Entre la guerre des étoiles et le jardin d'Éden

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Selon l'auteur, le dernier film de la série Star Wars pose la question de l'influence dans nos sociétés de la représentation de la violence au cinéma et dans les jeux vidéo.

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Pierre Desjardins

Philosophe

Doit-on s'offusquer de ce que la plupart des jeux vidéo et des films à succès se complaisent dans l'extrême violence ?

C'est la question que pose notamment le dernier film de la série La guerre des étoiles, où le bien et le mal s'affrontent dans une lutte sans merci. Le déploiement de pareille violence, si imaginaire soit-elle, n'est-il pas un encouragement à la banalisation du recours à la force dans nos rapports sociaux ?

L'apologie du bien contre le mal est-elle souhaitable ou doit-elle être considérée comme une lubie extrêmement lucrative pour les producteurs d'Hollywood, mais néfaste socialement ? L'humain n'est-il pas apte aujourd'hui à nuancer ses jugements et à ne pas se jeter à corps perdu dès la première occasion, les armes à la main, prêt à défendre l'hydre du bien contre le mal ? On pourrait en effet croire qu'en 2016, l'humanité aura bel et bien dépassé ce stade primitif où le monde se voyait réduit à être partagé de façon caricaturale entre bons et méchants.

Car en stigmatisant à l'excès la dichotomie bien-mal comme le font la plupart de ces productions, on en arrive finalement à légitimer et à encourager à peu près n'importe quelle forme de violence, pourvu qu'elle soit perçue par son auteur comme juste.

Dans le passé, l'humanité ne s'est jamais faite trop lucide en ce domaine. C'est ainsi qu'à coups d'argumentaires religieux ou philosophiques, on en était venu au Moyen-Âge à brûler et à massacrer des populations entières, ou encore, plus récemment, à en tenir d'autres prisonnières pendant 70 ans derrière un rideau de fer. 

Une forme de justification de la violence a mené un peuple aussi intelligent que le peuple allemand à cautionner le nazisme.

Il faut comprendre que le fonctionnement de notre cerveau répond à une mécanique rodée sur plus de 2,8 millions d'années d'évolution et que nous en sommes en quelque sorte les esclaves. Car s'il s'agit d'une machine tout à fait fantastique, son activité n'en est pas moins redevable à des réflexes naturels de survie extrêmement puissants.

Selon l'immédiateté de ses besoins, l'humain transformera ainsi rapidement en bien ce qui est mal ou en mal ce qui est bien sans même qu'il ait trop le temps de s'en rendre compte lui-même. Son mode de fonctionnement logique s'emberlificote ici facilement et le mène parfois dans des directions très surprenantes.

Le pouvoir spécial que possède l'humain de représenter ce qui l'entoure et qui lui permet le langage et ses abstractions scientifiques lui donne également ce dangereux pouvoir de se représenter lui-même. Or, c'est précisément de l'image qu'il se fait de lui-même que naissent chez lui ses velléités de domination et de conquêtes, voulant toujours se voir sur les plus hautes marches du podium. Cela peut aller de l'exploitation éhontée de la nature avec l'ère de l'industrialisation jusqu'à la bombe atomique en passant par les armes chimiques.

Le libre arbitre dont jouit l'être humain n'est donc pas aussi libre que voudraient nous faire croire les moralistes. Il répond davantage aux sombres méandres du fonctionnement de notre cerveau qu'à quelques grands idéaux. Cela, Freud l'a compris avant tout le monde.

Et si le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas, il est également vrai de dire que la raison n'a pas de coeur quand il s'agit de sa justification. C'est peut-être ce qui explique qu'aujourd'hui encore, nous risquons davantage de nous retrouver, que ce soit au cinéma ou dans la réalité, en pleine guerre des étoiles plutôt que dans un doux jardin d'Éden.

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