La mauvaise loi

« Les établissements de santé qui ont obtenu une... (Photo Gimmy Desbiens, archives Le Quotidien)

Agrandir

« Les établissements de santé qui ont obtenu une performance supérieure dans une gamme d'évaluation des processus et de résultats de santé étaient associés à de meilleures pratiques de gestion », soutient l'auteur.

Photo Gimmy Desbiens, archives Le Quotidien

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Benoît Gareau

Président du Groupe Espace Santé

Des chercheurs de Harvard et Stanford ont démontré récemment dans la revue Health Affairs que la gestion, la direction et les conseils d'administration des établissements de santé avaient une importance capitale dans l'organisation, la prestation et la qualité des soins offerts au patient.

Les hôpitaux font face, année après année, à d'énormes pressions financières et organisationnelles.

On leur demande d'être rigoureux dans le contrôle des dépenses, d'améliorer les processus cliniques et de gestion et d'offrir une panoplie de soins de qualité au patient.

Mais peu d'études rapportent l'influence de la gestion et du leadership sur la prestation de soins de qualité dans les établissements de santé.

L'étude détaille et évalue les activités des C.A. et les pratiques de gestion adoptées par des administrateurs de 103 hôpitaux aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

Ainsi, la gestion jouerait un rôle crucial dans la performance globale. Les établissements de santé qui ont obtenu une performance supérieure dans une gamme d'évaluation des processus et de résultats de santé étaient associés à de meilleures pratiques de gestion.

Les hôpitaux avec d'excellentes pratiques de gestion, c'est-à-dire qui avaient obtenu de bons résultats dans des secteurs comme les opérations, le monitoring, l'atteinte des cibles et les ressources humaines, étaient plus associés à un C.A. proactif et performant, qui portait ainsi une attention particulière à certaines données métriques et à la qualité clinique des soins.

Des initiatives qui se concentrent sur des données métriques comme le taux de mortalité, les réadmissions et la satisfaction du patient sont plus faciles à implanter dans les hôpitaux lorsque le C.A. est capable d'aligner des objectifs stratégiques avec l'atteinte de cibles pour les gestionnaires et les cliniciens.

L'étude démontre que la gestion, la direction et les C.A. interagissent et qu'ils ont une relation importante avec la qualité des soins offerts dans les hôpitaux.

Ceci fait dire aux chercheurs que des incitatifs et des formations en gestion doivent être pensés. Adopter de meilleures pratiques de gestion pourrait amener à de meilleurs soins pour le patient.

On ne peut s'empêcher de réfléchir à notre situation au Québec et aux contradictions de la loi 10 du ministre Barrette.

Le ministre a aboli les agences régionales de santé pour les remplacer par d'autres agences plus grosses et plus centralisées ; les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), qui ont aussi plus de responsabilités.

Chaque CISSS regroupe les nouveaux hauts gestionnaires des centres hospitaliers et des autres établissements de santé et de services sociaux sous un même toit.

Les C.A. des 182 établissements de santé sont abolis, sauf ceux des 34 CISSS que le ministre crée et dont il nommera la totalité des administrateurs.

Le ministre met 6000 cadres au ballottage afin de supprimer 1300 postes de cadres dans les prochaines années. Il espère économiser 220 millions de dollars.

Le ministre abolit également l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux qui offrait conseils, soutien et formation auprès des gestionnaires et des établissements de santé.

Le ministre peut imposer des mesures à respecter pour certains programmes, revoir la structure organisationnelle des établissements, émettre des directives sur les objectifs, les orientations et les actions des établissements et déterminer les règles budgétaires. Le président-directeur général, le président-directeur général adjoint et les conseils d'administration sont nommés par le ministre, et il a aussi le pouvoir de les remplacer unilatéralement.

En fait, le ministre, avec sa loi, accentue sa mainmise sur le réseau et centralise les commandes et le contrôle.

Pendant qu'aux États-Unis et en Grande-Bretagne on reconnaît l'importance des gestionnaires et des administrateurs dans l'organisation des soins de santé, au Québec, on fait fi de toute vision libérale et on nomme un souverain qui dissout tous les efforts faits pour motiver, mobiliser et améliorer la gestion et la gouvernance des établissements de santé autour de défis d'amélioration de qualité clinique et de performance organisationnelle.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer