Les petites mains qui soignent

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L'auteur décrit la multitude de tâches effectuées par les préposés aux bénéficiaires et souligne l'importance de ceux-ci pour faire fonctionner un hôpital.

Photo François Roy, archives La Presse

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Louis G. Cousineau

Préposé aux bénéficiaires, Montréal

Jour après jour, 24 heures par jour, les quelques dizaines de milliers de préposés aux bénéficiaires du Québec - titre inadéquat s'il en est un - travaillent à la sueur de leur coeur et de leurs bras pour assurer les soins de base et la sécurité des patients. Plutôt discret comme métier. Mais comment un hôpital, un CHSLD ou un CLSC pourrait fonctionner sans eux ?

Nous faisons votre toilette personnelle lorsque vous êtes dans l'incapacité temporaire de le faire, au milieu du filage et des câbles de raccordements des moniteurs cardiaques, de sondes, etc. Nous installons et retirons les bassines de lit, puisque vous êtes diminué dans vos mouvements. Nous en disposons proprement et changeons les culottes d'incontinence si vous avez des déficits cognitifs.

Nous sommes ceux et celles qui nettoient les salles d'opération et ses appareils technologiques pour les rendre impeccables avant votre opération. Nous vous transportons partout dans l'hôpital en civière ou en fauteuil roulant pour vous conduire en radiologie ou dans votre lit, lorsque vous êtes intubés, pour passer d'un service à l'autre si votre état le requiert.

Nous sommes les facilitateurs du travail des infirmières, pour donner aux patients les meilleurs soins dans toutes les sphères médicales. Nous sommes les observateurs actifs des patients qui assurent le relais essentiel entre vous et l'infirmière. Nous sommes vos oreilles lorsque vous appelez à l'aide ou que vous souffrez sans pouvoir l'exprimer en mots, égarés que vous êtes au fond d'une chambre d'hôpital ou de CHSLD et dont vous ignorez peut-être les raisons de votre réelle présence en ces lieux. Ces lieux que nous nous efforçons de rendre humains.

Nous sommes aussi vos jambes pour les plateaux-repas, pour un verre d'eau, une couverture ou une collation. Vos jambes aussi pour l'aide à la marche, afin que vous retrouviez vos habiletés quotidiennes. Simplement, nous nous assurons de votre bien-être si la douleur s'insinue sur votre visage, si vous vous agitez anormalement sur votre lit, s'il y a de faux mouvements dans votre démarche qui risquent de vous faire chuter. Nous sommes la marche constante vers le laboratoire, les archives, la cafétéria et les services hospitaliers qui requièrent l'attention de votre dossier.

Nous faisons les tournées de mobilisation aux deux heures pour les invalides, ce qui implique souvent des interventions de nature psychologique avant ou après le remplacement de la literie souillée.

Nous sommes les radars qui surveillent certains patients qui souffrent psychologiquement, et ce, même si le risque d'agression plane au-dessus de nos routines.

Nous surveillons certains d'entre vous qui êtes sous contention ; la situation de votre état transitoire le requérant. Nous sommes les capteurs de besoins particuliers lorsque vous visitez un proche parent qui demande à voir l'infirmière. Mais l'infirmière, souvent, est fort occupée à soigner adéquatement les 12 patients qu'on lui a attribués. Alors, nous pouvons toujours tenter de calmer le jeu pendant ce temps, puisque vous vous attendez aux services dont vous êtes le contribuable par le biais des impôts.

Ce métier est majoritairement le lot des femmes. À Montréal, en particulier, cette main-d'oeuvre est souvent constituée de soutiens de famille, dont la langue maternelle n'est pas le français ; il y a là un enjeu d'intégration concomitant. 

Nous avons obtenu un règlement concernant l'équité salariale il y a de cela quelques années. Justice rendue. Maintenant, le gouvernement en place veut régler sur cinq ans une insignifiante augmentation qui suit à peine l'inflation et qui se situe sous le salaire moyen national, tout en clamant sa générosité. Bye-bye l'équité salariale ! 

Ces gens-là n'ont qu'un seul objectif : bouter, disent-ils, par le biais des gras dur que nous sommes, la montée en flèche des coûts du réseau de la santé. Les préposés aux bénéficiaires ne partagent pas du tout cette assertion tartuffe qui les considère comme un fardeau budgétaire.

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