Une manoeuvre pour retarder l'action

« La lutte contre la pauvreté, ce n'est pas... (Photo Martin Tremblay, archives La Presse)

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« La lutte contre la pauvreté, ce n'est pas choisir de privilégier le logement au détriment de la nourriture, mais de fournir un revenu permettant de payer tous les besoins de base », affirment les signataires.

Photo Martin Tremblay, archives La Presse

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Collectif

Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, monsieur Sam Hamad, tient actuellement une consultation en vue de l'élaboration du troisième plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, dont un sondage en ligne. Bien que l'exercice ait l'apparence d'une démarche démocratique, les questions que nous retrouvons dans le sondage sont biaisées.

Il est demandé aux personnes qui participent à ce sondage de définir trois enjeux qui leur semblent prioritaires en opposant, par exemple, le droit à un logement décent au droit à une alimentation suffisante, la lutte contre l'itinérance à la pauvreté des personnes seules, etc.

La lutte contre la pauvreté, ce n'est pas choisir de privilégier le logement au détriment de la nourriture, mais de fournir un revenu permettant de payer tous les besoins de base.

Les personnes ou les organismes participants doivent nommer quels sont les deux principaux acteurs dans cette lutte contre la pauvreté, mettant sur un pied d'égalité les municipalités, l'ensemble de la population, les écoles, les organismes communautaires et le gouvernement du Québec.

La Loi pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale existe déjà et c'est le gouvernement qui en est responsable.

En posant cette question, le gouvernement se déleste de ses responsabilités et s'organise pour les mettre sur le dos des municipalités, de la population, des écoles, des organismes communautaires, etc.

Tout le reste du sondage est de la même eau.

Nous croyons que le ministre a tout ce qu'il faut pour élaborer le troisième plan d'action. La loi pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale donne les axes d'intervention comme améliorer la situation économique des personnes en situation de pauvreté, lutter contre les inégalités sociales, lutter contre les préjugés, etc. Son ministère tient des statistiques, la réalité des personnes en situation de pauvreté est connue et il existe un comité consultatif de lutte contre la pauvreté qui a émis plusieurs avis. Alors, pourquoi consulter la population sur cette question de la pauvreté alors que ce qu'il faut faire pour lutter contre la pauvreté est déjà connu?

À l'heure des compressions budgétaires, où le gouvernement a déjà fait plusieurs coupes dans l'aide aux personnes les plus vulnérables, où les ressources communautaires n'arrivent plus à endiguer le problème de la pauvreté, où, pour refuser de remédier à la très grande pauvreté des personnes seules, le ministre se justifie en nous disant que le Québec devra combler 700 000 emplois d'ici trois ans. Cet argument a déjà été utilisé par Agnès Maltais, en 2013, pour justifier d'autres coupes : 700 000 emplois, en 2016 a-t-elle dit. Nous sommes en 2016, où sont les 700 000 emplois à pourvoir alors que le taux de chômage au Québec est de 7,7 %?

Comme l'a bien analysé Vivian Labrie, à l'initiative de la démarche citoyenne pour mettre en place la Loi pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale : « J'ai eu l'occasion de suivre le budget du Québec, en portant attention chaque année à ce qui arrive aux personnes les plus pauvres. Cela m'a fait comprendre que tous les moyens ont été bons pour passer à côté de l'amélioration réelle de leurs conditions. Chaque année, il y a eu de bonnes raisons pour passer à côté des urgences et des injustices et aussi pour diminuer la taille du panier et sa capacité en tant qu'instrument des solidarités. C'est un vrai roman-feuilleton et c'est arrivé, peu importe le parti au pouvoir. »

La situation n'a pas changé. C'est pourquoi nous croyons que la démarche actuelle de consultation du ministre Hamad, qui doit s'étendre jusqu'au printemps, est moins un exercice démocratique qu'une manoeuvre dilatoire pour retarder la mise en place de mesures pour lutter contre la pauvreté, et probablement pour lui donner l'occasion de déléguer un peu plus de ses responsabilités à la société civile.

* Coalition pour les droits des personnes assistées sociales des régions Mauricie et Centre du Québec ; Lisette Dionne, Groupement pour la défense des droits sociaux de Trois-Rivières ; Marie-Josée Lapointe, Droits devant l'Érable ; Josée Despins, Regroupement pour la défense des droits sociaux de Shawinigan ; Pierre Blanchet, Mouvement des sans emploi des chenaux ; Linda Proulx, Regroupement pour la défense des droits sociaux de Nicolet ; Johanne Larouche, Comité de défense des droits sociaux de La Tuque.

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