Une saine concurrence pour une meilleure inclusion

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Selon l'auteur, un des thèmes peu discutés sur la scène publique est le fait que le bon fonctionnement des marchés favorise l'inclusion sociale.

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Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au Cirano

Dans notre société où le rythme de vie est très rapide et où on est bombardé d'informations, on aime les messages courts et on présente de nombreux phénomènes politiques, sociaux et même économiques de façon sursimplifiée.

Les opinions ou même les expertises sont mises dans deux camps, les pour et les contre. C'est noir ou c'est blanc. Il n'y a pas de gris. Par exemple, dans les discussions sur certaines mesures budgétaires, il y a ceux qui sont pour et qui ne voient que des avantages à leur mise en place ; il y a également ceux qui disent qu'il n'y a que des désavantages à leur mise en place. Lorsqu'on discute de systèmes économiques, on cherche aussi à opposer trop souvent l'efficacité des marchés et la redistribution des revenus ou de la richesse. La présente campagne électorale ne fait pas exception à cette façon de faire, bien au contraire

Il y a de plus en plus d'économistes qui croient plutôt qu'à long terme, la croissance économique va de pair avec un système de libre marché qui fonctionne bien, avec de bonnes mesures pour égaliser les chances des personnes (accessibilité à l'éducation et au système de santé) et avec un système de redistribution des revenus qui est bien pensé et qui aide les moins nantis tout en ayant de bons incitatifs au travail. On cherche trop souvent à opposer l'efficacité des marchés et l'inclusion sociale alors qu'en fait, ce sont là deux importants piliers du mieux-être des collectivités et de la très grande majorité des individus.

Un des thèmes peu discutés sur la scène publique est le fait que le bon fonctionnement des marchés (et la libre concurrence) encourage l'inclusion sociale par une rémunération des entrepreneurs et des travailleurs plus proche de la valeur de leur contribution à la production de biens et services.

Un des rôles de nos gouvernements est de s'assurer que les marchés fonctionnent bien par une bonne réglementation, par une bonne surveillance et par l'imposition de pénalités aux contrevenants. Nos administrations publiques doivent lutter contre la création de monopoles ou d'oligopoles qui s'accaparent des rentes au détriment des autres entreprises et d'autres travailleurs ainsi que des consommateurs par de prix plus élevés. 

Les contraintes à la concurrence imposées aux détaillants par les deux grandes institutions financières émettrices de cartes de crédit illustrent bien les effets négatifs de s'éloigner d'une saine concurrence.

Nos administrations publiques doivent donner l'exemple dans leur propre gestion des processus d'achat de divers biens et services auprès des entreprises canadiennes. Il y a trop de contrats alloués sans appel d'offres et trop de manipulations des processus d'offre de services. Pensons aux débats de la commission Charbonneau ; ce serait une erreur de penser que ce type de problématique ne se retrouve qu'au Québec. Il y a également trop d'entreprises qui utilisent à profit de la publicité mensongère au détriment des consommateurs.

Au gouvernement fédéral, on a un Bureau de la concurrence et un Tribunal de la concurrence. Il est temps de mettre plus de ressources dans ces entités et, surtout, de leur donner un plus grand appui du gouvernement. Cet appui pourrait être de leur permettre d'agir de façon encore plus autonome. On a besoin de meilleures analyses sur la qualité du fonctionnement de nos marchés et sur la qualité de la concurrence qui y règne. On a besoin de laisser intervenir ces entités pour corriger les problèmes qu'elles trouveront.

Le gouvernement fédéral doit agir de concert avec plusieurs pays, par le biais du G8, du G20, du FMI et de l'OCDE, pour faire en sorte que des règles favorisant une saine concurrence prévalent sur la scène mondiale. De fait, plus le commerce international devient important et plus les capitaux se déplacent à la vitesse d'un clic sur l'ensemble de la planète, plus il impératif de gérer ces règles au niveau mondial. Ceci implique, entre autres choses, des mesures beaucoup plus fortes contre l'évasion et l'évitement fiscaux par le biais des paradis fiscaux.

La libre concurrence n'implique pas un laisser-faire absolu ; elle implique le suivi de règles pour donner la chance à tous, entrepreneurs et travailleurs. Nos gouvernements, et tout particulièrement le gouvernement fédéral, doivent prendre leurs responsabilités et faire plus dans ce domaine.

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