Une attaque injuste

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L'auteure réagit à la chronique d'Yves Boisvert publiée le 20 novembre 2015 dans la section Actualités, « Une cible plus précise ».

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Isabel J. Schurman

Vice-présidente du Conseil canadien des avocats de la défense

M. Boisvert,

Nous avons pris connaissance de vos commentaires sur le rôle des avocats de la défense formulés dans votre chronique du 20 novembre 2015 intitulée « Une cible plus précise ».

Nous sommes outrés par vos propos.

Tout d'abord, par un simple trait de plume, vous dépréciez le travail de plusieurs centaines de professionnels honnêtes et consciencieux (quelques milliers à l'échelle nationale), tout en dégradant la raison même de leur existence. Contrairement à ce que vous prétendez, les personnes qui nous consultent ne sont pas nécessairement des « criminels », comme vous le dites, mais sont souvent des citoyens injustement ciblés par l'État, des témoins, des tierces parties intéressées ou des personnes en quête de conseils juridiques pour espérer faire face à la machine étatique à armes égales. Certains seront peut-être, un jour, déclarés coupables, mais tous sont présumés innocents.

Dire que nos clients sont nécessairement, ou en grande majorité, des criminels, alimente un discours populiste faisant abstraction du fait que bien des gens ordinaires consultent un avocat de la défense lorsqu'ils sont contraints de répondre à des accusations, parfois complètement infondées, déposées par l'État. Il est d'autant plus nuisible de propager ce type de discours alors que ces individus sont souvent membres de minorités disproportionnellement ciblées par l'État, des adolescents, des personnes souffrant de maladie mentale, de dépendance à la drogue, au jeu ou à l'alcool, ou simplement des personnes dans le besoin incapables de se défendre elles-mêmes.

Pour couronner le tout, vous dénigrez le rôle même des avocats de la défense en prétendant qu'ils tirent profit du secret professionnel pour faciliter la commission d'activités criminelles, sans même présenter un iota de preuve au soutien de ce que vous avancez. 

Nos vies ne sont pas celles des protagonistes de séries télévisées ou de films américains. Nos vies sont celles de professionnels dévoués, qualifiés par leurs études et les conditions d'admissibilité de leur ordre professionnel, et guidés par nos codes d'éthique et nos consciences.

Tous les jours, à travers ce pays, des avocats et avocates de la défense se battent pour protéger les valeurs que notre société tient à coeur. Si l'État vous accuse, il doit prouver ce qu'il allègue hors de tout doute raisonnable. Nous nous efforçons d'assurer le respect des droits constitutionnels garantis par la Charte canadienne des droits et libertés lors de chaque arrestation, chaque mise en détention, chaque procès et chaque condamnation. Déclarer péremptoirement qu'« on sait très bien que des avocats profitent du statut de protection de la loi pour faciliter des activités criminelles », comme vous le faites dans votre article, est offensant, injuste, et représente une insulte envers tous ceux et celles qui, jour après jour, travaillent avec acharnement pour protéger la présomption d'innocence et les valeurs incarnées dans notre Charte canadienne des droits et libertés.




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