé de nouvelles règles comme l'obligation d'avoir des appareils qui acceptent les cartes de débit ou de crédit. De plus, les chauffeurs doivent ouvrir la porte aux clients qui entrent dans leur véhicule.

Tout cela est bien beau, mais depuis que l'avenir du taxi est analysé dans les médias, tout le monde oublie de mentionner qu'en plus de la clientèle habituelle, l'industrie vit de son partenariat avec la Société de transport de Montréal, dont l'objectif est d'aider à desservir les 27 000 clients du transport adapté, c'est-à-dire 7900 déplacements chaque jour de la semaine. En plus, les taxis représentent une forme de transport collectif. Pour cette raison, peut-on voir une exagération dans les manifestations de l'industrie du taxi ou sommes-nous près de la réalité ?

UN ACTEUR DANS L'INDUSTRIE DU TAXI

Le partenariat entre l'industrie du taxi et la Société de transport de Montréal existe depuis le début des années 70. Au départ, il a été implanté sous la forme d'un projet-pilote. À cette époque, les frères Jacques et Jean-Marc Forest fondent l'entreprise Minibus Forest. Puis, à partir de 1979, le gouvernement du Québec recommande que la Commission de transport de la communauté urbaine de Montréal prenne le relais.

À cette époque, la Commission entreprend un projet-pilote de transport par taxi des personnes handicapées ; en 1986, ce type de transport devient permanent sur l'ensemble du territoire. Selon la Commission du transport du Québec, la Ville de Montréal compte actuellement 303 véhicules qui font du transport adapté, dont 217 qui ont des permis restreints - c'est-à-dire qu'ils sont réservés aux personnes handicapées.

En fait, depuis 10 ans, ce nombre a doublé, puisqu'en 2005, le transport adapté effectue 1,7 million de déplacements par année. En 2014, on parle davantage de 3,4 millions de déplacements par année et STM prévoit qu'en 2015, ce nombre grimpera à 3,6 millions. Concrètement, une hausse de 3,7 % par rapport à 2014. 88 % d'entre eux sont réalisés par l'industrie du taxi. Dans un rapport rédigé par la STM en 2010, on peut lire qu'en 2020, les transports adaptés devraient atteindre 4,3 millions de déplacements par année et que la majorité d'entre eux seront faits par l'industrie du taxi.

D'après Mario Gagnon, directeur du transport adapté de la STM, trois raisons expliquent cette augmentation. D'abord, le vieillissement de la population. Ensuite, l'intégration des jeunes dans les écoles « régulières ». Aussi, de plus en plus d'élèves accèdent aux études postsecondaires. Enfin, de nombreuses personnes à mobilité réduite s'impliquent dans le monde associatif et participent à des loisirs. Donc, il est faux de croire que le transport adapté s'adresse uniquement aux personnes âgées.

Dominique Roy, président-directeur général de Taxi Diamond, refuse de dire combien le partenariat avec la STM rapporte à son entreprise. Toutefois, il admet que de manière générale, le transport adapté rapporte 30 millions à l'industrie du taxi.

UN PARTENARIAT AVANTAGEUX

Pour la STM, le partenariat avec l'industrie est très avantageux. À titre d'exemple, selon les dernières données disponibles, un déplacement par taxi coûtera en moyenne 17 $ alors que le même déplacement effectué par un minibus de la STM revient à 50 $.

Le partenariat entre la STM et l'industrie du taxi ne se limite pas au transport adapté. Le taxi offre aussi du transport collectif dans certains secteurs de Montréal, tout particulièrement dans l'ouest de l'île.

Lorsqu'on parle de transport collectif, il s'agit de taxis qui desservent des endroits où il serait trop coûteux d'implanter des lignes d'autobus régulières, parce que la population qui y habite n'est pas assez nombreuse.

Parmi les endroits où cette situation se présente, il y a Sainte-Anne-de-Bellevue. En fait, le président du conseil d'administration de la STM, Philippe Schnobb, en parle ainsi : « La STM travaille constamment à améliorer l'accessibilité à tous les secteurs de l'île de Montréal non desservis par un bus en proposant d'autres modes de transport, comme le taxi, qui permet de répondre adéquatement à un besoin de déplacement réel. Cette bonification de service offre de nouvelles options de déplacements en transport collectif vers le métro et l'ouest de l'île ».

Difficile de prédire quelle sera la conclusion de la commission parlementaire. Par contre, il est facile de dire que le discours tenu par les chauffeurs de taxi, le partenariat avec la Société de transport de Montréal, est totalement ignoré. Pourtant, il permet à des milliers de personnes d'évoluer dans la société, ce qui n'est vraiment pas banal. D'autant plus qu'UberX n'offre aucun service pour les personnes à mobilité réduite.

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