Pour une loi protégeant les patientes

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« Devrons-nous demander aux cliniques d'obtenir des injonctions à la pièce et engloutir des sommes considérables en recours juridiques pour protéger les femmes ? », demandent les auteurs.

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La liste des signataires suit le texte.

Pendant des décennies, des militantes et intervenantes féministes, des hommes, des médecins, des élus ont combattu pour faire valoir le droit des femmes à l'avortement.

Par leur courage et leur ténacité, ils ont changé le cours de l'histoire. Même si la société a évolué et qu'elle est aujourd'hui plus ouverte, une réalité n'a pas changé : avoir recours à l'avortement est une décision personnelle, intime et parfois difficile à prendre. Les femmes qui y recourent devraient être en mesure de le faire dans un contexte sécuritaire et sain.

Chez nous au Québec, des femmes se rendant à une clinique d'avortement se font interpeller par des militants anti-choix qui tentent de les dissuader d'avoir recours à une interruption de grossesse.

Banderoles et pancartes « Non à l'avortement » à la main, ils remettent des dépliants, offrent de l'argent tout en scandant des slogans, et ce, à la porte même des cliniques. Ils posent aussi d'autres gestes tout aussi dérangeants : une membre du personnel d'une clinique suivie dans le métro, une manifestante, chapelet gigantesque au cou, qui propose de trouver une famille pour « l'enfant à naître », des manifestants qui comparent l'avortement à un meurtre, qui parlent des cliniques comme des « avortoirs » et qui refusent de nommer un médecin par son titre, préférant le qualifier d'avorteur.

Aujourd'hui, nous demandons que ce droit soit protégé en garantissant aux Québécoises des soins en toute sécurité et confidentialité parce que traverser un groupe de manifestants avant de subir un avortement a des réelles conséquences et, pour plusieurs, rend les interventions plus difficiles, plus médicamentées, dans un contexte déjà hautement éprouvant.

La Clinique Morgentaler, symbole de cette lutte, a dû se battre seule pendant des années pour assurer un environnement sécuritaire aux femmes en obtenant une injonction du tribunal qui a établi un périmètre de sécurité. Puis, les manifestants se sont déplacés à la Clinique Fémina et à la Clinique de l'Alternative. Ces deux cliniques se sont ainsi jointes à la démarche judiciaire et ont elles aussi obtenu un périmètre gardant à distance les manifestants.

Il y a quelques années, le Centre de santé des femmes de l'Outaouais a dû mener cette même bataille, qu'il a gagnée. Quelle clinique sera la prochaine visée ? Devrons-nous ainsi demander aux cliniques d'obtenir des injonctions à la pièce et engloutir des sommes aussi considérables en recours juridiques pour protéger les femmes ?

Il y a déjà plus de 15 ans, la Colombie-Britannique a adopté une loi qui établit un périmètre de sécurité et qui interdit aux manifestants d'interpeller, de harceler et de photographier tant les femmes que les équipes médicales des cliniques. Cette loi a passé les tests de la Charte.

De fait, il n'est pas question ici de brimer la liberté d'expression ou de croyance des groupes anti-choix ; ils ont le droit d'exprimer leurs opinions.

Toutefois, quand ce droit vient compromettre la sécurité et la confidentialité des femmes à qui on doit assurer l'accès à l'avortement libre et sécuritaire, c'est ici que le bât blesse. C'est maintenant que l'État doit intervenir.

Le Québec doit protéger les femmes en adoptant une loi qui définit un périmètre de sécurité aux abords des cliniques et qui empêche les manifestants de se déployer devant les résidences des médecins et du personnel médical des cliniques. Cette loi est importante et doit voir le jour rapidement.

Récemment, le président américain Barack Obama s'exprimait après les tragiques événements au Colorado où trois personnes ont perdu la vie sous les balles d'un tireur anti-choix qui a fait irruption dans une clinique de planning : il disait « Plus jamais ». Nous souhaitons que les élus du gouvernement québécois disent unanimement « Jamais ».

Dre Marie-Josée Gaudreau ; Dr Claude Paquin ; Clinique Fémina ; Micheline Dupuis ; Dr Robert Steinman ; Clinique médicale de l'Alternative ; France Désilets ; Dr Namta Gupta ; Dre Sophie Laporte ; Dre Hélène Lefebvre ; Clinique Morgentaler ; Sandeep Prasad, directeur exécutif d'Action Canada for Sexual Health and Rights ; Dre Sylvie Bouvet, présidente de l'Association des obstétriciens gynécologues du Québec ; Pascale Dupuis, directrice générale du Centre de santé des femmes de la Mauricie ; Anne Marie Messier, directrice du Centre de santé des femmes de Montréal ; Patricia Larue, directrice de la Clinique des femmes de l'Outaouais ;  Dr Jean Guimond, président du Comité de vigilance IVG du Québec ; Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec ; Mélanie Sarazin, présidente de la Fédération des femmes du Québec ; Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ; Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec ; Fédération du Québec pour le planning des naissances ; Dawn Fowler, directrice de la Fédération nationale pour l'avortement (NAF Canada).

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