Un marketing inquiétant

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« Notre inquiétude quant au marketing des médicaments est basée sur des observations bien réelles », soutiennent les auteurs, qui nous ont fait parvenir cette photo.

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Denis Lebel, Guylaine Larose, Maud Harry, Catherine Hervouet-Zeiber*

Chacun connaît l'attirance des enfants pour les produits colorés, et plus particulièrement lorsqu'ils ressemblent à des jouets ou des bonbons. Nous sommes très préoccupés par le fait que certains médicaments destinés aux adultes attisent la convoitise des enfants. Si les comprimés ou capsules les ont toujours intéressés, il semble que l'aspect de certains contenants soit aussi l'objet de tentation.

Notre inquiétude quant au marketing des médicaments est basée sur des observations bien réelles. Récemment, des parents nous ont expliqué comment l'apparence d'un contenant d'acétaminophène a contribué à l'ingestion accidentelle du médicament par leur enfant.

Chaque fois qu'il voyait le pot rouge vif d'acétaminophène, il réclamait « les bonbons ». Les parents ont donc déplacé le contenant dans une armoire plus haute et hors de sa portée. Pour l'atteindre, l'enfant s'est servi d'une chaise et le contenant, non muni d'un bouchon sécuritaire, a été retrouvé ouvert sur le sol, ainsi que plusieurs comprimés sucés. Les parents ont dû emmener leur enfant aux urgences, mais heureusement, le dosage d'acétaminophène sanguin n'était pas toxique.

Nous sommes également préoccupés par le fait que certains contenants particulièrement attirants pour les enfants ne sont pas munis de bouchons sécuritaires. Une fois le pot ouvert, plusieurs de ces produits contiennent des capsules ou des gélules aux couleurs vives, parfois au goût sucré. De plus, ces contenants sont facilement accessibles sur les tablettes et leur promotion peut aussi porter à croire qu'il s'agit d'un médicament totalement inoffensif. Enfin, nous sommes préoccupés par le fait que l'acétaminophène est parfois disponible en très grande quantité dans un seul contenant.

Ces pots attirants et non sécuritaires contribuent clairement au risque d'ingestion accidentelle potentiellement grave chez les jeunes enfants.

Nous croyons également qu'ils sont susceptibles d'augmenter la gravité d'une intoxication volontaire chez l'adolescent.

En effet, l'intoxication à l'acétaminophène est un problème majeur de santé publique au Canada. Chaque année, le Centre antipoison du Québec (CAPQ) reçoit environ 4000 appels pour des inquiétudes liées à des ingestions d'acétaminophène. Aux urgences du CHU Sainte-Justine, deux ou trois visites par mois résultent d'une ingestion d'acétaminophène, dont 50 % nécessitent une hospitalisation. Avec plus de 430 produits différents contenant de l'acétaminophène sur le marché québécois, ce dernier est la première cause d'intoxication médicamenteuse au Québec depuis plus de 20 ans.

QUELQUES MESURES

Dans de nombreux pays, des mesures ont été mises en place ces dernières années afin de réduire l'incidence et la gravité des intoxications à l'acétaminophène, dont la réduction de la dose maximale par contenant ou l'obligation de vendre ces produits en pharmacie seulement. Mentionnons également l'exemple des États-Unis, qui a introduit l'obligation depuis le début des années 70 de munir les pots d'aspirine d'un bouchon à l'épreuve des enfants. Cette législation a permis de réduire de 34 % les morts liées à l'intoxication par l'aspirine chez les enfants de moins de cinq ans.

Nous croyons que des mesures doivent être prises afin d'assurer spécifiquement la sécurité des enfants et des adolescents canadiens qui sont les principales victimes d'intoxications accidentelles et volontaires liées à l'acétaminophène. Parmi ces mesures, l'obligation de munir les contenants d'un bouchon sécuritaire, la réduction du nombre de comprimés par contenant et une mise en marché qui tienne compte de l'apparence des produits. Nous avons informé Santé Canada de nos préoccupations.

Nous demandons aux parents d'éviter d'acheter des médicaments en vente libre, destinés aux adultes, contenus dans des pots qui sont attirants pour les enfants, particulièrement s'ils peuvent facilement être ouverts. Nous invitons les pharmaciens à être vigilants sur le choix des produits qu'ils offrent à leurs clients. Nous demandons aux omnipraticiens et pédiatres de se joindre à nous pour dénoncer un marketing nuisible aux enfants.

* Denis Lebel et Maud Harry sont pharmaciens au département de pharmacie du CHU Sainte-Justine ; Guylaine Larose et Catherine Hervouet-Zeiber sont respectivement pédiatre-urgentiste et pédiatre au département de pédiatrie du CHU Sainte-Justine.

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