La prison, la folie, la mort... ou Mélaric !

L'auteur déplore qu'avec la fermeture du centre Mélaric,... (PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU CENTRE MÉLARIC)

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L'auteur déplore qu'avec la fermeture du centre Mélaric, ses utilisateurs risquent de ne pas avoir une deuxième chance pour combattre leur dépendance.

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Philippe Boucher

Gatineau

Je suis un mélaricain...

Mélaricain. Ça ne dit pas grand-chose à la plupart d'entre vous. Je dirais même la totalité. Les mélaricains forment un petit groupe de gens qui ont passé par un centre d'aide aux toxicomanes et aux alcooliques dans la région des Laurentides qui se nomme Mélaric. Plusieurs personnes m'ont suggéré de ne pas écrire ce texte, mais je pense que l'on ne doit pas être honteux d'avoir trébuché dans la vie : je suis un mélaricain.

Pourquoi je vous en parle ? Parce que, à la suite des coupes dans le programme d'aide sociale par le gouvernement Couillard, le centre d'aide fermera ses portes et empêchera des gens de sauver leur vie. On les renvoie à la rue ou en prison, car tout le monde sait que la rue et la prison sont les meilleurs endroits pour sauver sa vie...

J'ai une autre raison de vous en parler. Le 7 mai dernier, après des mois de dépression et de consommations, des amis sincères sont venus me chercher à la maison et m'ont emmené presque de force au centre Mélaric. Ils m'ont alors sauvé la vie. Plusieurs membres de mon entourage ne s'en doutaient pas, mais c'était une véritable descente aux enfers et la lumière au bout du tunnel s'éteignait peu à peu. J'étais alors chroniqueur radio et j'ai réussi à flouer mes proches sur mon état pendant quelques mois. C'était de plus en plus difficile.

Au cours de ces mois, j'ai fait souffrir mes proches, ma famille et des gens que j'aimais beaucoup. Je leur mentais sur mon état, sur ma situation, car, inconsciemment, je voulais continuer à me détruire, mais les garder près de moi. Encore aujourd'hui, des gens que j'aime toujours souffrent de cette situation.

Le 7 mai, lorsque j'ai franchi la porte du centre Mélaric, ma vie n'a pas changé immédiatement. J'ai lutté longtemps par orgueil. Je voyais des gens issus du milieu judiciaire qui vivaient les mêmes choses que moi et je ne pouvais m'avouer que j'étais pareil comme eux. Maudit qu'on aime ça, le déni, non ? Peu à peu, j'ai découvert une poignée d'hommes chaleureux, mais blessés. Tout comme moi. Des gens qui ont utilisé les mêmes stratagèmes pour mentir à leurs amis, à leurs proches. Des gens qui ont frôlé la mort, qui ont rechuté et qui se sont relevés. C'est ça, un mélaricain. J'en suis.

Je vous parle de ces gars qui sont devenus des confidents et des amis. Je vous parle de leur combat quotidien contre la consommation d'alcool et de drogues. Ce combat où chaque jour d'abstinence est une victoire et que chaque mois de sobriété est une libération. C'est d'ailleurs la devise des mélaricains : « ENFIN LIBRE ! ».

Voir ce centre d'aide fermer est une tragédie. Une tragédie pour les bénéficiaires, mais aussi pour la population en général.

L'alcoolisme et la toxicomanie ont des répercussions graves sur les individus qui sont aux prises avec cette maladie, mais elle a aussi des retombées sur les proches et les citoyens qui vivent près de ces gens qui n'ont aucune aide. Comment pensez-vous que les toxicomanes qui n'ont pas eu les outils qu'offrait Mélaric paieront leurs consommations ? Sûrement pas en faisant 40 heures à l'épicerie du coin. Un seul chemin s'offre à eux, le crime. Le crime contre les citoyens et contre les gens de leur entourage pour aller chercher les quelques dollars nécessaires à leur prochaine consommation.

Des histoires d'horreurs, j'en ai entendu, mais ce que j'ai aimé davantage, ce sont les histoires de réussite. Voir des anciens venir témoigner en nous disant comment Mélaric a changé leur vie. Constater que des gens qui sont arrivés à genoux sont maintenant debout. De voir que des pères de famille ont retrouvé leurs enfants et que des fils se sont réconciliés avec leurs parents. Des gens qui ont dit non à leur propre destruction. C'était ça Mélaric. La main tendue pour un monde meilleur.

Mais là, Mélaric n'est plus. Parce qu'un gouvernement cupide a préféré couper dans la misère pour subventionner ses amis de Bombardier. Parce qu'un gouvernement n'a même pas eu une once de vision dans l'aide aux plus démunis. Pourtant, rien n'est perdu, selon moi. Nous devons nous mobiliser, nous les mélaricains, mais aussi les Québécois, pour éviter ce genre de fermeture, car la compassion et l'écoute ne sont pas étrangères pour notre peuple. Nous avons toujours prôné l'entraide et une deuxième chance, car si les Mélaric de ce monde n'existent plus, il y a seulement trois solutions : la prison, la folie ou la mort.

On se mobilise ? En tant que mélaricain, je suis présent. Et vous ?

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