Le dernier round de Duceppe

« Chez Duceppe comme chez bien d'autres, la flamme... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE)

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« Chez Duceppe comme chez bien d'autres, la flamme n'a pas fléchi, et le niveau d'appui du public n'enlèvera rien à sa valeur intrinsèque », écrit Jean-Herman Guay.

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Jean-Herman Guay

Professeur de sciences politiques à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke. L'auteur collabore de façon régulière à la section Débats pendant la campagne électorale.

Pourquoi diable Gilles Duceppe est-il retourné en politique ? Selon ce qui se raconte, Bernard Landry aurait joué un rôle. On imagine les arguments des uns et des autres : « Mario Beaulieu ne passe pas », « si tu ne reviens pas, le Bloc va s'effondrer », « et par un jeu de dominos, le PQ risque gros ».

Début juin, dans la foulée de la mort de Jacques Parizeau, Duceppe sort donc de sa retraite, à l'étonnement général.

Nul doute que le Bloc risquait la catastrophe avec Mario Beaulieu, et son discours plus radical. En juin 2014, un an plus tôt, ce dernier avait lancé : « le temps de l'attente et du défaitisme est terminé. » Gilles Duceppe avait alors bondi, outré de ces attaques. Ce n'est donc pas l'amitié qui a provoqué le rapprochement des deux hommes. On peut aussi exclure l'argent ou l'attrait du pouvoir, de toute manière impossible. Que reste-t-il donc comme motivation ?

Tous les politiciens jouent aux dés. Grâce à leur personnalité, leur notoriété et leur crédibilité, ils espèrent voir bondir les appuis.

Les sondages faits en juin et juillet 2015 ont montré un « effet Duceppe », le Bloc passant de 15 à 25 % des intentions de vote.

Le phénomène n'a cependant pas duré : les derniers sondages montrent un nouveau tassement, autour de 15 %. Et cette semaine, Duceppe en était toujours à défendre la pertinence du Bloc québécois. Pire, les plus récents sondages dans sa circonscription le mettent deuxième, loin derrière Hélène Laverdière, hautement ministrable pour un éventuel cabinet Mulcair.

Il reste encore plusieurs semaines à la campagne, heureusement d'ailleurs pour Duceppe. Qui sait ? Un miracle pourrait se produire : les appuis au Bloc pourraient peut-être rebondir aussi vite qu'ils ont chuté en 2011. On peut penser que c'est ce pari, ce désir de revanche, cette prétention d'effacer la défaite de 2011 qui a poussé l'homme de 68 ans à remonter dans le ring.

UNE QUESTION DE CONVICTION ?

Bien qu'il soit toujours embêtant d'estimer ce qui se passe dans la tête des gens, on peut imaginer un autre motif, beaucoup plus simple, et certainement plus fondamental : la conviction. Une conviction profonde que le projet que l'on défend est éminemment positif, qu'en présenter les tenants et aboutissants est un devoir. Et selon le sociologue Max Weber, cette conviction peut être si forte qu'elle se fait sans calcul, sans l'exigence d'un résultat.

On méprise souvent les politiciens pour leur opportunisme, leur goût du pouvoir, leurs tergiversations machiavéliques. Manifestement, Duceppe ne prête pas flanc à ces critiques. Et derrière les nombreuses interventions médiatiques de Bernard Landry, il y a cette même conviction, la même qui animait également Jacques Parizeau. Et c'est aussi celle de milliers de gens qui ont défendu ce projet dans leur famille ou leur entourage depuis des années.

Si, selon les plus récents sondages, 40 % des Québécois disaient oui à la souveraineté, reste que la moitié d'entre eux semblent avoir d'autres priorités : l'économie, l'environnement, battre Stephen Harper.

La question de l'avenir constitutionnel du Québec reste une préoccupation, mais elle n'est plus centrale. Elle ne conditionne plus le vote, ni à Québec ni à Ottawa, surtout pas chez les jeunes. Elle est devenue une conviction secondaire ; en réserve ou en voie d'être oubliée ? Dans l'opposition depuis presque un quart de siècle, les Québécois veulent peut-être aussi renouer avec le pouvoir.

Cependant chez Duceppe comme chez bien d'autres, la flamme n'a pas fléchi, et le niveau d'appui du public n'enlèvera rien à sa valeur intrinsèque. Le slogan du Bloc - « Qui prend pays prend parti » - cherche manifestement à raviver cette conviction et à l'arrimer à un choix partisan.

La résilience d'un convaincu n'est évidemment pas un motif suffisant pour voter en sa faveur, mais elle peut susciter le respect, voire l'admiration.

Si le 19 octobre prochain le Bloc ne devait pas faire mieux qu'en 2011, plusieurs souverainistes sortiront cependant de cette campagne plus « fatigués » que jamais selon le mot du sociologue Jacques Beauchemin, y compris les plus convaincus.

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