À quel âge sommes-nous vieux ?

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Catherine Tremblay

Montréal

D'emblée, je dois confesser que j'ai toujours été préoccupée par l'âge qui avance. Déjà, à 7 ans, il n'était pas question d'y ajouter « et demi ». Je n'ai pas une seule obsession liée à la beauté, à la mode et je ne suis surtout pas nostalgique des années 80.

Je combats mes rides, mais jamais au-delà de l'usage de petits pots de crème trop chers. Je crois être en mesure d'identifier les grandes tendances et les restos branchés, je regarde La soirée est (encore) jeune, je fais un peu de jogging, mais surtout du yoga.

Mais je me sens vieille.

Vieille, lorsque je vais dans Griffintown et que je me sens décalée par la jeunesse. Vieille, parce que j'écoute la radio de Radio-Canada et que les autres chaînes me dépriment. Vieille, car j'applique du cache-cerne même si je ne vais qu'au coin de la rue. Vieille, quand je corrige une vendeuse qui me tutoie. Vieille, parce que je surveille l'évolution de mon REER. Vieille, car j'aime que les amis quittent ma maison au plus tard à 22 h 30.

Cette question m'anime davantage ces temps-ci, alors que j'ai perdu mon poste de gestionnaire à la suite d'une réorganisation au sein de l'entreprise où je travaillais. Éventualité probable comme gestionnaire et jusque-là, ce n'est pas dramatique. Mais ce changement a accentué ma crainte de vieillir et me confronte à d'autres réalités qui me confirment que vieillir, ce n'est pas joli.

En recherche d'emploi, nous sommes comparés aux autres candidats. Je le sais, je l'ai fait des centaines de fois. À mon âge, je ne suis plus une gestionnaire avec un haut potentiel d'avenir, mais je suis plutôt étiquetée comme étant allée au bout de mes compétences. Déjà ? 

Après 40 ans, les employés classifiés « à haut potentiel » sont rares. Ces classifications sont pratique courante en entreprise, car il est primordial d'identifier la relève.

Chaque grande entreprise dresse une liste des compétences maîtresses selon sa culture, ses valeurs et ses enjeux d'affaires futures. Mais quand on n'est plus sur la « top list », ça fait mal à l'ego. Je suis assez lucide pour savoir que l'âge n'est pas une compétence nommée. Toutefois, la conjonction de toutes les compétences identifie principalement des jeunes : capacité d'apprentissage, niveau d'énergie, mobilité internationale, capacité d'adaptation, etc. Et, en théorie, c'est tant mieux pour le succès commun.

Nous sommes comparés à des trentenaires qui sont excessivement compétents. Créatifs, irrévérencieux, multilingues, confiants, ils ont tous les attraits pour être les meilleurs. Et que dire de l'avance technologique qu'ils ont sur nous. Malgré notre mise à jour continue, tout ça fait partie de leur ADN. Je suis impressionnée et j'ai confiance en cette génération qui suit la mienne. Pas jolie, l'envie.

J'entends les discours sur la sagesse, le bien-dans-sa-peau, l'âge est dans le coeur, etc. Ça ne résonne pas chez moi. Je résiste, car admettre, c'est accepter. Il y a un moment où il devient important de passer le flambeau à la génération qui suit en les accompagnant, en contribuant à leur succès et en partageant notre expérience. Ça y est, je suis vieille ! Il ne me reste qu'à pratiquer la sagesse, le partage et l'humour.

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