Verra-t-on bientôtune fusion PLC-NPD ?

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L'auteur constate que « même si le PLC est le plus vieux des partis fédéraux, il en est venu, sous le leadership de Trudeau, à incarner au moins autant le changement que le NPD, lequel n'a jamais été au pouvoir à Ottawa ».

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Jean-Herman Guay

Professeur de sciences politiques à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

En 2010, Jean Chrétien avait lancé l'idée de fusionner le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique. Évidemment, les deux partis avaient rejeté la proposition ; une large majorité (63 %) de Canadiens aussi. Cinq ans plus tard, devant la rivalité fratricide entre Justin Trudeau et Tom Mulcair, on peut penser que l'ancien premier ministre avait raison.

Paradoxalement, la fusion est déjà amorcée. En enlevant la référence au socialisme et en diluant son discours, le NPD a fait quelques pas vers le centre. Inversement, le PLC, en cherchant à gruger des votes dans la clientèle du NPD, s'est déplacé vers la gauche, intégrant des propositions impensables sous Paul Martin. Cet étrange ballet est tel que Mulcair et Trudeau disent à peu près la même chose. Et les différences qui subsistent - significatives au moment de construire des politiques publiques - sont à peine perceptibles dans le contexte d'une campagne électorale. Pour gagner des points, ils doivent néanmoins se critiquer mutuellement, ce qui fait le bonheur des conservateurs. 

Cette proximité des programmes et des plates-formes est si grande que beaucoup d'électeurs progressistes sont embêtés. Dans les sondages, le deuxième choix des répondants est souvent l'autre parti, et dans des proportions plus importantes qu'en 2011.

Le 19 octobre, plusieurs pourraient ainsi se sentir à l'aise de voter stratégiquement, sans remords, peut-être même sans trop y penser. 

Quand on examine l'évolution des appuis aux deux partis depuis 60 jours, on constate que cette proximité des programmes et cette fluidité des clientèles seraient à l'avantage de Trudeau. Pourquoi ? Probablement parce que ce dernier affiche une originalité que Mulcair n'a pas. 

Cette originalité est cependant nouvelle. Pendant la course à la direction libérale, alors que Trudeau semblait assuré d'un couronnement et que les libéraux coiffaient les conservateurs et les néodémocrates, on a probablement dit au jeune chef émergent de surfer sur la vague... et d'en dire le moins possible. Cette stratégie communicationnelle a été délétère : peu à peu, Trudeau a été perçu comme une coquille vide, une belle tête, mais sans contenu. 

Fin de l'été 2013, il casse cette image. Il avoue avoir consommé de la marijuana, y compris lorsqu'il était député. Du même coup, il se fait le défenseur de sa légalisation. Début 2014, il se distingue en chassant les sénateurs de son caucus. En mai 2015, il présente son plan fiscal : réduire les impôts de la classe moyenne en taxant davantage les plus fortunés, le fameux 1 %. Les personnes qui gagnent plus de 200 000 $ par année verraient leur taux d'imposition fédéral grimper de 29 % à 33 %. 

Et pendant la campagne, il ne cesse d'étonner. Il a reconnu que le bureau du premier ministre exerce un trop grand pouvoir, ce que les politologues disent déjà depuis longtemps. Trudeau a aussi mis sur la table une série de propositions audacieuses quant à la réforme des institutions : vote obligatoire, introduction d'une proportionnelle, modification des dynamiques parlementaires. 

Plus audacieux encore, il remet en question le contrat des F-35, les avions interarmées. Et avec honnêteté, il avoue que ses budgets seraient déficitaires, autour de 10 milliards par année, tout au moins durant les trois premières années. 

Grâce à toutes ces propositions, personne ne peut lui reprocher un manque de contenu. Même si le PLC est le plus vieux des partis fédéraux, et celui qui a dirigé le pays le plus souvent, il en est venu, sous le leadership de Trudeau, à incarner au moins autant le changement que le NPD, lequel n'a jamais été au pouvoir à Ottawa ! Et c'est probablement ce tour de force, jumelé à sa personnalité, qui explique pourquoi, de semaine en semaine, le PLC gagne quelques points et le NPD en perd.

À moins que les sondages ne se trompent radicalement - ce qui est toujours possible - un gouvernement minoritaire conservateur donnerait conséquemment raison aux partisans de la fusion. Et si tel devait être le cas, l'agressivité de Mulcair à l'endroit de Trudeau risque d'avoir un effet boomerang.

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