Seten ! Assez !

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Le 4 octobre dernier, des rassemblements ont eu lieu un peu partout au Canada pour rappeler à la mémoire collective les femmes autochtones disparues.

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Isabelle Picard

Anthropologue, membre de la nation huronne-wendat

J'ai vu partout les images et les titres des reportages sur ces femmes agressées à Val-d'Or. Mes yeux se sont fermés. Tout de suite, j'ai voulu esquiver. Pourquoi devrais-je regarder une chose pareille, encore et encore ? J'en ai assez de cette histoire tant de fois entendue chez les miens et que tant de gens continuent de faire semblant de ne pas entendre.

À midi, j'ai reçu un appel de ma mère. « Vas-tu regarder Enquête ? C'est effrayant, ce qui arrive. Mais ces femmes-là ne sont pas comme toi, elles consomment, elles vivent loin. » Elle voulait me rassurer. Mais j'ai soudain eu mal au coeur.

J'ai grandi sur une réserve et j'ai vécu une grande partie de ma vie d'adulte dans une autre. Des histoires comme ça, j'en ai trop entendu. Et des femmes dans des situations semblables, j'en ai trop connu. Comment en supporter davantage ?

Mais j'en ai assez de devoir me fermer les yeux, d'essayer de me faire croire que ces réalités ne me touchent pas parce que, moi, par chance, je suis éduquée, que je ne consomme pas, que je ne vis pas comme elles. Car ce n'est pas vrai. Je suis comme elles. Je suis comme toutes ces femmes. Je suis leur peau, leurs os, leur sang, leurs larmes. Je suis ces femmes que l'on méprise, ces femmes sur lesquelles on jette son mépris. Je suis toutes ces femmes victimes de préjugés, toutes. Elles sont mes soeurs.

Je vis dans une réalité brutale, dans un système qui n'est pas conçu pour les miens et dans lequel, malgré tout, on me force à patauger ou à me noyer.

Une journaliste de Radio-Canada demandait à M. Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, pourquoi tant de femmes autochtones subissent des violences pareilles. La journaliste suggéra deux choix de réponses : l'alcool ou la drogue. Voilà ce que j'appelle un préjugé. Je ne blâme personne, mais il reste que c'est bien de cela qu'il s'agit.

« Un Indien, ça sent l'alcool », disait Martin Petit dans un épisode récent des Pêcheurs que j'aurais préféré n'avoir jamais regardé. Je l'entends trop souvent, celle-là.

Si seulement c'était bien cela : l'alcool, la drogue, la consommation. Est-ce que tout ne serait pas après tout plus facile ainsi ? Nous n'aurions, en somme, que nous-mêmes à blâmer. Ce gouvernement et une population entière n'auraient en aucun cas besoin de creuser plus loin, d'essayer de se regarder, d'ouvrir les yeux.

La véritable réponse est plus difficile à entendre. Les racines sont autrement plus creuses et sinueuses. C'est un problème systémique et historique. Il ne peut certainement pas s'expliquer dans une entrevue de deux minutes soumise à un choix de réponses toutes faites. C'est bien pour cette raison que la lumière doit être faite au plus vite sur la violence faite aux femmes autochtones, à mes soeurs les plus fortes comme les plus fragiles. Tout cela doit cesser.

Que mes soeurs n'arrêtent surtout pas de dénoncer pareilles injustices. Vous n'êtes pas seules. Nous sommes avec vous. Nous sommes vous. De votre malheur et de ses éclats noirs, je tire les forces de convictions de plus en plus claires.

J'ai tendu la main toute ma vie dans l'espoir que la situation autochtone puisse enfin être mieux comprise. Là, j'en ai plus qu'assez de tendre la main en vain. Seten ! Assez ! Il est temps que les choses changent. Qu'attendez-vous pour nous tendre la main à votre tour ?

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