Renouveler le pacte avec Dame Nature

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Certaines études suggèrent que l'agriculture est responsable de presque 30 % des gaz à effet de serre sur la planète.

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Sylvain Charlebois

Université de Guelph

Le monde se réunit à Paris pour discuter des changements climatiques. Sans nul doute, l'attention sera surtout portée sur le carbone, les énergies renouvelables, les sables bitumineux et le charbon. L'agriculture, quant à elle, est souvent ignorée lors de ces grands rassemblements.

Pourtant l'agriculture et l'industrie agroalimentaire sont au coeur de notre économie, parmi les secteurs économiques les plus tributaires du climat. Chaque année, les soubresauts de Dame Nature assaillent au moins une région par des sécheresses ou des inondations. Les conséquences peuvent être catastrophiques. En Occident, le prix des aliments gonfle, éprouvant ainsi les consommateurs moins nantis. Mais pour l'Orient, en contrepartie, c'est la famine et la guerre.

Paradoxalement, l'agroalimentaire pollue énormément. Certaines études suggèrent que ce secteur est responsable de presque 30 % des gaz à effet de serre sur la planète. Ce n'est pas rien. Paris offre donc une chance inouïe au secteur de renouveler son pacte avec Dame Nature.

Chez nous, avec une dose de responsabilisation, l'agriculture a fait beaucoup de chemin et continue de vivre en harmonie avec l'environnement. Depuis l'époque des bassins versants et des nappes phréatiques contaminées, les choses ont bien changé. Ayant une meilleure compréhension des conséquences de leurs actes, les producteurs sont les maîtres protecteurs de notre patrimoine naturel, mais ceux-ci doivent être encouragés à utiliser des moyens durables pour améliorer l'efficacité de leur production. L'ère de la prévention cède tranquillement sa place à l'intelligence agricole. L'agriculture de précision, en utilisant des drones pour recenser la qualité des sols et le GPS pour rendre les visites de champs plus efficaces, peut faire une grande différence. Avoir un tracteur qui passe deux fois à la même place ne fait qu'augmenter l'empreinte carbonique du secteur. L'agriculteur moderne utilise ce genre de gadgets, mais le niveau d'adoption doit augmenter.

De plus, avec les sécheresses de l'Ouest canadien, de meilleurs systèmes d'irrigation doivent servir de sources d'appoint fiables. Les producteurs peuvent même apprendre à partager le risque en achetant des dérivés climatiques. Ceux-ci existent, mais peu de producteurs le savent.

En aval, en se rapprochant du consommateur, le gaspillage alimentaire est le boulet de premier plan pour l'industrie agroalimentaire.

30 %

Proportion de produits agricoles qui n'atteignent pas les étals des marchés ou des épiceriesEn utilisant de meilleures technologies d'entreposage et de réfrigération, surtout au niveau de la transformation, il est possible d'augmenter l'utilité économique d'une plus grande quantité de denrées alimentaires. Mais avec un dollar aussi bas, cette technologie est moins accessible financièrement ces temps-ci. Il faudra inciter le secteur à en faire davantage. Les campagnes de légumes laids et biscornus, la vente de légumes difformes à moindre prix, semblent avoir du succès au Québec. C'est un pas dans la bonne direction. En fin de compte, puisque près de 40 % des aliments achetés en magasin ne sont pas consommés, l'acteur qui peut faire une grande différence, c'est nous, et ce, tous les jours.

Au sein du monde en voie de développement, sans contredit, les enjeux sont fort différents. Pour ces régions, c'est une question de survie. Les effets du climat sur l'agriculture ont souvent joué un rôle de catalyseur pour plusieurs conflits en Afrique, au Moyen-Orient, au Rwanda et même au sein du présent conflit en Syrie. Plusieurs analystes indiquent que les crises alimentaires de 2006 et 2009 ont empiré la situation dans la région. Aujourd'hui, des millions de Syriens tentent de fuir, dont plusieurs vers le Canada. Les famines et les guerres causées en partie par une agriculture éprouvée par un climat intraitable peuvent être lointaines, mais elles finissent par nous rejoindre un jour.

Les solutions pour les régions plus pauvres du monde passent par la reconnaissance du rôle de la femme en agriculture, d'abord et avant tout. Un rôle accru pour la femme leur permettrait de faire des tâches plus sophistiquées, augmenter les revenus de la ferme et permettre aux enfants d'aller à l'école. C'est vraisemblablement l'enjeu le plus important en agriculture, soit l'éducation et l'accès au crédit des femmes. Ensuite, il existe déjà des partenariats dont les bases sont fixées sur le transfert biotechnologique. Il faut donc continuer à soutenir ce genre d'initiative, pourvu que le but premier soit de trouver une solution propre aux régions éprouvées.

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