Pour une démocratisation de l'art contemporain

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L'auteur cite le programme Art in Building comme exemple de projets artistiques qui se sont distanciés de la haute finance de l'art.

Photo David Boily, archives La Presse

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Pierre Desjardins

Philosophe, Montréal

Parmi les différentes formes d'art, l'art contemporain a toujours constitué un genre à part. Il ne table pas sur le beau, d'abord : il consiste plutôt à choquer et à transgresser les codes sociaux pour favoriser la réflexion. Pour ce faire, il s'appuie le plus souvent sur l'originalité de ses messages et sur l'ingéniosité à les faire passer.

La présence d'internet et des nouveaux médias sociaux a toutefois changé la donne. En effet, en permettant à tous de s'exprimer librement, les médias sociaux ont détruit le clivage important qui existait autrefois entre monsieur et madame Tout-le-monde, et l'élite intellectuelle. Dorénavant, grâce à ces médias, tout un chacun a la possibilité de s'exprimer librement et de transgresser, s'il le désire, les codes sociaux.

Toutefois, et bien qu'il soit ainsi privé de l'exclusivité de sa matière première, la transgression, les instances muséales de même que les grandes entreprises privées et les galeries d'art voient encore aujourd'hui en l'art contemporain une bonne valeur de vente et d'investissement. Il faut dire également que pour beaucoup d'États riches, la promotion de l'art contemporain sert d'image de démocratie ouverte et tolérante.

À bien des égards cependant, les règles qui régissent ce nouvel univers de l'art contemporain forment une structure qui rappelle malheureusement le XIXe siècle et son académisme pédant : ce sont prioritairement les institutions officielles qui sont aptes à juger !

En effet, formées de conservateurs de musées, d'investisseurs en mécénat, de galeristes et d'agents d'artistes, ce sont désormais des commissions d'évaluation nationales et internationales qui décident de la valeur et du sort des oeuvres soumises.

Des questions se posent alors : cet hermétique commerce d'oeuvres est-il défendable ?

L'État doit-il continuer à souscrire à grands frais aux montages d'expositions dans le seul but d'en faire augmenter la valeur financière sur les marchés de New York, Londres ou Paris ?

Il ne s'agit pas ici de dénigrer ce qui se fait en art contemporain, mais de voir que, présentement, ce sont finalement les artistes qui, les premiers écartés de ce jeu quelque peu absurde, paient les frais de cette spéculation financière de haut niveau sur leurs oeuvres. Il reste bien peu de choses ici des performances publiques et des happenings populaires qu'animait autrefois dans la rue et avec grand enthousiasme l'artiste d'art contemporain !

Aussi, beaucoup d'artistes, épris d'autonomie et de liberté, ont décidé de se distancIer de ces ghettos étouffants de la haute finance de l'art et font maintenant bande à part. Un peu comme à l'époque du Bauhaus ou de l'Art déco, ils s'investissent en d'autres lieux de culture, soit en urbanisme, en architecture, en design, dans la fabrication de meubles, d'appareils électroniques, mais également dans les domaines de la mode, de la danse, de la cuisine et de la publicité. Le programme Art in Buildings dans l'usine du 2030, boulevard Pie IX à Montréal, en est un bon exemple.

Évidemment, certains puristes s'insurgeront contre ce qu'ils identifieront ici à de la récupération industrielle. Mais l'oeuvre d'art peut-elle vraiment exister privée de tout rapport au public ? Sûrement pas, et c'est, je crois, du devoir de l'artiste de voir à ce que son oeuvre passe du domaine privé au domaine public et cela, quelle que soit la facture qu'il privilégie.

Il est toutefois dommage de constater que, présentement, l'apport financier à l'art contemporain institutionnel prive beaucoup d'artistes locaux des ressources nécessaires à leur accomplissement. Si certains de nos artistes préfèrent aujourd'hui embellir nos vies plutôt qu'enfermer leurs oeuvres dans des musées, dans des collections privées ou dans des bureaux d'avocats et de chefs d'entreprises, peut-on leur en tenir rigueur ?

Aussi, plutôt que d'investir de grosses sommes dans l'art contemporain de stature internationale, l'État ne devrait-il pas en priorité encourager la production artistique d'ici en accordant à nos artistes un salaire de subsistance leur permettant de développer de nouvelles formes d'art ?

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