Oser le privé !

L'auteur déplore qu'une situation de quasi-monopole fasse oublier... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'auteur déplore qu'une situation de quasi-monopole fasse oublier au système de santé public l'importance d'offrir un bon service aux patients.

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Guy Gagné

Retraité et ex-membre du conseil d'administration d'un centre hospitalier

Récemment, deux de mes amies étaient aux prises avec des problèmes de santé. Pour protéger leur identité, appelons-les Lise et Francine.

Lise ressent de violents maux d'oreille : c'est une otite. Déjà inscrite auprès d'un médecin, elle contacte sa clinique pour un rendez-vous rapide. La réceptionniste lui répond que pour un rendez-vous le lendemain, elle doit rappeler à minuit. Vous avez bien lu : minuit ! Elle appelle à minuit et cinq. Malheur ! Le robot indique qu'il n'y a plus de place pour la journée à venir et mentionne une clinique dans une ville voisine où elle pourra obtenir un rendez-vous. Des frais de 17 $ lui seront facturés.

Francine, au cours de la nuit, ressent des problèmes respiratoires de plus en plus incommodants. Au matin, son conjoint contacte la clinique privée dont ils sont membres. À 10 h 30, Francine est examinée par son médecin, qui donnera les suites appropriées. Évidemment, Francine a payé à l'avance par ses impôts et ses taxes les soins de santé dont elle a maintenant besoin. Comme elle n'a pas réussi à se faire inscrire sur la liste d'un médecin, elle a opté pour une clinique privée qui coûte 400 $ par année pour deux visites et un examen complet. Même inscrite auprès d'un médecin, aurait-elle eu accès à celui-ci au moment requis ? C'est loin d'être certain.

Actuellement, 346 médecins sur 19 000 sont rémunérés directement par leurs clients et non par la RAMQ. Nous sommes en face d'un quasi-monopole du système public. La plupart des monopoles, qu'ils soient publics ou privés, finissent par oublier qu'ils existent d'abord pour desservir une clientèle. Que l'on pense à Hydro-Québec, à Bell Canada avant que la téléphonie soit ouverte à la concurrence, etc. 

Demander à un malade d'appeler à minuit, c'est aussi avoir oublié sa raison d'être.

En éducation, en particulier au secondaire, il existe une saine émulation entre le public et le privé : 12,7 % des étudiants fréquentent des institutions privées. Des parents, pas tous très riches, font le choix de payer 4 000 $ par année pour offrir à leurs enfants ce qu'ils pensent être le meilleur. Ceux-ci contribuent volontairement à l'éducation à hauteur de 500 millions, en plus de leurs impôts.

Dans la ville d'un peu plus de 50 000 habitants où j'ai travaillé pendant ma carrière, il y avait trois collèges privés de niveau secondaire. Ce contexte a forcé la polyvalente et les autres écoles à se surpasser, sinon leur survie aurait été menacée. Elles ont su relever le défi, à un point tel que c'est finalement une institution privée qui a fermé ses portes.

Parler du privé en santé, c'est un sacrilège pour plusieurs. On invoquera une médecine pour les riches, une médecine à deux vitesses, etc. Faut-il se résoudre à ne fonctionner éternellement qu'en basse vitesse, comme c'est le cas aujourd'hui ? D'autant plus que dans le modèle actuel, la situation ne fera qu'empirer compte tenu du vieillissement de la population et de la diminution du financement de la santé par le fédéral à compter de 2017.

L'idée n'est pas de créer un système privé à l'américaine, avec des coûts exorbitants, mais de développer un secteur témoin pour comparer la performance du public et du privé et, surtout, pour offrir un choix au malade, au lieu d'être un client captif et souvent mal desservi.

Québec pourrait aider le développement d'un secteur privé en santé en étant plus généreux dans ses crédits d'impôt pour frais médicaux : trois pour cent du revenu familial, c'est très élevé comme franchise. Ce faisant, le gouvernement allégerait sa propre facture. Et si beaucoup de médecins et de patients migraient vers le privé, ce serait simplement la confirmation de l'échec du système public.

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