Réfugiée hier, citoyenne aujourd'hui

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« Nous n'avions ni famille, ni amis, ni assurance, ni argent, ni même la langue », écrit l'auteure.

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Daniela Gomez

Étudiante en communication et politique, Montréal

Va-t-on se faire envahir par une autre culture ? Ou pire, vont-ils amener tous les rats, les cancres et les déchets de la société avec eux ? Donald Trump a peut-être raison. Bâtir des murs toujours plus hauts, des limites infranchissables pour s'assurer de préserver la pureté de la race...

Quatorze ans ont passé depuis mon arrivée au Canada. Quatre personnes, trois valises et 200 $ en poche. Qui sommes-nous ? Des réfugiés politiques fuyant des cartels impitoyables et rancuniers. Mes parents ont dit qu'on partait seulement en vacances. Les plus longues vacances de ma vie.

Il n'y a pas si longtemps, l'islam, les Arabes et le Moyen-Orient n'étaient pas l'ennemi national. Les Colombiens succédaient aux communistes en tant que menace. Notre passeport était symbole de drogue, notre physionomie était hanté par Escobar.

Nous n'avions ni famille, ni amis, ni assurance, ni argent, ni même la langue. Oui, on a été pris en charge par le système. Oui, on a bénéficié de la francisation, de l'assurance maladie, des banques alimentaires et du système scolaire. Oui, on a été des parasites malgré nous, pendant une année complète. Non, on n'a pas fait d'achats extravagants aux frais des contribuables. On était quatre dans un quatre et demie, avec des coquerelles et trop de voisins. Pourquoi ? Évidemment qu'aucun propriétaire ne veut accueillir des réfugiés sans argent et sans travail qu'il ne peut même pas comprendre.

Est-ce que j'en garde un souvenir amer ? Absolument pas. C'est hallucinant le nombre d'organismes qui nous ont soutenu, nous ont habillés, nous ont donné une quantité incommensurable de jouets et nous ont permis d'apprendre le français. 

Je disais souvent à ma mère qu'on était arrivés au paradis.

Une décennie et demie plus tard, le débat refait surface. On a peur, on s'inquiète, on se méfie de ces migrants syriens fuyant les zones de guerre. Vont-ils s'intégrer aux coutumes canadiennes ? Adopteront-ils le français ? Alourdiront-ils le système d'aide sociale ? Seront-ils un fardeau fiscal supplémentaire pour la classe moyenne ? Plus important, est-ce que des extrémistes se camouflent parmi les survivants ? La réponse est incertaine et seul le temps nous le dira.

Par contre, je me reconnais dans ces familles qui ont tout perdu et qui n'ont nulle part où aller. La seule chose qui leur reste est leur rage de vivre. Il n'y a pas si longtemps, on était à leur place.

J'ai été réfugiée politique, mais je n'ai jamais vu une bombe exploser, des maisons se faire détruire, des amis ou des proches se faire assassiner. J'ai été réfugiée politique, mais je n'ai pas vécu dans des camps de réfugiés, avec des pénuries de nourriture, d'eau et de soins de santé. J'ai été réfugiée politique et mon pays d'origine n'est pas en ruine, à cause d'une guerre civile.

Contrairement aux immigrants qui choisissent et planifient leur arrivée, un réfugié n'a aucun choix et prends ce qu'on lui donne. J'ai été réfugiée politique et je suis fièrement citoyenne canadienne. En tant que citoyenne à part entière, je parle français, anglais et espagnol. Je suis citoyenne et j'étudie à temps plein, je travaille à temps partiel et je vais voter. Je suis citoyenne et je fête la Saint-Jean le 24 juin, je déménage le 1er juillet et je sacre en regardant le hockey.

Mon expérience personnelle ne s'applique peut-être pas à tout le monde, mais je ne suis pas un cas isolé. Donnons-leur le bénéfice du doute et la possibilité de s'épanouir dans notre société.

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